A Bièvre, le débat public s’apparente à de la démocratie accélérée: une heure de réunion de majorité à huis-clos, une heure de conseil en public. L’action politique, par contre, est lente: dix ans pour les gros dossiers!
La politique à Bièvre, c'est « Ensemble pour Vous ». Ensemble, c'est-à-dire toutes tendances confondues, avec des élus MR, PS et CDH sur la liste emmenée par le bourgmestre David Clarinval, qui a raflé tous les sièges du conseil. Tous ? Non, un siège résiste encore au rouleau compresseur Clarinval : il est occupé par Luc Vincent, de la liste Espoir, ancien échevin et véritable rescapé de « la vieille équipe » balayée par David Clarinval. Un sacerdoce, presque : « La motivation de celui qui est seul contre tous est difficile à tenir », admet Luc Vincent.
La très confortable majorité absolue d'EPV a un corollaire : le débat public est réduit à sa plus simple expression. Chaque mois, le conseil communal dure une heure, et est précédé d'une réunion de majorité, à huis-clos, de la même durée. André Copine, 1er échevin, le reconnaît : « La grosse partie (du débat) se passe là. »
Luc Vincent le confirme: « J'ai l'impression que le débat se passe en réunion de majorité. Au conseil, je n'entends pas beaucoup de débat ni de réaction. »
Deux heures pour informer les élus, et formaliser les décisions en séance publique : c'est de la démocratie accélérée ! Démocratie bâclée pour autant ? Le bourgmestre David Clarinval nuance :
« C'est clair que nous préférons que pour les conversations qui font état de soucis dans les villages ou par rapport à un dossier, que ces problèmes soient traités en réunion de majorité car on évoque parfois des problèmes privés. Mais après discussion, les conseillers peuvent rendre le problème public au conseil communal. »
Matélé a bien tenté d'obtenir les témoignages de deux conseillers de la majorité qu'on n'entend guère, mais la rédaction a essuyé un refus. Quant à la conseillère Jeanine Poncelet-Douny, à qui l'on demande face caméra de définir la relation entre bourgmestre et conseillers, elle se tourne vers David Clarinval, hors champ, pour savoir ce qu'elle doit répondre. Alors, David Clarinval, leader à poigne ? « C'est un mauvais procès qu'on me fait, rétorque David Clarinval. Tous les conseillers ne sont pas toujours joyeux à l'idée de s'exprimer devant une caméra. Certains sont plus pudiques que d'autres. Mais ils ne craignent pas que je les réprimande pour leur liberté d'expression ! »

Luc Vincent (à dr.) face à Thierry Léonet: "On compte sur moi pour animer le débat"
Un élu qui n'a pas peur en tout cas d'exercer sa liberté de parole, c'est Luc Vincent. On connaît des exemples communaux où les minorités très… « minoritaires » deviennent vite des minorités silencieuses. Pas à Bièvre. « On compte sur moi pour animer le débat », glisse malicieusement Luc Vincent. La majorité le reconnaît : « Luc Vincent a mis le problème du tennis de table à l'ordre du jour et nous en avons tenu compte », explique Thierry Léonet, président du CPAS. « Quand les critiques sont constructives, nous n'avons pas peur de corriger le tir », souligne David Clarinval. « Il est sain d'avoir une opposition qui fait son travail. Je salue le fait que l'opposition soit revenue au conseil, c'est plus ouvert. » Une heure « d'ouverture » par mois : le prix de la démocratie accélérée à Bièvre.
Le dossier "slow foot"
Par contre, les Bièvrois sont nettement moins « speed » quand il s'agit de faire aboutir les dossiers. Des dossiers longs, très longs. Le déménagement du club de foot ? Cela fait dix ans qu'on en parle. Ce sera effectif en 2016. A Beauraing, à Onhaye, c'est allé plus vite. Un problème de couleur politique pour décrocher des subventions, s'enquiert la rédaction ? Non, plutôt un retard d'architecte, rétorque Thierry Léonet. Des contraintes administratives non prises en considération, apparemment… Après la « slow food », le « slow foot » ! Tellement lent que Luc Vincent a changé d'avis sur ce dossier :
« J'ai voté le déménagement du terrain parce que je ne voulais pas être une entrave au foot. Mais quand j'ai appris que le déménagement pouvait provoquer la création d'un quartier d'habitat groupé, je me suis dit que ça allait modifier la structure de Bièvre. Des opposants se manifestent de plus en plus bruyamment. J'ai proposé de consulter la population : évidemment comme je suis un contre douze, cette demande a été ignorée. »
Rectification immédiate de David Clarinval :
« C'est un projet fondamental pour Bièvre : la vente de terrains libres grâce à ce déménagement permettra d'une part à des jeunes ménages de s'installer à Bièvre en achetant des terrains pas trop chers, et financera le solde du déménagement du foot. Au moment des élections de 2012, des riverains se sont inquiétés de ce projet, qu'ils assimilaient à tort à une cité. On leur a expliqué, ils sont quasiment tous d'accord. »
Autre dossier qui traîne : celui de la maison de retraite. Dans un premier temps, il était prévu qu'on la rénove, avant finalement d'opter pour la construction d'un nouvelle. Luc Vincent à la manœuvre à nouveau :
« Cela fait dix ans que l'asbl intercommunale est créée. On a eu un accord administratif pour l'extension, puis on a une prolongation de cet accord. Six ans ont passé. Maintenant, on a un accord pour la nouvelle maison, mais on va devoir demander une prolongation de trois ans supplémentaires. On perd continuellement du temps. »
Thierry Léonet acquiesce :
« Au risque de vous surprendre, j'aimerais aller beaucoup plus vite aussi. Mais nous sommes dans une intercommunale, pas dans une entreprise privée. Il faut du temps pour convaincre tout le monde. »
Et David Clarinval d'intervenir :
« Est-ce qu'il faut aller vite, risquer de se casser financièrement la figure et être en faillite virtuelle ? Ou est-ce qu'il faut être prudent et avoir un projet bien ficelé ? »
A Bièvre, la lenteur est une vertu!