Ces représentants de commerçants locaux sont optimistes: Mike Londot (Dinant) et Olivier Demoors (Beauraing) constatent un retour des visiteurs dans le centre-ville. Déconfinement réussi donc selon eux.
Les clients vont-ils privilégier le commerce local? Matélé a fait un sondage sur ses groupes Facebook: la tendance est la même dans plusieurs communes: la majorité des sondés affirment être déjà revenus dans leur commerce local.


Olivier Demoors, coprésident des Commerçants beaurinois, constate un retour des chalands:
Les clients sont revenus, c'est déjà une très bonne chose, massivement dans certains secteurs comme le bricolage et plus timidement dans d'autres secteurs. Samedi après-midi, dans les rues de Beauraing, la ville revivait aussi grâce aux extensions de terrasses de l'Horeca. Les gens vont doucement reprendre leur vie normale, les gens ont été confinés pendant deux mois et demi et ont besoin de contact.
Olivier Demoors a lui-même une agence de voyage: un secteur terriblement touché par le covid, mais moins médiatisé que l'Horeca:
Mes amis de l'Horeca ont souffert, le secteur a été vraiment touché, les conditions qu'on leur impose pour la réouverture sont difficiles, mais je leur fais confiance, ils font preuve de créativité, ils vont se débrouiller. Les voyages, c'est nettement plus compliqué; on attaque la haute saison, et on n'a pas toutes les infos pour garantir les départs. Cela se débloque de plus en plus, mais on est en phase de sortie de crise, les gens ont peur, je peux le comprendre et donc c'est un secteur où on essaie plus de sauver les meubles que faire du chiffre d'affaires.
L'avènement d'un tourisme local de Belges qui restent en Belgique peut-elle aider le secteur des voyages?
Vous vous doutez bien que ce n'est pas le même chiffre d'affaires de vendre un week-end à Blankenberge qu'un séjour à l'étranger. Le tourisme belge, c'est un petit, petit débouché.
Mike Londot, porte-parole du collectif de commerçants dinantais, a un salon de bronzage à Dinant: c'est aussi un secteur qui est en train de louper sa saison:
On a la chance d'avoir la vallée mosane, donc on a beaucoup de touristes qui reviennent avec la réouverture des cafés et restaurants. Donc on a beaucoup de passage qui profite au commerce. Malheureusement pour moi, les touristes ne viennent pas à Dinant pour se faire bronzer évidemment. Je prévois une perte de chiffre d'affaires énorme cette année, parce que la saison la plus forte pour mon secteur, c'est le printemps et je l'ai loupée.
Dans la presse, le syndicat national des indépendants affirme qu'un commerce sur cinq est menacé de faillite, est-ce que c'est plausible chez nous? Mike Londot:
Cela peut être plausible pour certaines villes. A Dinant, le commerce va sauver les meubles à la belle saison mais est-ce que les finances suivront pour passer l'hiver tranquille? C'est l'enjeu de cette année.
Est-ce que les touristes à Dinant sont de bons clients pour le commerce?
C'est partagé. Certains commerces de la rue Grande travaillent avec les touristes: les vêtements, les produits de bouche, mais tous les commerces n'ont pas vocation a attirer les touristes.
Dans notre sondage, il y a un nombre non négligeable de personnes qui ont répondu que leur pouvoir d'achat avait diminué et que cela les freinait pour le shopping. Olivier Demoors:
On est tous conscient que le pouvoir d'achat a diminué. Le chômage économique représente une perte économique de 20% des salaires. Financièrement, cela aura une répercussion sur la consommation. Lors du déconfinement, les gens ont encore de l'argent qu'ils n'ont pas dépensé en restant chez eux, mais sur la longueur, il risque d'y avoir une perte de pouvoir d'achat.
La crainte, c'est donc sur le long terme: avez-vous le sentiment que votre commune vous soutient bien? Olivier Demoors:
On peut s'estimer chanceux. Pendant toute la période de confinement, la co-présidente Dominique Demelenne et moi sommes restés en contact avec le bourgmestre Marc Lejeune, et on réfléchissait déjà non seulement aux urgences du moment mais à l'après: l'adaptation de la braderie, etc. Il y a des promesses d'investissements, on a été entendu. Le dialogue est très positif. Car donner une aide à un commerçant, ce n'est pas ça qui va le sauver. Aidons le commerce à moyen ou long terme: investissons sur l'image de la ville et cela renvoie l'ascenseur à tout le monde. C'est tellement difficile d'identifier qui a souffert de la crise, et dans quelle proportion, alors comment faut-il répartir des primes communales? Par contre si on fait un effort collectif, l'investissement de la commune sur l'image de la ville sera bénéfique à long terme pour tous.
A Dinant, Mike Londot se réjouit pareillement de l'aide communale:
On peut être satisfait. Il y a encore des mesures à approuver le 22 juin. Cela ne sert à rien de comparer une commune à l'autre. Dinant a eu de gros gros travaux ces dernières années, la Ville n'a pas envie de basculer dans le rouge. Le bourgmestre est responsable de toute la population, pas que des commerçants, et je peux comprendre cette attitude. C'est vrai que ça fait du bien aux commerçants de recevoir du cash, mais est-ce que cela va vraiment nous aider à garder la tête hors de l'eau? L'important est de faire revenir le chaland en ville, et Dinant s'y emploie.
Sur une note de 1 à 10, quel est votre degré de confiance dans l'avenir du commerce local? Olivier Demoors:
8/10: je connais les commerçants à Beauraing, ils sont heureux de retravailler, je connais leur dynamisme. J'ai une totale confiance en eux, même s'ils n'ont pas toutes les clés en main. D'ailleurs je lance un avis à nos clients, revenez nous voir, consommez local. On a beaucoup entendu pendant le confinement, j'espère que ce sera dans la durée, que ce ne sera pas un voeu pieu de confinement: quand on consomme local, on donne du travail local, on paie des impôts locaux, nos communes peuvent plus facilement nous financer, il ne faut pas oublier que tout ça est un cercle.
A Dinant, même degré de confiance:
8/10 aussi : j'ai bon espoir parce que le touriste belge dépensera plus en en Belgique. Or Dinant est une adresse incontournable à visiter. On espère juste avoir le beau temps avec nous. Si les terrasses sont pleines, les gens seront contents, cela mettra de la joie au coeur. Le futur est positif.