Comment j'ai découvert le "Carnet Bribosia"

publié le:03/04/2014 07:00:00 - mis à jour: 03/04/2014 19:49:35

Ce soir, dans un Actu spécial "1914", MAtélé vous présentera un document historique majeur : le carnet qu'a écrit François Bribosia, bourgmestre faisant fonction à l'époque, sur les événements d'août 14 à Dinant. C'est la première fois en 100 ans que ce carnet quitte le cercle familial.

Comment j'ai découvert le "Carnet Bribosia"? Si vous vous imaginez une histoire à la Indiana Jones, avec des cascades spectaculaires, vous allez être déçus. La découverte de ce carnet, c'est plutôt l'histoire d'une rencontre, d'abord téléphonique, et d'une confiance qui grandit.

Depuis quelques temps déjà, je travaille sur les commémorations de 1914. A force de poser des questions, de pousser ma grand-mère dinantaise à fouiller son grenier, cela se sait dans ma famille et cela n'avait jamais débouché sur de grandes découvertes. Jusqu'à cette petite phrase. Une petite phrase anodine lâchée devant un membre de ma famille. Une petite phrase qu'on m'a rapportée. « J'ai un copain qui est le petit-fils ou l'arrière-petit-fils, je ne sais plus, du bourgmestre de Dinant en 14, il a retrouvé le carnet de son grand-père. Celui qu'il a écrit pendant la guerre ».

 

Et là, l'intérêt s'éveille, le sentiment que quelque chose d'important va peut-être remonter la surface. Mais il va falloir être patiente, très patiente. Je remonte lentement la piste... Demander à l'auteur de la petite phrase, les coordonnées du copain en question, attendre qu'il lui demande s'il est d'accord qu'on me donne son mail et son numéro de téléphone. Les recevoir. Ne pas réussir à le joindre par téléphone. Envoyer un mail pour convenir d'un rendez-vous téléphonique.

La rédaction partage mon excitation

Dix jours se sont écoulés quand enfin, j'ai Olivier Bribosia au bout du fil. Il est l'arrière-petit-fils de François Bribosia, bourgmestre faisant fonction de Dinant depuis le soir du 23 août 1914, le bourgmestre nommé ayant été déporté par les Allemands. Il raconte. Il a hérité d'un petit carnet manuscrit d'une trentaine de pages que son arrière-grand-père a dicté au receveur communal et qui relate les événements d'août 14 à Dinant. Il ne sait pas si ce carnet apporte quelque chose de neuf à l'Histoire avec un grand H. Pour lui, pour ses cousins, c'est surtout un souvenir familial. Il ne sait pas s'il veut le rendre public. Je le quitte avec la promesse qu'il va en référer à sa famille. En attendant, j'en réfère, moi, à la rédaction de MAtélé, qui partage mon excitation. Il faut patienter et il faut reconnaître que ce n'est pas la principale qualité des journalistes.

Je le recontacte. Il me parle d'une caisse de documents, de photos, de coupures de presse. Je suis certaine de tenir là de quoi lancer mon année « 14 ». Mais lui, il n'est pas convaincu. Il me parle d'un document qui est resté dans le cercle familial pendant un siècle, de sa responsabilité vis-à-vis des autres familles citées dans le carnet, de ses doutes quant à la valeur historique réelle du carnet. Je comprends. Ce qui, pour moi est un sujet d'Actu, et même un excellent sujet d'Actu, est pour lui un souvenir que son père, et son grand-père avant lui, ont conservé soigneusement. Un document qui a traversé deux conflits mondiaux. Je comprends donc mais je suis têtue. Je sors mon dernier atout... « Si vous voulez, je peux vous mettre en contact avec un historien avec lequel je travaille pour les commémorations ». Il est d'accord. Trois semaines se passent.

Quand je vous disais que la patience n'est pas une vertu journalistique. La rédaction décide de reporter le JT spécial « 1914 ». Il ne se fera pas sans le carnet Bribosia. « Mais Céline, comment est-ce que ce sujet n'est pas encore bouclé ?». Patience, patience... L'historien, le professeur Axel Tixhon pour ne pas le nommer, rencontre finalement Olivier Bribosia, le courant passe manifestement bien entre eux. Il me confirme la valeur historique du document, surtout pour la partie qui concerne les jours qui suivent les massacres. Peu de sources nous renseignent sur la manière dont Dinant s'est peu à peu relevée après le 23 août 14. Les hommes ont soit été fusillés, soit déportés. Plus grand monde pour ne indiquer comment la vie s'est réorganisée. François Bribosia, bourgmestre faisant fonction, était, lui, bien présent à Dinant en septembre 1914. Sa fonction fait de lui une source de premier ordre. La famille Bribosia a pris une décision, Olivier Bribosia est d'accord de me rencontrer.

Honnêtement je suis émue

Deux mois après le premier contact, j'ai sous les yeux le fameux carnet. Honnêtement, je suis émue. Pas parce que c'est la plus longue prise de rendez-vous de ma carrière mais parce que l'objet, d'apparence toute simple, dégage une incontestable aura.

Un homme a vu ses concitoyens tomber sous les balles, a dit adieu à son fils croyant qu'il allait lui-même être fusillé, a regardé brûler sa ville. Le soir même, il s'est vu confier la responsabilité de gérer les ruines sous la menace perpétuelle de l'armée allemande. Quelques semaines plus tard, cet homme a dicté au receveur communal le récit circonstancié des semaines les plus sombres qu'a vécu sa ville, ma ville. Alors je suis émue et je comprends l'émotion et la réserve d'Olivier Bribosia pour qui, en plus de l'attachement à une ville meurtrie, éprouve lui une tendresse familiale pour cet arrière-grand-père qu'il n'a pas connu et pour son grand-père, 11 ans en 1914, qui signe la deuxième partie du carnet. L'année « MAtélé, comme en 14 » ne fait que commencer mais elle est déjà presque réussie.

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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