Dinaphi s'apprête à connaître une réorganisation entre casernes. Va-t-on déforcer Dinant? C'est la crainte de certains pompiers, relayés par leur syndicat. Le politique dément.
Il y a des doutes et des craintes au sein du personnel de Dinaphi concernant la réorganisation des services. Eric Labourdette, responsable national du syndicat SLFP, vous avez eu ce lundi matin une longue vidéo-conférence avec vos collègues de Dinaphi, quelles sont ces craintes?
On a entendu parler d'une réorganisation notamment sur le poste de Dinant, mais officiellement les représentants du personnel n'ont eu aucune information. S'il y a une réorganisation, cela touche au bien-être des travailleurs et on aimerait être prévenu au préalable, on va interpeller l'autorité pour savoir de quoi il s'agit.
Les pompiers ont des craintes spécifiques par rapport à l'affection des moyens à la caserne de Dinant?
Actuellement, le système de fonctionnement à Dinant me pose problème. Huit hommes sont prévus en caserne à Dinant, quatre pour les ambulances et donc quatre pour partir avec une autopompe pour un incendie. Or la loi prévoit 6 hommes pour une autopompe. Donc la présence de quatre hommes n'est pas suffisante; forcément les délais d'intervention sont allongés.
Il y a quand même la possibilité de faire des départs incendie avec deux camions de 4 hommes de deux postes différents, alors où est le problème?
Effectivement, si on ne peut pas réunir les 6 hommes dans un délai acceptable, on ne va pas laisser pour autant la population en danger. On peut démarrer avec une autopompe de 4 hommes à bord pour autant qu'une deuxième autopompe d'un autre poste de la zone parte en même temps. Mais c'est une fausse économie. D'une part on fait intervenir 8 hommes au lieu de 6 et en plus on dégarnit un plus grand secteur de la zone Dinaphi puisque deux casernes sont en intervention. Par ailleurs, quand on part à quatre, la procédure d'intervention est différente: par exemple, on ne peut intervenir au-delà d'une profondeur de dix mètres dans un immeuble. Et donc on met en danger la vie des pompiers et celle de la population. Nous ne pouvons pas le permettre.
Pourquoi cette crainte maintenant? Vous avez peur qu'on dégarnisse les postes de Dinaphi et en particulier celui de Dinant?
Oui tout à fait. Dinant est un poste conséquent; on dit qu'il coûte cher par rapport à d'autres postes mais Dinant a toute la logistique de la zone, la réparation des véhicules, sans parler de la sécurité propre à l'afflux des visiteurs en été. (...) Alors pourquoi a-t-on des craintes: on sait tous que le Covid coûte énormement d'argent au pouvoir public et on a peur que la sécurité civile passe en dernier plan pour faire des économies. Il faut dire stop. Il faut écouter les véritables professionnels de terrain et entendre leurs doléances. Pourquoi veut-on 8 ou 10 hommes à Dinant? Pourquoi diminuer? Donnez-nous des éléments concrets pour diminuer le personnel. Aujourd'hui, on ne les entend pas, ces éléments.
Peut-on parler de malaise à Dinant?
Il y a une incertitude sur le futur, et c'est mauvais pour le moral des hommes. On veut que le politique nous dise sur quels critères objectifs ils veulent faire cette réorganisation.
Il y a un point spécifique à Dinant: l'état-major a fixé le temps théorique de départ à 5 minutes pour les pompiers qui sont à la caserne. Or vous contestez ce délai théorique et vous affirmez qu'il s'agit d'un délai fixé arbitrairement qui va désavantager la caserne de Dinant par rapport aux casernes voisines.
Je suis pompier professionnel à Bruxelles depuis plus de 30 ans: cinq minutes, c'est trop long, c'est impossible quand les pompiers se trouvent en caserne, ils partent beaucoup plus vite en réalité. La conséquence directe, c'est que si vous augmentez ce délai théorique, vous diminuez la portée de la caserne sur le terrain. Le centre 112 va vous envoyer moins loin pour intervenir, c'est mathématique. Et si vous faites cela, forcément, cela va réduire le nombre d'interventions et vous vous retrouvez avec des statistiques d'intervention qui diminuent et qui justifieront ce qu'on veut pour diminuer le nombre d'hommes alloués à Dinant.
Oui mais enfin, cela n'a pas de sens qu'un état-major monte un plan dont l'objectif secret serait de déforcer une caserne importante, n'est-ce pas une crainte fantôme de la part de certains pompiers?
Je souhaite du plus profond de moi-même qu'il s'agisse d'une crainte fantôme; c'est pour ça qu'on n'est pas aux barricades aujourd'hui, qu'on va interpeller gentiment l'autorité dans les comités prévus à cette effet. Dinant a toujours bien fonctionné et cela même avant d'entrer en zone. Les délais d'intervention étaient corrects et ils partaient avec le personnel nécessaire. Si la réorganisation est objectivée, on n'a rien à dire. Mais on va devoir me justifier ces 5 minutes, car je ne comprends pas. C'est simple: tout est enregistré, donc je vais faire le calcul du temps d'intervention à Dinant sur base des vrais chiffres. Je n'accuse absolument pas l'état-major de le faire exprès, mais je voudrais qu'on objective toutes les décisions, c'est aussi simple que cela, et c'est notre droit en tant que représentant du personnel.
Christophe Bastin: "Ces arguments sont absolument faux"
Nous avons sollicité la réaction du major Lallemand et celle du président de zone Christophe Bastin. Ce dernier nous a répondu. Pour le bourgmestre de Onhaye, les arguments du SPLF sont "absolument faux":
Il y a au sein du Collège de zone et de l'état-major la volonté de mettre à plat l'organisation de la zone pour améliorer notamment le temps de réactivité partout sur le territoire. Mais on en est seulement à la première page du livre. Plusieurs pistes sont sur la table et le major Lallemand en a discuté avec les représentants du SPLF, et ils ont marqué leur accord de principe! Ce que je peux vous dire, c'est qu'au prochain conseil de zone, on va vider la réserve de volontaires, et à terme on va tenter de renforcer la présence de volontaires à la caserne de Dinant car il y en a peu. Je pense que certaines personnes en excitent d'autres mais ils prêchent pour leur confort personnel, or en tant que responsable de zone nous devons avoir un regard plus global. Mais je peux vous rassurer: on ne va pas s'amuser à déforcer un arsenal pour en renforcer un autre, notre vision est globale et vise uniquement à améliorer le temps d'intervention sur la zone. Mais on n'en est qu'au tout début, on est ouvert à toute discussion et toute concertation.