Deuxième féminine de l’Embrunman, Marine Moulin (Tri-B) n’a pas pu toucher la prime de 11.000 euros attribuée pour son classement, puisqu’elle ne répondait pas aux critères des athlètes élites. Discrimination ?
La performance est remarquable. Pour son premier triathlon longue distance, Marine Moulin termine à la deuxième place chez les dames de l'Embrunman, l'une des épreuves les plus exigeantes du calendrier, dans les Alpes françaises.
L'accès très restreint aux dossards "élite" chez les femmes
La grande joie de l'Ardennaise à l'arrivée sera très vite balayée par la triste réalité d'une épreuve certes mythique, mais qui ne fait pas de cadeau aux femmes. La prime de 11.000 euros réservée à la deuxième athlète féminine ne lui sera pas versée, car la Vressoise ne figure pas parmi les athlètes élites. Une situation d'autant plus fâcheuse que les critères d'attribution des dossards élites chez les femmes posent réellement question. Marine Moulin :
Le règlement était comme ça et je l'ai accepté. Donc je ne peux pas revenir sur cette décision. Mais c'est clair qu'en l'analysant de plus près, c'est totalement incohérent. On a des critères élites qui sont les mêmes pour les hommes et pour les femmes, en termes de chrono aux championnats du monde à Kona, par exemple. Le critère, c'était de faire moins de 9 heures à Hawaï. Il y a huit femmes qui ont réussi à faire cette performance et qui sont toutes des femmes professionnelles qui vivent du triathlon. Et à côté de ça, si on regarde le classement chez les hommes, il y a 107 hommes qui ont réussi cette performance. Donc je pense qu'il y a un réel problème. Il y a plus de dix fois plus d'hommes qui sont capables de réaliser les critères et, voilà, c'est un réel problème d'équité.
Un cas isolé de discrimination ?
Même s'il s'agit d'une épreuve mythique du triathlon, l'Embrunman reste une organisation privée, où l'organisateur se réserve le droit d'imposer son propre règlement. Marine rappelle qu'il s'agit là d'un cas plutôt isolé dans son sport.
En plusieurs années de pratique, à haut niveau, avec notamment un titre de championne d'Europe chez les moins de 24 ans, la Vressoise n'avait encore jamais été confrontée à une situation aussi discriminante en tant qu'athlète féminine :
C'est la première fois que je vis une situation pareille. Ça me dépasse vraiment et je suis très triste de vivre cette après-course. Mais j'espère, encore une fois, qu'on va pouvoir changer, ne fût-ce qu'un tout petit peu, les choses.
Vague de soutien
Et pour faire évoluer les choses, Marine Moulin ne compte pas garder cette fâcheuse expérience sous silence. Soutenue dans cette démarche par son club, le Tri-B de Beauraing, elle a récemment publié un post sur les réseaux sociaux, qui lui a valu une vague de soutien.
Je ne m'attendais absolument pas à ce que ça prenne autant d'ampleur en si peu de temps. Du coup, ça remet un peu de valeur à ce que j'ai fait et ça me fait vraiment plaisir. Il faut jouer sur cet engouement et essayer de faire un maximum de bruit maintenant et dans les semaines, les mois, les années à venir, et sur d'autres courses pour que les choses changent.
À ce stade, Marine se réserve encore le droit de porter plainte contre l'organisation de l'Embrunman. En attendant, la motivation de la triathlète vressoise pour son sport reste intacte. La doctorante en éducation physique pourrait prochainement prendre part au Norseman, en Norvège, une autre épreuve de référence dans le monde du triathlon.