En zone rurale, se passer d’une voiture est presque mission impossible. La desserte des transports en commun est parfois anecdotique. Comment améliorer la mobilité des citoyens? Voici ce que disent les partis.
Là où il est aujourd'hui possible de se passer entièrement d'une voiture à Bruxelles grâce à un réseau interconnecté (tram, bus, métro, train, trottinette électrique), la chose est impensable en zone rurale. Dans nos régions vallonnées et nos villages étendus, la desserte des transports en commun est anecdotique et tout faire à pied ou à vélo relève d'un idéal impossible.
Que ce soit pour des raisons environnementales ou économiques, le déploiement des transports en commun de manière générale, et en zone rurale de façon plus ciblée, constitue un défi de taille.
Se déplacer est mission presque impossible pour les personnes qui ne disposent pas de voiture. C'est le cas d'Etienne Monnier, habitant de Vresse-sur-Semois. Quand il veut faire ses courses dans le village d'à côté, il doit attendre plus de 3 heures pour un bus retour. Il témoigne dans la vidéo ci-dessous.
La Belgique compte plus de six millions de voitures
Le parc automobile belge compte aujourd'hui plus de 6 millions de voitures particulières (Statbel 2023). D'année en année, ce chiffre ne cesse de croître avec tous les inconvénients que cela comporte : embouteillages, encombrement de l'espace public, pollution de la qualité de l'air, pollution environnementale, etc. En Belgique, le transport routier est à lui seul responsable de 18,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre.
L'idée est donc de réduire la place de la voiture individuelle et d'augmenter l'usage des autres moyens de transport (bus, train, tram, métro, vélo, marche à pied). C'est ce que l'on appelle le transfert modal.
À l'échelle wallonne, l'objectif est de réduire la part modale de la voiture de 83 % à 60 % et, parallèlement, d'augmenter la part :
- des trains de 9 à 15 %
- des trams et des bus de 4 à 10 %
- du vélo de 1 à 5 %
- de la marche à pied de 3 à 5 %
Cela doit passer par un changement des habitudes, mais celui-ci ne pourra se faire sans une offre de transports renforcée, interconnectée et efficiente.
Des investissements à la hausse pour le TEC
Lors de cette législature, les autorités belges, en charge du réseau ferroviaire, et régionales, compétentes pour le TEC, ont défini des plans d'actions avec des investissements revus à la hausse.
Au niveau wallon, le gouvernement a adopté fin 2017 la Vision FAST 2030. FAST pour fluidité (réduction des embouteillages), accessibilité (sur tout le territoire), santé (réduction de 40 % des émissions de CO2), sécurité et transfert modal.
Pour cela, l'Opérateur du transport wallon (OTW), la maison mère du TEC, a vu sa dotation annuelle passer de 787 à 987 millions d'euros. Plus d'1,5 milliard sera investi sur la période 2024-2028, conformément aux priorités établies dans le contrat de gestion du TEC approuvé en janvier dernier par les autorités wallonnes.
L'objectif est de sortir du réseau historique, devenu compliqué, pour proposer aux voyageurs un réseau lisible et mieux connecté au réseau ferroviaire.
La mue a déjà commencé. D'après le cabinet du ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry, l'offre de référence du TEC a augmenté de 10 % durant l'actuelle législature.
Un plan d'investissement sur 10 ans pour le rail
Côté rail, après des années de désinvestissements à coup de fermetures de gares, de guichets et de réductions d'horaires, le gouvernement fédéral a approuvé en mai 2022 la Vision Rail 2040 et concrétisé la mise en œuvre des contrats de gestion pour dix ans avec les deux grandes entreprises ferroviaires. La SNCB et Infrabel ont pour objectifs d'augmenter l'offre de 10 % et le nombre de voyageurs de 50 %.
Le gouvernement fédéral y met les moyens et consacrera 43,8 milliards d'euros sur la période 2023-2032. "C'est une hausse de 8,9 % par rapport à une trajectoire constante", explique le cabinet du ministre de la Mobilité Georges Gilkinet.
À titre de comparaison, la subvention pour la SNCB uniquement s'élevait en 2022 à plus de 1,734 millions d'euros et en 2023 à 1,937 millions d'euros.
Bref, les choses bougent, mais on est encore très loin du compte en zone rurale. Alors, que proposent les six partis traditionnels francophones pour rendre les habitants des zones non urbanisées moins dépendants de la voiture?
De manière générale, tous plaident pour une offre renforcée, plus efficace, plus interconnectée, plus flexible et plus durable des transports en commun. Voici un résumé des grandes idées défendues dans les programmes des différents partis.
LES ENGAGÉS: un train ou un bus tous les quarts d'heure
L'intérêt pour la mobilité en zone rurale est très marqué dans le programme des Engagés. Le parti souhaite doubler l'offre de transport public actuelle en
- Redéployant le réseau ferroviaire à l'horizon 2050 avec des réouvertures voire des créations de points d'arrêts et de lignes
- Améliorant les interconnexions grâce à la création de nouvelles liaison bus-train, de mobipôles et en révisant les horaires et les cadences
Ils promettent :
- Un train ou un bus tous les quarts d'heure près de chez soi dans et autour des villes
- Un minibus au moins une fois par heure dans les zones les moins peuplées
ECOLO: un train toutes les 30 minutes et plus de lignes TEC express
Sans surprise, les VERTS plaident également pour des investissements massifs dans les transports en commun. Ils plaident pour :
Train
- Un minimum de 4 trains/h de et vers les grandes villes et de 2 trains/h sur le reste du réseau (soit un train toutes les 30 minutes minimum)
- Créer voire rouvrir des points d'arrêt là où c'est nécessaire
TEC
- En milieu rural, renforcer les lignes express et le transport à la demande
Nous devons poursuivre sur la lancée des investissements décidés durant la législature 2020-2024 afin d'être au rendez-vous de nos objectifs climatiques. Nous ambitionnons de faire du train l'alternative évidente et accessible à la voiture individuelle sur une série de trajets, et le complément indiqué à d'autres modes pour d'autres trajets. Cela implique plus de dessertes, de confort, de ponctualité, d'accessibilité, de flexibilité et de complémentarité, notamment avec les bus.
LE PTB: un plan de relance pour redresser la barre
Le PTB veut également augmenter l'offre avec davantage de lignes, des fréquences plus élevées, plus de trains et de bus tôt le matin et tard le soir. Le parti d'extrême gauche évoque la nécessité d'un plan de relance «indispensable pour redresser la barre ». Celui-ci prévoit :
SNCB
- De doubler les investissements dans le rail, passant de 20 à 40 milliards sur dix ans
- Un budget de 200 millions d'euros par an
- 2 000 travailleurs ferroviaires supplémentaires
- La réouverture des guichets qui ont été fermés
TEC
- 100 millions d'euros pour commencer
- 100 millions d'investissements supplémentaires par an afin de renouveler plus rapidement la flotte de bus et améliorer les conditions de travail. Cela afin de permettre un engagement et une stabilité au niveau du personnel du TEC.
Ce dont nous avons d'abord besoin, c'est d'un plan de relance pour que nos bus et trains fonctionnent correctement. Nous voulons que le bus et le train soient à l'heure et nous voulons un minimum de confort. Nos transports en commun doivent à nouveau fonctionner, et pour cela, des investissements sont nécessaires. Une fois la barre redressée, nous plaidons en faveur d'un plan d'expansion pour pouvoir offrir beaucoup plus de services. Car plus il y aura d'offre, plus les gens pourront opter pour les transports en commun.
LE PS: un plan interfédéral et des analyses
Du côté du PS, on n'avance pas d'objectifs chiffrés mais la nécessité d'établir, dans un premier temps, un plan interfédéral en concertation avec les pouvoirs locaux et les opérateurs de transport public.
Ce plan fixera les objectifs chiffrés à atteindre sur l'ensemble des réseaux (bus, tram, métro et train) et aura pour mission d'améliorer la coordination et l'articulation entre les différents modes de déplacement.
Pour favoriser les déplacements, les socialistes plaident également pour :
- Des analyses dans les zones rurales afin de définir des nœuds de correspondance (gares, mobipôles), coordonner les heures de départ et d'arrivée des transports;
- Limiter le temps de correspondance à un quart d'heure;
- Renforcer l'offre de transport public à la demande en zone rurale avec des (mini) bus répondant à la fois à des demandes groupées et individuelles et pouvant desservir des parcours prédéterminés ou des destinations variables
LE MR: encourager les initiatives privées
La question de la mobilité rurale est moins présente dans le programme du MR. Les libéraux souhaitent :
- Maintenir un service de transports en commun régulier, accessible et de qualité
- Encourager les initiatives à la fois publiques et privées
- Cibler les investissements « rail » où la demande est la plus forte, tout en tenant compte des besoins des zones rurales
DEFI: développer des points de mobilité
Enfin, Défi n'évoque pas dans son programme la problématique du transport en zone rurale. Le parti amarante défend les deux idées suivantes :
- Développer des « points de mobilité » regroupant les différents moyens de transport (transports publics, voitures (électriques) partagées, vélos, trottinettes…), ainsi que des bornes de recharge, etc.
Ils refusent que :
- le développement et l'attractivité des lignes de trams ou de bus se fassent au détriment des riverains qui n'ont pas à subir le bruit et les vibrations.
L'impact de certaines décisions sur la santé des riverains (stress, manque de sommeil…) doit aussi faire l'objet d'une évaluation sérieuse.
Les transports en commun doivent-ils être gratuits ?
Quand on parle de transport public, c'est LA question qui revient sans cesse sur la table. Faut-il rendre les transports en commun gratuits ? La question divise.
Dans les faits, depuis le 1er septembre 2022, le TEC est devenu presque gratuit. Il coûte 12€/an, soit 1 euro par mois pour les seniors de plus de 65 ans, les 18-24 ans et les bénéficiaires du statut BIM (personnes aux revenus précaires).
Cette quasi-gratuité coûte à la Wallonie 46,4 millions d'euros.
Côté rail, on n'en est pas là. La SNCB propose des tarifs réduits, mais uniquement à certaines catégories de personnes (+65 ans, les familles nombreuses, BIM). C'est insuffisant pour les partis de gauche qui prônent une gratuité généralisée des transports publics.
Les socialistes et les écologistes souhaitent étendre dans un premier temps la politique de quasi-gratuité mise en place au TEC aux usagers de la SNCB.
Priorité au TEC pour le PTB qui revendique la gratuité totale. Selon le parti d'extrême-gauche, « c'est loin d'être impayable. Il ne manquerait que 70 millions d'euros pour atteindre cet objectif ». On estime en effet que la gratuité totale du TEC s'élèverait à 125 millions d'euros. « Le financement pourrait passer par une “cotisation transport” payée par chaque entreprise de plus de 20 travailleurs. »
Les Engagés veulent, de leur côté, évaluer l'impact de cette politique de quasi-gratuité mise en place au TEC. Si celle-ci est positive, ils préconisent alors d'étendre le tarif préférentiel de 12 euros par an des 18-24 ans à la tranche 12-26 ans.
Le MR préconise une approche plus ciblée de la gratuité ou des réductions tarifaires. Pour les libéraux, l'âge ne doit pas être le critère prioritaire. Il faut tenir compte des statuts d'emploi ou de scolarisation. Les libéraux plaident pour l'extension du tarif réduit aux étudiants qui poursuivent et réussissent leurs études au-delà de leurs 24 ans. Idem pour les personnes activement engagées dans des formations ou des stages dans le cadre de la recherche d'emploi.
Chez DéFI, on n'est pas favorable à une gratuité généralisée dans les transports publics. Les amarantes préfèrent investir dans le confort, dans la sécurité et dans la fréquence, « car c'est cela qu'attendent les usagers actuels et les usagers potentiels. »
Voilà qui dresse un échantillon des propositions émises par les partis en terme de mobilité. Si vous souhaitez avoir une vue plus globale, nous vous invitons à vous rendre sur les sites internet des groupes politiques. Leur programme y est chaque fois mis en évidence.