Pendant un mois, nous avons tenté d'adopter dix nouvelles habitudes pour tendre vers le zéro déchet. Il est temps de tirer le bilan de ce défi en compagnie de ceux et celles qui ont relevé et d'expertes.
Pour dresser le bilan de ce mois d'expérimentations, nous recevons Michaël Cravatte et Laurence Jaucot qui représentent deux des trois familles "témoins"; Sylvie Droulans blogueuse zéro déchet; Véronique Arnould, la Directrice de BEP Environnement et Gaëlle Warnant, spécialiste de la question à Inter Environnement Wallonie.
Les déchets en province de Namur
Pour bien comprendre l'ampleur de notre production de déchets, il faut se pencher sur les chiffres du BEP, l'intercommunale qui est chargée de collecter et traiter nos déchets. En province de Namur, en 2018, on a produit 260.000 tonnes de déchets ménagers (toutes fractions confondues), ce qui fait 523 kilos par habitant. Ce chiffre est en diminution: en 1999, nous produisions 572 kilos par habitant.
Une fois collectés en porte à porte ou dans les recyparcs, 74% de ces déchets sont recyclés, compostés ou valorisés. 25% sont incinérés avec valorisation énergétique et le reste (1%) est mis dans un centre d'enfouissement technique.
Comment réduire?
Autour de la table, tous s'accordent pour dire qu'il faut du temps pour changer ses habitudes. La bonne manière de procéder consiste à sélectionner une action en faveur du zéro déchet qui a du sens et de se laisser le temps d'en faire une habitude. Pour Sylvie Droulans, le compost constitue un premier pas porteur de sens :
Le compost va avoir deux effets: un effet sur la poubelle qui va diminuer entre 30 et 50% et ça nous remet vraiment les pieds sur terre. Le système du compost est circulaire et il va nous rappeler qu'il n'y a pas de déchet dans la nature. La nature ne crée aucun déchet, elle réutilise tout ce qu'elle produit.
Pour Gaëlle Warnant, les actions de sensibilisation envers les citoyens sont indispensables mais certainement pas suffisantes. Il faut aussi agir en amont, sur les producteurs :
Il faut travailler sur la conception des produits afin de faciliter leur réutilisation ou leur recyclage. La prévention doit concerner toute une série d'acteurs et pas seulement le consommateur.
Pourquoi entamer une démarche zéro déchet?
Les raisons pour mettre sa poubelle au régime ne se résument pas à une prise de conscience environnementale. Chez certains, la première motivation est plutôt à chercher du côté de la santé, le zéro déchet ne serait qu'une conséquence. Ils veulent savoir ce qu'ils mangent ou avec quoi ils nettoient leur maison.
Les familles qui ont relevé le défi comme les expertes s'accordent pour dire que le mouvement ZD, c'est une politique des "gouttes d'eau qui forment les grandes rivières". Laurence Jaucot :
C'est vrai que les discours actuels sont assez alarmants et on se dit que s'il y a moyen qu'on change quelque chose, pourquoi pas? Ce sera sûrement rien mais si on ne fait rien du tout, c'est sûr, rien ne bouge. Si moi, je change une chose, quelqu'un d'autre une chose, à la fin, on peut tous changer nos habitudes.
Véronique Arnould:
Si chacun faisait déjà une ou deux choses qui lui parlent, sans vouloir l'imposer aux autres, ce serait déjà pas mal.
Face aux critiques qui assimilent le mouvement ZD à un retour aux pratiques de nos arrière-grands-parents, Sylvie Droulans rappelle que le ZD est aujourd'hui un choix, une démarche positive et porteuse de sens.
L'être humain a horreur du changement. Il faut avoir un déclic qui le pousse à agir. Après on peut se trouver toutes les excuses qu'on a envie mais si on démarre par des petites choses accessibles et qu'on se félicite de chaque pas, on peut y arriver.
Petit bémol, la démarche ZD ne fera pas réduire, ou très peu, votre taxe communale relative aux déchets. En province de Namur, la gestion des déchets coûte 60€ par habitant et par an (collecte, parc à conteneurs, traitement). La partie forfaitaire correspond à 65% à 80% de cette somme, elle sert à financer les collectes toutes les semaines ou l'ouverture des parcs toute l'année. Si vous réduisez vos déchets de plusieurs kilos, vous n'agirez donc que sur une petite part de votre contribution à la collecte et au traitement des déchets. Vous achèterez moins de sacs payants et vous mettrez moins de kilos dans votre conteneur à puce. Véronique Arnould ajoute:
Le ZD a aussi un effet indirect: si vous refusez un emballage, vous ne le paierez pas. Parce qu'il ne faut pas se leurrer, les emballages, on les paie même si c'est plus difficile à quantifier.