On ne va pas se mentir: le sentiment que les journalistes de Matélé sont complaisants vis-à-vis des bourgmestres revient souvent quand un choix éditorial de la rédaction est contesté par les internautes.
La rédaction de Matélé est-elle "politisée"? La question revient régulièrement sur les réseaux sociaux. On va tenter d'y répondre.
Première chose: en Belgique francophone, les télés locales sont structurées en incluant des représentants politiques au niveau du conseil d'administration.
Et donc oui, le conseil d'administration de l'asbl Matélé accueille en effet des politiques: 4 pour être exact, à savoir un par parti traditionnel. Qu'est-ce que cela entraîne pour les journalistes?
Soyons transparents tout d'abord: les journalistes sont bel et bien confrontés de temps à autre à des sollicitations d'élus. De quoi s'agit-il?
- demandes +/- insistantes pour venir filmer une visite ministérielle,
- regrets de bourgmestres que "leur" commune soit moins médiatisée que la voisine,
- "étonnements" sur des temps de parole différents entre majorité et opposition.
Mais l'auteur de cet article, en tant qu'ancien de L'Avenir et de Sudpresse, peut vous "révéler" une info très banale: ce genre de "pression" existe partout et est très courante dans le monde de la presse. Ce n'est pas du tout un phénomène propre aux télés locales.
Ce qui est déjà arrivé aussi, quand on a créé nos groupes Facebook communaux, c'est que des élus ne connaissant manifestement pas le fonctionnement du réseau social, nous demandent de supprimer des commentaires sur eux. Cela a dû arriver une fois ou deux en 3 ans. Vraiment. Pas plus.
Que se passe-t-il après avoir raccroché? Rien
Ce qui est intéressant, c'est de voir comment on y répond. Que se passe-t-il lorsqu'on raccroche après avoir reçu un tel coup de fil? La réponse est simple: rien.
Evidemment, on en discute entre journalistes lors de la réunion de rédaction. Le directeur est parfois aussi tenu au courant pour qu'il ait les bonnes informations s'il était lui-même interpellé.
Mais au niveau de la ligne éditoriale, ou de la modération des commentaires, cela ne change rien. Du tout.
Les injures ou commentaires déplacés envers des politiques sont supprimés de nos groupes, mais cela vaut aussi pour les dizaines de milliers de citoyens non politisés membres de nos groupes. Il n'y a pas de favoritisme politique là-dedans.
Et aucune visite ministérielle "bidon" pour couper un ruban ne nous fait accourir pied au plancher, caméra au poing, même au 3ème coup de fil du bourgmestre qui voudrait qu'on le filme aux côtés d'un illustre ministre. Promis.
Et les pressions internes?
Qu'en est-il maintenant des pressions en interne? Les représentants politiques au CA ont-ils une ligne rouge directe avec la rédaction. Non. On a des pare-feux.
C'est le décret de la Communauté française instituant les télévisions locales qui règle cette présence politique:
Le conseil d'administration et le comité de programmation des télévisions locales et communautaires ne peuvent être composés, pour plus de la moitié de leurs membres, de mandataires publics ou de représentants des pouvoirs publics ou de services publics. Les autres membres représentent le secteur associatif et le secteur culturel.
C'est une première étape importante: les administrateurs du monde politique, en l'occurrence 4 à Matélé (un pour chaque parti), ne peuvent pas avoir la majorité des sièges au sein du conseil d'administration, et "prendre le pouvoir" en interne.
L'autre balise importante est dans les statuts de Matélé, qui précisent ceci:
La programmation ou le contenu des activités de Matélé ne pourront faire l'objet d'interventions de la part des autorités publiques ni des organes de gestion et d'administration, sauf en ce qui concerne les mesures qui relèvent du droit pénal, du droit social, du droit fiscal ou de la règlementation économique et sans préjudice des garanties constitutionnelles.
Il est donc écrit noir sur blanc dans nos statuts que nos programmes et contenus ne peuvent pas faire l'objet d'interventions des autorités ou du conseil d'administration. Toute intervention politique externe ou interne contreviendrait donc de facto à nos statuts.
En outre, aussi bien le décret légal que nos statuts officiels imposent la neutralité de l'information relayée par Matélé. Notre indépendance journalistique est donc bien protégée.
Alors, cela nous fait grincer des dents quand on lit sur Facebook qu'on "cire les pompes" ou d'une manière générale qu'on est trop complaisant, mais cela nous fait réfléchir aussi.
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