Le rendez-vous de midi

"Etre cité en justice n'est pas agréable mais cela décuple ma volonté"

publié le:12/05/2017 10:59:00 - mis à jour: 22/05/2017 10:21:13

Le député namurois Ecolo Georges Gilkinet est assigné en justice à cause de son travail en commission d'enquête sur le Kazakhgate: "C'est troublant mais je m'y attendais un peu, je vous avoue."

  • "J'ai reçu mercredi soir à mon domicile ce document: une assignation qui me demande de me présenter devant le Tribunal de 1ère Instance de Namur et qui développe une série d'arguments selon lesquels un député devrait se taire. C'est tout l'inverse: un député est élu pour exprimer son opinion sur des faits, en l'occurrence des faits très graves, c'est ce qu'on appelle le Kazakhgate, l'influence d'un Etat voisin, la France, sur la Belgique, c'est le questionnement sur la séparation des pouvoirs, et c'est ce que notre commission est en train de mettre au jour et sans doute que cela dérange.
  • En droit, les arguments des avocats de M.Chodiev méprennent le principe d'une démocratie parlementaire, ils feignent d'ignorer qu'en Belgique il y a une autonomie du parlementaire pour s'exprimer, ce que j'essaie de faire de manière déterminée mais respectueuse par ailleurs. Ce qui m'intéresse, c'est de de comprendre les mécanismes politiques qui ont conduit à une mauvaise législation, de comprendre les influences qui ont fait qu'en 2011 ces messieurs très riches ont pu échapper à la Justice, ce que je trouve insupportable en tant qu'élu. Il n'y a pas de base légale pour nous attaquer sur notre travail.

C'est troublant de recevoir une assignation à son domicile privé

  • C'est troublant de recevoir une assignation à son domicile privé, parce qu'on ne vit pas tout seul comme député, j'ai une épouse, deux enfants et je veux aussi les protéger des conséquences de mon engagement politique. C'est troublant mais je m'y attendais un peu, je vous avoue. J'ai vu comment ces personnes fonctionnaient, qu'elles étaient capables d'utiliser des moyens un peu extraordinaires s'ils avaient l'impression qu'on voulait atteindre à leurs intérêts, ce qui n'est pas ma volonté, puisque je veux comprendre les responsabilités politiques et que M.Chodiev, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas un mandataire. C'est donc troublant, pas agréable mais cela décuple ma volonté de travailler dans ce dossier qui est un scandale d'Etat mais qui a aussi tous les éléments d'un mauvais polar.
  • En politique, il y a beaucoup de pression. Au conseil communal il y a de la pression, au parlement il y a de la pression. Dans un cadre d'une commission d'enquête, quand on doit enquêter sur d'autres politiques, on est dans un niveau de pression plus élevé. J'ai identifié les responsablitiés politiques d'Armand De Decker, ancien président du Sénat, je ne comprends pas que son parti, le MR, ne lui ait pas demandé de rendre sa carte de parti. Pour moi il y a une faute politique dans leur chef. Et puis il y a des responsabilités des ministres de l'époque: je demande depuis des semaines que le ministre Reynders vienne s'exprimer devant notre commisison d'enquête et évidemment cela ne plaît pas. Sur le plateau de RTL, un collègue du MR m'a dit : "attention aux missiles, parfois ils explosent à la figure de celui qui les lance". Est-ce que c'est une menace, est-ce une manière de me faire taire? Je ne sais pas mais c'est mal me connaître, moi je fais mon travail.
  • Je ne suis pas complotiste mais je constate que je mets en cause un parti, le MR, et que la réaction juridique, ce sont les avocats de M.Chodiev qui m'assignent en justice. Un autre constat c'est que dans ce dossier, depuis le début on assiste à des méthodes extraordinaires. Un juge d'instruction est venu expliquer en commission qu'il était suivi par des détectives privés alors qu'il enquêtait sur ce dossier. Différents journaux qui ont écrit des articles sur les travaux de la commission ont reçu des courriers d'avertissement de la part des avocats pour dire "arrêtez d'en parler". Or au-delà de la liberté d'expression des députés, il y a aussi la liberté de la presse et moi je continue à défendre ces principes fondamentaux dans une démocratie.
  • Je suis à ce stade le seul député à être poursuivi en justice, et j'ai apprécié que le président de la Chambre a annoncé qu'un avocat désigné par la Chambre allait me défendre et répondre à cette assignation, cette intimidation, cette diversion de M.Chodiev.
  • Au Parlement wallon, certains membres d'une autre commission, celle de Publifin, sont aussi cités en justice suite à leurs travaux: on est dans une ère où le politique est remis en cause par le pouvoir de l'argent. On peut s'inquiéter des évolutions démocratiques. En tant que démocrates nous devons tous faire très attention à défendre l'autonomie, la légitimité, et le travail d'une démocratie parlementaire et d'être digne du mandat qui nous est donné, ce que j'essaie de faire depuis que j'ai été élu."

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CDJ

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