ex cathedra accueille Isabelle Dalimier qui présente son travail de classement et d’archivage des souvenirs d’une marraine de guerre suisse et de son filleul, un soldat belge, Norbert Collard.
Il y a quelques années, Isabelle Dalimier se voit confier une grande boîte sur laquelle est inscrit « Souvenirs de mes soldats belges ». La boîte est remplie des souvenirs d'Emma Grenier de Lausanne. Isabelle Dalimier entame alors un long et patient travail de classement et d'archivage.
La (grosse) boîte contient en effet 250 lettres et enveloppes affranchies, une centaine de photos, des documents divers. En tout, cela représente 1340 pages scannées. Parmi tous ces documents, on retrouve 209 lettres écrites par Norbert Collard, un soldat originaire de Serinchamps.
Emma Grenier (1888-1971) est une marraine de guerre. Pendant toute la durée du conflit, elle entretient une correspondance avec 6 ou 7 soldats qui se battent sur le front. On appelle « marraine de guerre » ces femmes ou jeunes filles qui, pendant la Grande Guerre, ont soutenu, par des lettres, le moral des hommes au front. Certaines pouvaient également envoyer des colis.
Comité suisse de secours aux réfugiés belges
Emma Grenier répond à l'appel du Comité suisse de secours aux réfugiés belges créé le 5 octobre 1914. Dès les premières semaines de la guerre, le monde entier parle de la « pauvre petite Belgique » et un vaste mouvement international d'aide et de soutien se crée, notamment en Suisse.
Le Comité suisse de secours aux réfugiés belges se mobilise pour accueillir des enfants belges, pour récolter de fonds et pour établir des correspondances avec des soldats belges. Il organise également des manifestations de soutien.
Outre son engagement comme marraine de guerre, Emma Grenier prend en charge l'organisation des « vestiaires » où les enfants réfugiés sont rhabillés avant d'être envoyés dans une famille d'accueil.
Isabelle Dalimier n'a pas retrouvé les lettres d'Emma dans les familles des soldats filleuls. Elle ne possède que certains brouillons comme celui d'un courrier adressé à la Reine Elisabeth de Belgique.
« La Belgique et ses héroïques défenseurs font notre admiration. J'avais envie de faire quelque chose pour ces vaillants soldats et je prends la liberté de vous envoyer ces quelques paires de chaussettes en espérant qu'elles leur seront utiles. »
Norbert Collard
Parmi les filleuls d'Emma Grenier, se trouve un soldat originaire de Serinchamps, Norbert Collard (1890-1943). Avant la guerre, il exerce la profession d'enseignant. Comme il sait lire et écrire, il devient, en août 14, brancardier. En effet, il était nécessaire d'être lettré pour pouvoir écrire le nom des blessés et des morts. Le 13 janvier 1916, il écrit à Emma Grenier :
« Vous voudriez savoir si j'ai pris part à la bataille de l'Yser. Je réponds par les mots de notre roi « j'y étais et cela suffit ». J'ai commencé la guerre à Namur comme brancardier, par la France, nous sommes rentrés à Anvers. J'ai vu brûler Termonde et nous avons eu le bonheur d'en chasser les barbares quand la ville était encore en flammes. Nous avons dû gagner ensuite l'Yser où nous avons combattu en haillons, sans pain, sans boisson presque sans cartouche. Il faut avoir vécu ces jours-là pour savoir ce que la guerre a de plus affreux. »
Dans l'entre-deux-guerres, Norbert Collard devient Directeur de l'école moyenne de l'Etat de Beauraing. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'implique comme résistant. Il est arrêté par la Gestapo et incarcéré. Il décède le 26 novembre 1943 à la prison de Louvain. L'Athénée royal de Beauraing porte aujourd'hui son nom.
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