À l'école libre Notre-Dame de Dinant, la fin des repas gratuits bouleverse le midi. 80 % des élèves ne mangent plus chaud et repassent aux tartines, avec un impact direct sur leur concentration.
Depuis cette rentrée scolaire, l'heure du midi a pris une tournure bien différente à l'École libre fondamentale Notre-Dame de Dinant (site Saint-Roch). La suppression soudaine des subsides dédiés aux repas scolaires a mis un terme à la gratuité des repas chauds instaurée depuis 2021. Les moyens sont désormais intégrés directement aux budgets des écoles en encadrement différencié mais dans les faits, le subside moyen est passé de 3,70 € à 0,45 €.
Cette décision du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles contraint l'établissement dinantais à facturer ces repas aux familles. Aujourd'hui, 80 % des élèves ont renoncé au plat chaud et sont repassés à la boîte à tartines.
Les repas chauds gratuits faisaient partie intégrante du plan de pilotage de l'établissement. L'équipe administrative avait déposé un dossier lourd et documenté pour la période 2023-2024, validé à l'origine par l'administration pour une durée de cinq ans. Mais à la suite du changement de gouvernement, les subsides ont été brutalement interrompus sans aucun délai de transition, déplore la directrice de l'établissement, Stéphanie Hock.
En tant que directrice, je suis assez frustrée parce que c'est toute une énergie qui a été supprimée du jour au lendemain. Nous l'avons appris à la fin de l'année scolaire dernière, sans y être préparés du tout.
D'autres établissements de la région, comme l'école Notre-Dame Bonne Garde à Yvoir, subissent de plein fouet cette même décision budgétaire.
Seulement 20 % d'enfants mangent encore chaud
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : alors que l'intégralité des 140 élèves de maternelle et de primaire bénéficiait jusqu'alors quotidiennement d'un plat chaud offert, le passage au système payant depuis la rentrée a fait s'effondrer la participation aux repas chauds, poursuit la directrice :
Aujourd'hui, plus ou moins 20 % seulement d'enfants prennent des repas chauds. Les 80 % d'élèves restants apportent désormais leur propre repas froid ou leur boîte à tartines au réfectoire.
Les plats sont préparés dans les cuisines du collège Bellevue puis livrés sur place en raison de l'impossibilité technique et réglementaire (normes AFSCA) d'amener une cuisine complète dans les locaux de Saint-Roch.
Des répercussions directes sur l'attention en classe
Sur le terrain, la fin de la gratuité ne se traduit pas seulement par un changement de menu, mais par l'émergence de réelles difficultés alimentaires pour certaines familles, témoigne Claudia, maman et l'une des quatre bénévoles présentes pour donner un coup de main sur les temps de midi.
Ça me fait mal au cœur parce que je vois des situations de certains enfants qui n'ont parfois même pas de collation. C'est peut-être leur seule nourriture à manger à l'école.
La direction constate elle aussi des cas d'enfants arrivant en classe le ventre vide. Pour parer à l'urgence, l'école garde du pain et du chocolat à tartiner en réserve afin de dépanner les élèves les plus démunis. Mais les répercussions pédagogiques se font rapidement sentir : l'après-midi, le manque d'apports nutritionnels entraîne d'importantes difficultés de concentration et complique les apprentissages.
Solidarité spontanée et recherche de partenaires
En attendant un éventuel retour des aides publiques, la directrice cherche activement des partenariats, des appels à projets ou des donateurs privés pour restaurer au moins des actions ponctuelles, comme la distribution gratuite de soupe organisée le 15 octobre pour Halloween.
Mais au quotidien, la réponse la plus marquante vient des enfants eux-mêmes comme le raconte Claudia.
Il y a toujours des enfants solidaires. Dès qu'ils voient qu'un camarade n'a pas de repas, ils partagent spontanément et donnent la moitié de leurs tartines ou de leur repas chaud.
Une solidarité enfantine touchante qui pallie tant bien que mal l'urgence de la pause midi.