Dès septembre, les barreaux de Dinant et de Namur fusionneront pour unir leurs forces, répondre aux obligations croissantes et peser davantage face aux autorités judiciaires.
Les barreaux de Dinant et de Namur ne formeront bientôt plus qu'un. La fusion est prévue pour le 1er septembre prochain. À l'instar des provinces de Luxembourg et de Liège, celle de Namur va voir regroupé l'ensemble de ses avocats dans une seule et même structure. Maître Sarah Leclère, Rochefortoise et bâtonnière de Dinant, décrypte la situation.
Pour commencer, reprenons les bases : qu'est-ce qu'un barreau et quelles sont ses fonctions ?
Sarah Leclère : Un barreau, c'est un ordre professionnel d'avocats. Un peu comme il existe un ordre des médecins. Le barreau assure la défense des avocats, la défense de la profession d'avocat, ainsi que la régulation de celle-ci. Chaque avocat, pour pouvoir exercer, doit appartenir à un barreau.
Jusque-là, il y en avait deux en province de Namur : celui de Dinant et celui de Namur. Pourquoi fusionner maintenant, dix ans après la fusion de l'arrondissement judiciaire en 2014 ? Qu'est-ce qui a fait changer d'avis les avocats ?
La question s'est posée en 2014, mais elle n'avait pas suscité un grand engouement, ni du côté de Dinant, ni du côté de Namur. Puis, la question est revenue sur la table avec la construction du nouveau palais de justice à Namur. Il y a aussi le nombre croissant d'obligations qui pèsent sur les barreaux et les avocats. On s'est alors rendu compte qu'un rapprochement entre Namur et Dinant pourrait être bénéfique.
"Les avocats seront mieux armés pour défendre les justiciables"
Quels changements ce rapprochement va-t-il engendrer au niveau des avocats? Mais aussi au niveau des justiciables ?
Cela va surtout changer pour les avocats, qui seront mieux armés pour défendre les justiciables. Comme je le disais, il y a de plus en plus d'obligations : en matière de contrôle anti-blanchiment, de gestion des comptes tiers, de formation permanente… Pour un barreau comme celui de Dinant, avec une centaine d'avocats, cela devenait compliqué de mobiliser suffisamment de ressources pour remplir toutes ces obligations, même si Dinant compte de nombreux avocats dévoués. À titre de comparaison, Namur compte un peu plus de 330 avocats. Cette fusion permettra de réunir les forces vives.
Pour les justiciables, avec la construction du nouveau palais, de nombreuses audiences risquent d'être déplacées vers Namur. La question qui se posait était : que va-t-il advenir de Dinant ? Quand on est 100, on est moins audibles que lorsqu'on est 450 dans notre relation avec les autorités judiciaires. Les avocats de Namur nous soutiennent dans le combat pour maintenir le plus d'audiences possible à Dinant.
Qu'est-ce qui pourrait justement rester à Dinant ?
Pour l'instant, il reste à Dinant les audiences familiales, les audiences correctionnelles sans détenu, la justice de paix, le tribunal de police, ainsi qu'une partie du tribunal de l'entreprise. Mais nous ne sommes pas naïfs : nous avons lu l'accord du Gouvernement, qui prévoit une rationalisation des lieux de justice. Tant que nous aurons un avis à donner, nous le donnerons, et nous ferons tout pour que Dinant ne soit pas déserté.
Garder un équilibre entre Dinant et Namur
Comment allez-vous faire pour garder un équilibre entre ces deux anciens barreaux lorsqu'ils n'en formeront plus qu'un ?
Dans les discussions avec le barreau de Namur, et dans la résolution votée le 24 avril en assemblée générale tant à Dinant qu'à Namur, une alternance a été prévue. D'abord au niveau de la représentativité : au sein du Conseil de l'Ordre, un certain nombre d'avocats dinantais seront présents, tout comme des avocats namurois. Pour les dossiers plus sensibles, une majorité spéciale est prévue. Quant au bâtonnier, qui est le représentant du barreau, il y aura une alternance : la première année, ce sera un bâtonnier de Dinant.
Vous êtes d'ailleurs candidate à votre propre réélection ?
Effectivement. Un bâtonnier est élu pour une année et peut être réélu une seconde fois ; ce sont donc des mandats qui durent généralement deux ans. Il faut maintenant que je sois réélue au mois de juin, tant par Dinant que par Namur. Après un bâtonnier dinantais, ce sera un namurois, puis de nouveau un dinantais, pendant une période de cinq ans. Durant cette période, chaque barreau pourra décider de se retirer ou non de la fusion, s'il y a un problème majeur, ce que nous n'espérons évidemment pas. D'autant plus que les relations avec Namur se passent très bien, ce qui a d'ailleurs permis d'avancer dans cette fusion.
Finalement, je pense que les intérêts des Namurois et des Dinantais sont les mêmes en ce qui concerne la profession, même s'il existe des particularités propres à chaque côté. J'espère que dans six ans, tout le monde se sentira membre du barreau de Namur-Dinant et que l'on pourra dire que cette fusion est une belle réussite.