Les réalisateurs de "Intouchables" reviennent avec une comédie douce-amère sur l'ambiance des années 80. Le titre fait d'ailleurs évidemment référence à la chanson de Téléphone. À Gedinne le mercredi 15 avril.
La sélection de la semaine et les avis de Julien Collard du Ciné Gedinne :
- "Juste une illusion" de Olivier Nakache et Eric Toledano, avec Camille Cottin, Louis Garrel et Pierre Lottin : en sortie nationale au Ciné Gedinne le mercredi 15 avril à 20h15.
1985. Vincent va sur ses 13 ans et s'apprête à négocier ce moment charnière de la vie où l'on quitte l'enfance. À la maison, sa secrétaire de mère et son chômeur de père se prennent la tête à longueur de journée tandis que son grand-frère n'en a que pour la musique new wave.
Dehors, il y a les copains, la jolie fille du collège dont il est secrètement amoureux, et toutes les questions qui assaillent un gamin de son âge.
Nakache/Toledano, plus qu'un binôme à succès, une marque de films populaires et qualitatifs, des films où l'on rit beaucoup, où l'on pleure parfois aussi.
C'est tout un univers dans lequel on se replonge avec bonheur. L'époque des cheveux longs, de Téléphone, de The Cure, de la naissance de SOS Racisme, des VHS et des vidéo-clubs...
On revient à l'époque de Mitterand, des exposés à faire en binôme sans internet, des premiers ordinateurs, de la valise RTL… "Juste une Illusion" est un grand voyage dans la mémoire collective.
Côté casting, Camille Cottin en mère protectrice et secrétaire qui rêve d'évoluer professionnellement, Louis Garrel régale en paternel fier de sa réussite mais honteux d'être au chômage, tandis que Pierre Lottin est à mourir de rire en concierge rustre et borné.
Faire une comédie populaire n'exclut pas de faire du cinéma avec un grand C. Le film est réalisé avec soin et application avec quelques inspirations savoureuses.
- "La guerre des prix" de Anthony Dechaux, avec Ana Girardot et Olivier Gourmet : en sortie nationale au Ciné Gedinne le jeudi 16 avril à 20h15.
Audrey, fille d'agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d'achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale.
Alors qu'elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.
Pour son premier long-métrage, Anthony Déchaux nous immerge dans le secret des négociations entre grande distribution et producteurs laitiers. Victoires sur le pouvoir d'achat d'un côté, tragédies personnelles de l'autre. Et au milieu, une Ana Girardot éblouissante.
Il est question ici de l'ambition d'une femme aux parents agriculteurs, qui s'est faite toute seule et qui veut conserver son éthique malgré un dilemme grandissant.
D'un côté, privilégier les filières locales et bio, et donc favoriser son frère qui porte l'élevage familial à bout de bras. De l'autre, se frayer dans un milieu de requins, où l'obsession du prix le plus bas revient à broyer en bout de chaîne des paysans déjà sans marge.
- "Les filles du ciel" de Bérangère Mc Neese, avec Shirel Nataf, Héloïse Volle, Yowa-Angélys Tshikaya en sortie nationale au Ciné Gedinne le jeudi 9 avril à 20h15 et le dimanche 12 avril à 18h20.
Héloïse n'a nulle part où aller. Elle fait la rencontre de Mallorie qui lui propose de l'héberger dans l'appartement qu'elle partage avec deux autres jeunes femmes. Héloïse va trouver là un nouveau foyer et une nouvelle famille.
Mais leurs blessures passées menacent l'équilibre fragile entre ces femmes en apparence si solides.
Pour sa première réalisation, la comédienne Bérangère McNeese (vue notamment dans les séries "HPI" et "Des gens bien"), a fait le pari réussi d'un film qui repose presque entièrement sur ses quatre jeunes et très talentueuses actrices.
Le personnage d'Héloïse, jeune fille qui n'a pas encore 16 ans et se retrouve à squatter avec trois jeunes femmes plus âgées, dont l'une a un bébé.
Le film repose sur un équilibre délicat. D'un côté, il met en avant une solidarité féminine sincère, presque vitale. Ce groupe de jeunes femmes devient un refuge où l'on recrée une forme de famille non classique. Avec différentes nuances à cette sororité, entre protection, autorité et fragilité.
De l'autre, la réalisatrice montre comment un groupe peut aussi devenir une contrainte. Les règles implicites, les loyautés et les mécanismes de défense peuvent peu à peu enfermer celles qu'ils devaient protéger.
Cette tension traverse tout le film, sans jamais tomber dans une démonstration appuyée.
- "La femme la plus riche du monde" de Thierry Klifa, avec Isabelle Huppert, Marina Fois, Laurent Lafitte : au Centre Culturel de Dinant le vendredi 17 avril à 20h
La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte.
Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu'il ne dit. Des secrets de famille. Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.
C'est librement inspiré de l'affaire Bettencourt. Ce que l'on appelle "un film d'acteurs" : ils ont toute la latitude pour explorer la psychologie des personnages, et ils s'en donnent tous à cœur joie.
Laurent Lafitte est délicieux, son personnage si humain et si vilain en même temps. Il fait voler en éclats ce monde si fermé. Il a d'ailleurs été couronné du César du Meilleur Acteur pour ce rôle.
Curiosité : le film a été essentiellement tourné en Belgique (Bruxelles, La Hulpe et Charleroi) à l'été 2024.