"Le Carnet Bribosia" : les Dinantais ont tenté de négocier avec les Allemands!

publié le:10/04/2014 09:48:59 - mis à jour: 10/04/2014 10:36:37

Les notes du bourgmestre f.f. de Dinant en août 1914 révèlent un nouvel élément inédit : le Conseil communal de Dinant, sentant la catastrophe arriver, a tenté de négocier avec l'état-major allemand. Il ne l'a jamais trouvé.

Il y a une semaine, MAtélé révélait l'existence du "Carnet Bribosia", les notes dictées par le Bourgmestre f.f. de Dinant en août 1914. Aujourd'hui, le document intéresse fortement les historiens spécialistes des massacres de Dinant, Axel Tixhon et Michel Coleau en tête. 
 
A la première lecture, Axel Tixhon nous avait confié que la partie la plus intéressante concernait la semaine après le 23 août : "Pour les jours qui suivent le 23, on avait aucune source. Tous les hommes sont soit morts, soit prisonniers, soit déportés. François Bribosia est l'un des seuls à pouvoir se déplacer plus ou moins librement". 
 
Après un examen plus attentif, il apparaît que la première partie du carnet contient, elle aussi, des éléments inédits. Le 22 août, le Conseil communal dinantais, pressentant le danger, a tenté de négocier avec les Allemands, en vain! 
 

Extrait du "Carnet Bribosia" 

Samedi 22. La population est atterrée; des centaines de Dinantais quittent la ville. Le Conseil communal se réunit à l'hôtel de ville. On demande l'avis du général de brigade français qui se trouve maintenant non plus à Onhaye mais à Anthée, s'il n'y a pas lieu d'évacuer la ville. Le Général répond qu'il ne peut, là-dessus, donner aucun conseil mais que ceux qui quitteront la ville pour passer sur la rive gauche ne pourront plus rentrer chez eux. 
Le conseil cherche alors le moyen d'entrer en négociation avec l'état-major allemand afin d'éviter la catastrophe que l'on pressent. Les uns disent qu'il est à Havelange, les autres à Wavreille, d'autres à Marche, impossible de savoir où il se trouve. […] On sent que de graves événements se préparent. 
 
Michel Coleau commente pour nous ce passage : "C'est la première fois que je vois évoquée une tentative de négociations entre les Dinantais et les Allemands. En réalité, l'état-major était à Taviet mais il faut se rendre compte de la difficulté de communiquer et d'avoir des informations fiables en 1914, en temps de guerre". 
 
Les Dinantais ne trouveront pas les Allemands, il n'y aura donc pas de négociations. Peut-être auraient-elles pu changer le cours de l'histoire. Nous n'en saurons jamais rien. 
 

"Restez cachés dans votre cave"

Cet extrait du "Carnet Bribosia" nous renseigne aussi sur l'état d'esprit de la population dinantaise la veille de la tragédie et sur l'attitude des Français. Avant le 22 août, 2500 Dinantais avaient quitté la ville. "Les plus craintifs étaient partis, explique Michel Coleau, il y avait une pression des notables et du clergé pour que les gens restent et se cachent dans leur cave. Ils donnaient pour preuve que les soldats allemands s'étaient bien comportés avec les civils lors des combats du 15 août". 
 
Le 22, à midi, la traversée de la Meuse est interdite, même en barque. Les soldats français ne laissent plus passer personne. 3000 Dinantais sont coincés sur la rive droite. "C'était le jour de la relève pour l'armée française. Elle avait besoin de routes dégagées pour ses troupes. Les réfugiés les auraient gênées", avance Michel Coleau. Autre conséquence de cette relève, les soldats français présents sur la rive gauche le 23 août, ne connaissent pas les Dinantais, n'ont noué aucun lien avec eux. Ils vont donc suivre leurs ordres à la lettre : défendre la rive gauche. Aucune tentative pour aider les civils en train de se faire massacrer, ne sera enregistrée. 
 
Cette page peu glorieuse pour l'armée française sera tue pendant des décennies. Après la guerre, il n'était évidemment pas question de remettre en cause l'attitude de l'allié français. Cent ans après les faits, l'émotion est moins vive, les historiens peuvent désormais se pencher sur cette question. 
 
Photo : collection Pierre Arcq

  

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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