Le carnet Bribosia : un document historique majeur

publié le:03/04/2014 18:00:00 - mis à jour: 14/04/2014 09:17:16

EXCLUSIF - François Bribosia, bourgmestre f.f. de Dinant de l'époque, a raconté dans un petit carnet sa vision des événements tragiques d'août 14. Ce carnet n'a pas quitté le cercle familial pendant 100 ans. Aujourd'hui, il est rendu public pour la première fois.

En août 1914, François Bribosia est échevin à Dinant. Le 23, la ville est le théâtre d'un effroyable massacre : 674 civils sont assassinés par l'armée allemande. 400 hommes sont déportés vers Cassel, parmi eux, le bourgmestre Arthur Defoin. François Bribosia se retrouve à la tête d'une ville en ruine, complètement exsangue. 
 
François Bribosia en 1919 avec le Roi Albert
 
Quelques semaines plus tard, il dicte au receveur communal, Georges Cavalier, son récit des événements d'août. Ce carnet, d'une trentaine de pages, a été complété dans les années 60 par son fils, Jacques Bribosia. Il avait 11 ans en 1914. Il souligne dans le récit de son père les éléments qu'il se remémore personnellement et il ajoute ses propres souvenirs. 

 

Un document historique majeur 

Le carnet de François Bribosia comporte trois parties : la première concerne la période du 4 au 22 août; la deuxième, les journées de massacres (23-24 août); la troisième, la semaine qui suit les massacres (25-31 août). 
"C'est la troisième partie qui est la plus intéressante sur le plan historique. C'est la seule source que nous ayons sur les jours qui suivent les massacres", commente Axel Tixhon, professeur d'histoire de l'Université de Namur. "Seules quelques personnes sont libres de leurs mouvements pendant cette semaine. Les autres sont soit morts, soit prisonniers, soit déportés". 
Marthe Bribosia, l'épouse de François
 
François Bribosia raconte comment, aidé de sa femme d'origine allemande, il a sauvé sa famille et une partie des habitants de la place de Meuse (actuelle Place Albert). 
Mardi 25 août […] On parlemente de nouveau, on  obtient enfin quelque chose les femmes et les enfants sont libres, les hommes iront à Leffe; ma femme ne se tient pas pour battue, elle insiste "vous ne pouvez, dit-elle, en montrant ma mère séparer cette vieille femme de son fils, elle mourrait de chagrin". Enfin, on a gain de cause, nous rentrons tous à la maison. […] On attelle 2 chevaux; on charge 6 sacs de farine; je pars pour Leffe avec mon beau-frère et le sous-officier. Craignant qu'en son absence, on ne mette le feu à la maison, il laisse une sentinelle à notre porte. […] Nous arrivons à la maison! Nous sommes d'autant plus heureux que nous constatons que l'on a également fait exception pour d'autres; qui eux non plus n'iront pas à Leffe. […] En nous sauvant, nous en avons sauvé d'autres et nous avons empêché qu'on incendie tout le quartier. 
L'intervention de François Bribosia et de sa femme a en effet sauvé tout le quartier de la place de Meuse, l'un des rares à ne pas avoir été incendié en août 14. La rue des Trois Escabelles est l'une des seules rues du centre de Dinant à avoir la même physionomie qu'en 1914. 
La place de Meuse
 
Dans les jours qui suivent, le bourgmestre faisant fonction aura beaucoup de travail : l'enterrement des corps des fusillés, le nettoyage des rues et surtout le rétablissement de l'eau potable. 
Mercredi 26 - Les troupes allemandes passent toujours se dirigeant vers Philippeville - les incendies ont cessé - les morts sont enterrés - on fait brûler les cadavres des bêtes qui se trouvent dans les rues bœufs, vaches, chevaux etc. - les premiers prisonniers belges venant de Namur passent à Dinant - le pillage des caves continue - Je fais, avec M. Cousot, une démarche pour qu'on libère les civils qui sont à Leffe - on nous promet qu'on les lâchera le lendemain. 
 

Les souvenirs d'un enfant de 11 ans 

Le récit de Jacques Bribosia, 11 ans en 1914, est plus fragmenté. Il ne revient pas, comme son père 50 ans avant lui, sur tous les événements de ce terrible mois d'août. Il raconte, par exemple, son état d'esprit au moment où la guerre a été déclarée, comment il jouait au tennis dans une propriété voisine de celle de ses parents. 
Il relate aussi des événements qui peuvent paraître anecdotiques mais qui confirment et complètent parfois, la connaissance qu'ont les historiens de cette période. Jacques Bribosia raconte ainsi le pillage systématique des caves à vin dinantaises et notamment celle de l'hôtel des Postes, grand hôtel situé sur l'actuel Quai Cadoux. 

 

Une étude qui ne fait que commencer 

Le carnet Bribosia est resté dans le cercle familial pendant un siècle. Pour la première fois, la famille représentée par l'arrière-petit-fils, Olivier, a accepté de le rendre public sous certaines conditions. Il va maintenant être étudié en profondeur par les historiens. Outre les informations inédites sur la semaine qui suit les massacres, le texte pourrait confirmer ou infirmer certaines hypothèses restées en suspens sur le jour le plus sombre de l'histoire de Dinant. 
 
Les illustrations appartiennent à la collection privée de la famille Bribosia
 

  

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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