Pisciculture

Le dernier pisciculteur wallon spécialisé dans les poissons blancs est Rochefortois

publié le:07/07/2025 17:31:00 - mis à jour: 09/07/2025 12:18:39

Frédéric Henry élève depuis 35 ans des carpes, gardons... Des poissons habituellement produits en Flandre. Il est retraité mais continue à travailler, car son métier se fait de plus en plus rare.

Frédéric Henry enfile sa combinaison de pêcheur et se dirige vers l'étang sous la pluie battante. À première vue, cet étang semble plutôt banal. Mais en réalité, il abrite une gigantesque nursery pour poissons. C'est là que le pisciculteur élève des milliers de bébés carpes :

Les carpes donnent 100 000 œufs par kilo de poisson. Donc une carpe de 5 kilos vous donne 500 000 œufs. Cette année-ci, j'ai reproduit 5 femelles de manière artificielle, j'ai donc eu plus d'un million d'œufs.

Le pisciculteur rochefortois est spécialisé dans les poissons blancs, comme le gardon, la tanche, le brochet ou la perche. Mais la carpe représente 50 % de sa production. Chaque été, ses poissons grandissent dans les étangs d'un petit hameau près d'Havelange :

Je loue quatre étangs qui sont sur une eau de source calcaire de très bonne qualité, du ruisseau Saint-Lambert. C'est là que j'élève mes petits poissons le premier mois. Après cinq ou six semaines, quand ils pèsent deux ou trois grammes, ils vont dans de plus grands étangs pour continuer leur croissance.

L'hiver venu, quand les poissons ont terminé leur croissance, ils quittent l'étang pour continuer leur vie dans des cours d'eau comme la Meuse ou des étangs de pêche.

Un métier où il faut pouvoir se mouiller

Frédéric Henry a grandi en bord de Lesse. Ancien pêcheur passionné de poisson, il s'est lancé dans la pisciculture il y a presque 35 ans. À l'époque, c'est en France qu'il a appris les bases du métier. Aujourd'hui, il cultive 400 hectares d'étangs, notamment à Serinchamps, et est un des derniers pisciculteurs wallons spécialisés dans l'élevage de poissons blancs :

Je suis le dernier à faire ça à temps plein. Quand j'ai commencé, on était une dizaine en Belgique. Maintenant, on doit être trois. C'est assez compliqué. Quand on fait de la truite, c'est juste une espèce de poisson. Ici, j'élève une dizaine d'espèces et chaque poisson a sa complexité.

La Wallonie compte une quarantaine de pisciculteurs professionnels, qui produisent principalement de la truite. Les poissons blancs sont plutôt la spécialité des pisciculteurs flamands, en particulier dans le Limbourg. Mais le métier se fait de plus en plus rare. Il s'est complexifié d'année en année, reconnaît le pisciculteur :

Les législations se sont multipliées, les prédations (notamment du cormoran) sont de plus en plus fortes. Et puis, avec le changement climatique, il y a moins d'eau. On aimerait bien qu'il y ait des successeurs et que la jeunesse revienne, mais ce n'est pas facile.

Le pisciculteur, désormais retraité, continue de travailler tant qu'il le peut. Mais il espère un jour passer le flambeau de ce métier où il faut pouvoir se mouiller, dans tous les sens du terme.

Élisa Sidérius, Journaliste
elisa.siderius@matele.be

 
 
 

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