Chronique littéraire

Le premier livre jeunesse du Dinantais Aurélien Dony

03/04/2026 08:30:00

Auteur, poète, performer, metteur en scène, Aurélien Dony se lance dans la littérature jeunesse avec "Cric! Crac! Les taupes passent à l'attaque", une histoire ludique et engagée, illustrée par Nina Neuray.

La sélection littéraire et les avis de Marie Helewaut, enseignante à Ciney :

 

- "Cric ! Crac ! Les taupes passent à l'attaque !" d'Aurélien Dony et de Nina Neuray, Éditeur: CotCotCot, novembre 2025

 

L'histoire suit Mira, une petite taupe moins disciplinée que ses congénères, qui découvre, en s'aventurant à la surface, la douceur du soleil à la campagne mais aussi les méfaits des humains sur leur environnement.

 

Les humains préfèrent construire un Ultrasupermarché et dire adieu aux coquelicots en dégageant sauterelles, fourmis et grenouilles.

 

Bien décidée à résister et aidée de l'enfant-rivière, Mira va déclencher une prise de conscience collective et une réaction inattendue : les taupes, habituellement discrètes, décident de passer à l'action, aidées par d'autres animaux de la forêt. 

 

"Cric ! Crac ! Les taupes passent à l'attaque !" est un album jeunesse engagé, où la plume poétique d'Aurélien Dony et les illustrations vibrantes de Nina Neuray s'unissent pour aborder des thèmes forts de l'écologie, de la résistance et de la solidarité.

 

Aurélien Dony, poète, metteur en scène et animateur d'ateliers d'écriture, signe ici son premier album jeunesse. Son écriture, rythmée et orale, joue avec les sonorités et les onomatopées, rendant la lecture vivante et accessible dès 6 ans. La lecture se fait presqu'en chantant…

 

Nina Neuray, illustratrice, apporte une touche chaleureuse et expressive à l'histoire, grâce à ses dessins à la gouache et au crayon graphite, qui mettent en scène des taupes aux pelages variés évoluant dans un univers souterrain riche et coloré.

 

Le texte, à la fois drôle et combatif, aborde des notions complexes comme la désobéissance civile, l'entraide et la résistance, sans le côté moralisateur.
 

L'album est une invitation à réfléchir à notre rapport à la nature et à l'importance de s'engager, même à petite échelle. À travers l'histoire des taupes, c'est l'humanité toute entière qui est interpellée sur son empreinte écologique. 


Le ton, tantôt léger, tantôt engagé, évite le piège du catastrophisme et privilégie l'action collective et la joie de résister ensemble.
 

En somme, Aurélien Dony et Nina Neuray signent ici un livre nécessaire, intelligent et beau, qui prouve que la littérature jeunesse peut être à la fois ludique et profondément engagée

 

- "Une histoire d'ours" d'Eowyn Ivey, éditions Gallmeister, 2025

 

Alaska. C'est dans cet environnement rude, sauvage, que Birdie, mère célibataire un peu paumée, fumeuse, fêtarde, tente d'élever sa fille Emaleen en travaillant dans un bar-lodge isolé, repère de motards et de camping-cars.

 

Un soir, alors que la fillette s'égare dans les bois, c'est Arthur qui la retrouve : un homme taciturne, solitaire, vivant dans une cabane à flanc de montagne, aussi doux que mystérieux.

 

Attirée par Arthur, Birdie qui finit par tout quitter pour s'installer avec lui, malgré les avertissements de Walter, père blessé d'Arthur et veuf inconsolable.


Perdue dans la forêt, la cabane devient alors le théâtre d'un double apprentissage : celui de Birdie, qui réalise qu'elle a enfin trouvé l'endroit où elle rêvait de vivre, et celui d'Emaleen, qui apprend à lire les traces invisibles laissées par les animaux, à s'immerger dans un monde nouveau rempli de bêtes sauvages dont l'ours.

 

Dans "Une histoire d'Ours", Eowyn Ivey nous immerge dans une Alaska, sa terre natale, où tout s'entrelace : la beauté et la mort, les rêves et la réalité, les humains et les bêtes. 

 

Car l'ours est partout. Animal réel, menace palpable, figure légendaire et symbole ancestral, il effraie autant qu'il fascine. C'est lui, autant qu'Arthur, qui donne au roman sa tonalité originale.

 

Dans son regard d'enfant, Emaleen devient l'intermédiaire entre deux mondes : le réel, souvent rude, et le merveilleux, nourri de contes, de peurs et de récits transmis.

 

Elle avance dans un territoire où le réalisme magique s'invite sans prévenir, porté par l'écriture sensible, poétique et d'une grande justesse d'Eowyn Ivey.
 

Pourtant, une ombre grandit. Arthur disparaît parfois plusieurs jours, comme appelé par quelque chose de plus ancien et plus sauvage que lui. Son comportement change, révélant une part indomptable et parfois effrayante. 


Subtilement, le roman interroge l'amour, l'éducation, la liberté mais aussi la faute et les regrets que Walter, figure bouleversante de père meurtri, incarne avec force.


En jouant des temporalités, en brouillant les genres, en mêlant roman, drame intime et conte initiatique, Ivey tisse un récit ensorcelant. À la manière de ses premiers romans, dont "La fille de l'hiver" roman finaliste du Prix Pulitzer, "Une histoire d'Ours" brille par son authenticité, son souffle sauvage et son pouvoir évocateur.

 

On en sort ému, troublé, envoûté  et profondément attaché à cet improbable trio : Birdie, Arthur, et surtout Emaleen, qui nous ouvre la voie entre ombre et lumière.

 

Nicolas Debatty, Journaliste
nicolas.debatty@matele.be

 
 

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