À Havelange, les trognes témoignent d’un savoir-faire ancien. Autrefois source de bois pour les villageois, cette technique renaît aujourd’hui pour répondre aux enjeux environnementaux actuels.
A Maffe, les saules centenaires du village reçoivent une taille précise et soigneuse grâce au travail de François Mareschal. Ces arbres qu'on n'entretient pas, sauf quand on a besoin de leur bois. Ce sont des trognes. Le naturaliste et passionné, explique :
“Trogne”, c'est vraiment la tête, c'est un terme français. On peut aussi dire un “têtard”, comme le petit de la grenouille et comme la tête. Pour arriver à cette forme, on va conduire l'arbre, quand il est jeune, en supprimant toutes les petites branches périphériques pour ne laisser que sa tête.
Une technique ancestrale aux multiples usages
Toutes les essences d'arbres, ou presque, peuvent être taillées en trogne. Cette technique ancestrale fournit depuis des siècles des ressources essentielles aux villageois, principalement du bois de chauffage, mais pas seulement.
Les premières traces remontent au Néolithique. On a retrouvé en Angleterre, dans les marais, des vieilles trognes datées au carbone quatorze de 3 500 ans. À l'époque, les jeunes branchages servaient à faire des nasses à poissons, des panneaux qu'on enduisait d'argile pour construire des maisons. On peut même s'en servir pour le fourrage de certains moutons, des chèvres, des vaches... C'est vraiment un arbre aux multiples usages.
Quand la tradition reprend racine
Au fil des années, cette pratique s'est peu à peu essoufflée. Mais François Mareschal, soutenu par l'ASBL Terra Nostra, a décidé de redonner vie à cette tradition. Il a d'ailleurs transformé son jardin en véritable terrain d'expérimentation.
J'ai planté plusieurs jeunes arbres destinés à devenir têtards. Maintenant, je ne vais plus en planter de nouveaux, par contre, je vais conduire certains arbres que j'ai déjà en trogne. C'est-à-dire que je vais commencer à les former. Par exemple, dans le cas du frêne, qui pour le moment est malade à cause d'un champignon, cette taille peut être une solution pour lutter contre l'invasion.
Un rempart écologique face aux changements climatiques
Les trognes semblent être une réponse d'avenir face à de nombreux problèmes environnementaux. Ces arbres permettent entre autres de réguler l'humidité des sols et de favoriser la biodiversité, ajoute-t-il.
Il y a toute une faune qui est vraiment propre aux arbres têtards, comme la chouette chevêche d'Athéna qui adore s'y loger. Il y a aussi les insectes xylophages, qui vont donc manger le bois mort. Les têtards sont des arbres de choix pour toutes ces espèces-là.
Un travail pour les générations futures… Il faudra encore des dizaines d'années pour que ces arbres, véritable patrimoine rural, ornent à nouveau en nombre les bords des routes de Wallonie.