Judicaire

Abbaye-Lhoist: on arrête les tests de pompage (mais pas tout de suite!)

publié le:02/08/2019 10:36:00 - mis à jour: 02/08/2019 18:03:55

La source de Tridaine

Suite à une nouvelle décision de justice, les moines trappistes sont en droit de faire arrêter les tests de pompage opérés par Lhoist. Mais comble du paradoxe, un arrêt priverait l’Abbaye d’eau!

Dans le cadre du dossier opposant Lhoist à l'Abbaye Notre-Dame de Saint-Remy, le Tribunal de première instance de Marche-en-Famenne s'est prononcé jeudi en faveur des moines trappistes de Rochefort. Se basant sur des actes et des conventions datant de 1833, la justice reconnaît à l'Abbaye Saint-Remy un droit de servitude sur les eaux de la source de Tridaine, propriété de Lhoist. "Le Tribunal affirme explicitement qu'en vertu des conventions en vigueur, l'Abbaye a droit à recevoir l'eau telle qu'elle découle de l'approvisionnement naturel de la source de Tridaine", détaillent les moines par voie de communiqué de presse.

En d'autres termes, la justice estime que les tests de pompage opérés par le carrier Lhoist depuis le début du mois juin sont une entrave à la servitude dès lors qu'ils ont effet d'assécher la source pour remplacer l'approvisionnement naturel de l'Abbaye par un pompage et un acheminement par tuyaux.

Cette nouvelle décision de justice donne ainsi le droit à l'Abbaye d'exiger l'arrêt des tests de pompages auxquels les moines s'opposent depuis plus de sept ans.

Le comble du paradoxe

Mais comble du paradoxe, l'arrêt des tests priverait les Rochefortois (et les moines trappistes!) d'un précieux apport en eau. Et cela est inenvisageable pour le bourgmestre rochefortois Pierre-Yves Dermagne. 

Ces essais de pompage débutés à la mi-juin ont induit un rabattement accéléré et prématuré de la nappe à un niveau inférieur à celui de la galerie de la source de Tridaine qui approvisionne, en temps normal, une partie des réservoirs communaux de la ville et l'abbaye. Depuis lors, l'approvisionnement de ces réservoirs et de l'abbaye se fait majoritairement par l'eau issue des essais de pompage, laquelle est réinjectée dans la galerie de la source de Tridaine.

Autrement dit, si Lhoist arrête les pompages, la galerie de la source Tridaine se trouvera à sec avec pour conséquence que les moines trappistes n'auraient plus d'eau pour fabriquer leur bière, et une partie de la population rochefortoise, plus d'eau pour vivre. Pour éviter d'en arriver là, la ville a procédé à la réquisition des différents puits utilisés dans le cadre des essais de pompage, poursuit le bourgmestre.

Les pompages seront donc poursuivis puis progressivement réduits jusqu'à ce que la remontée de la nappe, à la faveur de précipitations atmosphériques abondantes, soit suffisante pour assurer l'approvisionnement gravitaire de la galerie de la source de Tridaine.  

Lhoist en appel

De son côté, Lhoist dit analyser le jugement et préparer un appel pour faire valoir ses arguments devant la Cour d'appel de Liège.

Nous ne voyons pas en quoi le pompage-test contredirait la servitude de non-rétention d'eau créée en 1833, puisque l'eau qui est prélevée par la brasserie provient toujours de la même nappe aquifère située sous le terrain de Lhoist (celle qui alimente la Tridaine) et est amenée au bout de la galerie de Tridaine, c'est-à-dire exactement au même endroit qu'avant le début du pompage-test.

De plus, les premiers résultats des analyses des eaux pompées en grande profondeur seraient très positifs, affirme le carrier :

Les analyses du bureau agréé par la Région wallonne démontrent que la qualité de l'eau remise dans la galerie est toujours aussi excellente. C'est logique puisque les eaux captées plus profondément sont les mêmes !

Dans l'immédiat, Lhoist entend respecter le jugement qui a été prononcé par le tribunal de Marche-en-Famenne ainsi que les obligations qui lui sont imposées par arrêté ministériel et de procéder progressivement à l'arrêt du test de pompage.

Morgane Halloy, Rédactrice en chef adjointe
morgane.halloy@matele.be

 

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