Chronique littéraire

Livres : quelle image reste de nous?

04/09/2026 08:00:00

Pour la rentrée littéraire de Toutim, Sarah Lambot a choisi 2 ouvrages qui explorent la question "que devient notre image quand nous ne sommes plus là pour la maîtriser?". Dans un cercueil ou... un téléphone.

Sarah Lambot (lectrice de Bièvre) : "pour cette première chronique livres de la rentrée, j'ai choisi de pointer deux lectures estivales qui m'ont plu, chacune dans son style, et qui présentent un point commun : toutes deux posent une même question : quand nous cessons d'être, que reste-t-il de nous dans la mémoire de ceux qui restent?


Ma première lecture est un récit de vie et nous parle de la mort, et de la dernière image que nous laissons à ceux qui nous aiment après être passés par le soin prodigué par un embaumeur. La seconde nous parle de disparition à l'ère du numérique, et des nombreuses traces que nous laissons de nous-mêmes dans nos téléphones, parfois sans même nous en rendre compte".

 

- "Confidences d'un embaumeur : quand la mort se fait belle" d'Alain Koninckx & Éric Willem |Racine, 2026

 

J'ai le plaisir de parler ici d'un livre particulier pour moi, parce que je connais son auteur, Alain. J'ai fait sa connaissance quand j'étais étudiante aux Facultés de Namur, il y a un peu moins de vingt ans.

 

À cette époque, je ne connaissais pas encore sa profession : j'ai été amenée à l'appréhender bien des années plus tard, quand j'ai compris, en le suivant via les réseaux sociaux, qu'Alain était devenu… embaumeur.

 

Mais d'abord, c'est quoi, un embaumeur? Techniquement, il s'agit d'un professionnel qui pratique des soins de conservation et de présentation sur les corps de personnes décédées avant leurs funérailles. Grâce à des techniques comme la restauration faciale, le maquillage funéraire, la plastination. 

 

Page après page, on découvre un métier atypique et pourtant essentiel et universel. Il y aussi une notion plus philosophique sur le "soin" mortuaire qui, prodigué avec humanité et intention, revêt une importance capitale pour ceux qui restent, notamment dans le processus de deuil.

 

Et pourtant, on a tendance à cacher la mort à l'heure actuelle : il est rare d'aller à des funérailles où le cercueil reste ouvert. J'ai compris quelque chose avec le livre d'Alain : "voir" son défunt est aussi une étape vers le deuil.

 

Enfin, littérairement parlant, le témoignage d'Alain est extrêmement bien composé : chapitre après chapitre, on progresse avec lui dans son choix de profession, ses études, les différentes étapes de sa carrière et sa montée en puissance vers ce qu'il est aujourd'hui, à savoir une référence mondiale dans le secteur du funéraire.

 

- "Je suis Romane Monnier" par Delphine de Vigan |Gallimard, 2026

 

Delphine de Vigan nous propose un roman-miroir : le récit croisé de Thomas, papa solo en quête de sens après le départ de sa fille partie vivre sa vie d'adulte et comme face au syndrome du "nid vide", regardant avec nostalgie les années où il a vu sa fille grandir et de Romane Monnier, jeune femme psychologiquement fragile et, elle aussi, en quête de sens, notamment au regard de son histoire familiale.

 

Un soir, Thomas prend un verre dans un bar avec un ami. Lorsqu'il rentre, il se rend compte qu'il a dans sa poche le téléphone d'une certaine "Romane Monnier".

 

Qui est-elle? Pourquoi ne veut-elle pas récupérer son téléphone quand Thomas le lui propose? Quels secrets recèle son téléphone et, globalement, que disent de nous nos téléphones, ces petites mémoires externes de nos vies?

 

Et vous… que se passerait-il si, demain, votre téléphone tombait entre les mains d'un parfait inconnu? C'est la question très contemporaine qui traverse le récit : aujourd'hui, notre téléphone contient une quantité vertigineuse d'informations sur nous. Nos conversations, nos photos, nos recherches, nos déplacements, nos habitudes, nos relations… Finalement, une partie considérable de notre vie y est enregistrée.

 

Alors, qu'est-ce qu'un inconnu pourrait comprendre de nous en consultant simplement notre téléphone? Quelle image de notre personnalité pourrait-il reconstruire? Quelles conclusions pourrait-il tirer de notre vie ?


Et derrière cette question, il y en a une autre que je trouve particulièrement intéressante : comment disparaître à l'heure du tout numérique ?
 

Nous laissons des traces partout. Des traces que nous ne maîtrisons pas toujours, et qui peuvent parfois raconter de nous des choses que nous n'aurions jamais choisi de raconter nous-mêmes.

 

C'est ce que j'ai aimé dans ce roman : au-delà de l'intrigue, il nous amène à réfléchir à notre identité numérique, à notre vie privée et à cette empreinte que nous construisons au fil du temps. 

 

Nicolas Debatty, Journaliste
nicolas.debatty@matele.be

 
 

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