"MAtélé comme en 14" s'arrête à Rossignol, petit village sur la Semois où l'armée française a subi la pire défaite de son histoire. Nous revenons également sur les massacres du 23 août à Dinant où la mémoire collective a parfois transformé la réalité historique.
Mémoire vive : "Un officier allemand a arrêté les massacres"
Francis Rouard évoque la mémoire de sa maman qui se trouvait à proximité du mur Tschoffen à Dinant, le jour des massacres. Il en est bien conscient, le récit que sa maman lui a fait des événements n'est pas tout à fait conforme à la réalité historique.
Henriette Marchal racontait qu'elle était une rescapée des fusillades qui ont eu lieu le 23 août 1914 à Dinant, et plus particulièrement, elle aurait échappé au massacre du mur Tschoffen. L'intervention d'un haut gradé allemand lui aurait sauvé la vie.
Au moment des faits, Henriette Marchal est âgée de 10 ans. "Le 23 août 1914, vers 17-18h, elle a été menée avec son papa, Victor Marchal, au sinistre mur Tschoffen", explique Francis Rouard, "ils pensaient bien sûr être fusillés".
"Ma mère m'a raconté qu'elle et son papa auraient été conduits sur un tas de cadavres pour être fusillés. Son papa lui aurait alors dit ces mots : "au moment où la mitrailleuse va être ré-armée, tu te laisses tomber pour que je puisse te protéger de mon corps". Au moment où l'ordre allait être donné de fusiller à nouveau, un Uhlan, un officer allemand a surgi sur son cheval venant de nulle part. Il a alors ordonné qu'on arrête le massacre."
Francis Rouard, le fils de Henriette Marchal, tient cette histoire des souvenirs de sa maman. Il tient à préciser : "il semblerait qu'en recoupant ces informations avec d'autres témoignages, les choses ne se soient pas exactement passées comme ma maman me l'a raconté."
Il y a deux erreurs historiques dans le récit de Henriette Marchal :
La première concerne les mitrailleuses. Il n'est pas possible que la petite fille se soit retrouvée face à une mitrailleuse car les Allemands n'ont pas utilisé ces engins pour fusiller. Ils ont constitué un peloton d'exécution. La deuxième erreur réside dans le fait que les femmes et les enfants ont été séparés des hommes une fois arrivés près du sanglant mur Tschoffen.
"Malgré tout, il y a tout de même un fait important et concordant dans le récit de ma mère", explique Francis Rouard, "c'est l'intervention d'un Allemand, sans doute haut gradé puisqu'il a pu faire arrêter le massacre. " Ce témoignage illustre le fait qu'il existe à Dinant une mémoire orale qui se transmet de génération en génération et qui évoque l'intervention d'un haut gradé allemand pour mettre fin aux massacres à hauteur du mur Tschoffen. Selon les récits, il arrive en voiture, pour d'autres sur un cheval blanc. Certains pensent que ce haut gradé allemand pourrait être le Prince Max de Saxe, frère de l'empereur. A ce stade, aucune certitude historique n'existe sur l'existence de cet officier, ni sur son identité. Il n'en demeure pas moins que plusieurs centaines de Dinantais se trouvaient à proximité du mur Tschoffen après la fusillade et qu'effectivement après la première exécution, il n'y en a pas eu de deuxième à cet endroit.
Un jour en enfer : les combats de Rossignol
Sur le plan historique, c'est l'épisode le plus sanglant de la Bataille des Frontières qui oppose autour du 22 août 1914 sept armées allemandes aux armées britannique, belge et française. A Rossignol comme dans tout le Luxembourg belge, c'est l'armée française qui est opposée à la IVème armée allemande.
Pour l'armée française, c'est le jour le plus sanglant de son histoire. Si les batailles de la Marne ou de Verdun tiennent une plus grande place dans la mémoire collective, c'est pourtant ce 22 août 1914 que la France perd le plus de soldats en une seule journée : 27.000 morts sont à déplorer, autant que pour toute la guerre d'Algérie (1954 – 1962), dont près de 7.000 dans les combats autour de Rossignol.
L'armée allemande parvient à couper en deux la 3ème division d'infanterie coloniale. Tous les hommes qui ont passé la Semois en direction de Rossignol sont pris au piège. Aucun renfort français ne parviendra dans le petit village : c'est l'encerclement et l'anéantissement des troupes d'élite du corps colonial qui payent, là, les dysfonctionnements de l'armée française au début de la guerre. La doctrine de l'offensive à outrance est toujours d'actualité. Les officiers français mènent une guerre de type napoléonien où les soldats restent debout et où l'artillerie joue un rôle secondaire.
Les civils ont payé un lourd tribut lors de ces combats. On dénombre 115 habitants de Rossignol tués dont 108 ont été fusillés à Arlon le 26 août.
Cérémonie eucharistique du 23 août
« MAtélé comme en 14 » vous propose de revivre en intégralité la cérémonie eucharistique célébrée à la Collégiale de Dinant le 23 août dernier en présence de Sa Majesté le Roi.