MAtélé comme en 14 : Le martyre de Bièvre

publié le:21/11/2014 10:34:24 - mis à jour: 21/11/2014 10:42:33

Au programme de "MAtélé comme en 14", un documentaire inédit sur la bataille de Bièvre et le massacre de 17 innocents qui a eu lieu juste après. Le 23 août 1914, la IVème armée allemande s'oppose à l'armée française dans des combats très meurtriers, notamment le long de la voie de chemin de fer. Elle se venge ensuite sur les civils de retard accumulé.

 

 "Le Martyre de Bièvre"

MAtélé et la commune de Bièvre se sont associées pour proposer un documentaire inédit qui revient  sur la pire journée qu'a connue le petit village ardennais. "Le Martyre de Bièvre" retrace le déroulement de la bataille à l'aube du dimanche 23 août, le massacre de 17 innocents mais il raconte aussi l'épisode quasi miraculeux de la Roche Mouselle et l'héroïsme de certaines familles qui ont caché des soldats français.

La IVème armée allemande arrive à proximité de Bièvre le 22 août. La bataille, proprement dite, s'engage dans la nuit. Dans la soirée du 22, Allemands et Français se sont déjà violemment opposés à Porcheresse. A l'issue du combat remporté par l'armée allemande, les Français se sont repliés vers Graide et Bièvre. Les Allemands se sont vengés de leurs pertes en incendiant pratiquement tout le village.

A minuit, le dimanche 23 août, les positions sont claires. Les Allemands sont à Wellin et à Haut-Fays où les hommes ont été pris en otage. 

De leur côté, les Français se sont établis à l'intérieur même du village de Bièvre. Ils ont creusé des tranchées le long de la voie de chemin de fer et sur la route d'Houdremont.  Ils dorment dans les étables des villageois. Là, un aumônier les confesse et leur donne la communion.  

A 5h30, l'artillerie allemande positionnée à Haut-Fays commence son pilonnage. Après l'artillerie, c'est au tour de l'infanterie allemande d'engager le combat. Devant elle, se dresse la ligne de chemin de fer, défendue par l'armée française. Entre Bièvre et Graide Station, c'est un talus où les soldats seraient très exposés. Ils choisissent donc de passer plus au nord, sous les ponts. Les deux bataillons français sont assez vite débordés et à 10h30, ils reçoivent l'ordre de quitter le village. Ils se replient vers Petit-Fays et Vresse. 

Bièvre tombe aux mains de l'armée allemande. Le combat aura duré un peu plus de deux heures et d'un côté comme de l'autre, les pertes sont lourdes.

Si les soldats français ont pu se replier, pour les habitants de Bièvre, le cauchemar ne fait que commencer.  Les Allemands croyaient traverser la région sans encombre, ils vont se venger sur la population civile du retard accumulé. Pendant deux jours et deux nuits, le 23 et le 24 août, l'armée allemande va terroriser le village. Au total, 17 personnes ont été assassinées et 72 bâtiments détruits. Des habitants ont également été contraints d'enterrer les soldats français tués lors des combats. 

Le miracle de la Roche Mouselle

La bataille de Bièvre a eu des répercussions dans d'autres villages. A Monceau, situé seulement à cinq kilomètres, les habitants ont entendu les combats. Ils sont également en contact avec les troupes françaises qui commencent à se replier depuis Bièvre et Houdremont.

Vers 10h, le matin du 23 août, un officier français avertit le bourgmestre, Félicien Maldague, « Il faut partir! » . Un groupe d'environ 120 personnes quittent alors le village, les enfants et les vieillards prennent place dans la charrette du bourgmestre.

Alice Martin, enfant à l'époque, raconte : « Nous habitions le village de Monceau. Dès que l'on annonça l'arrivée imminente des envahisseurs dont on nous avait dit le plus grand mal, on nous a installés, nous les enfants, sur une charrette de M. Félicien Maldague. Son attelage, tiré par deux robustes chevaux ardennais, nous conduisit à la Roche Mouselle. »

Là, va survenir un événement qui va marquer les habitants pour plusieurs générations. 

Alice Martin se souvient : « à Petit-Fays, position toujours tenue par l'armée française, deux officiers s'étaient arrêtés à l'Hôtel de la Vallée. Ils avaient attaché leurs montures à proximité de l'église toute proche. Soudain, les Allemands entreprirent de pilonner cette position. Un obus éclata près de l'édifice religieux. Terrorisés, les deux chevaux brisèrent leurs liens et s'enfuirent à travers la campagne. La vie s'était organisée à la Roche Mouselle. Pendant que l'on préparait le repas du soir, les 40 enfants jouaient devant la grotte. M. Maldague inquiété par le bruit des obus qui éclataient dans les villages tout proches, sortit de l'abri et nous ordonna de rentrer au plus vite pour réciter le chapelet. A peine le dernier bambin eut-il quitté le chariot, que les deux chevaux des officiers français s'écrasèrent sur l'attelage »

Personne n'est blessé dans l'accident. Les habitants de Monceau parlent de véritable miracle et promettent d'ériger un monument pour remercier Notre-Dame. Ils tiendront leur promesse avec un peu de retard, le monument ne sera érigé que pendant le deuxième conflit mondial.

Le matin du 24 août, quelques habitants quittent l'abri et remontent au village. Ils veulent regrouper le bétail et traire les vaches. Malheureusement, ils tombent sur une patrouille allemande. Ils sont roués de coups et obligés de regarder les soldats mettre le feu aux habitations. L'un des villageois décéde des coups reçus. Ce n'est que deux jours plus tard, le mercredi 26 août, que les habitants osent sortir de leur cachette. Pour éviter de nouvelles brutalités, ils offrent leurs services aux Allemands pour enterrer les morts de la bataille de Monceau. Au total, 27 habitations ont été détruites. 

Les Reclus de Graide

Le 20 août 1914, a lieu la bataille de Luchy (près de Bertrix). Un combat sanglant oppose l'armée allemande désireuse de traverser la Belgique au plus vite et l'armée française. Celle-ci perd 1300 hommes, tués, blessés ou disparus. Plusieurs dizaines de soldats français se retrouvent coupés de leur régiment et errent dans les bois. Parmi eux, il y a le Lieutenant Victor Guilhem-Ducléon et ses cinq compagnons.

Dans un premier temps, ils se cachent dans la forêt mais rapidement une patrouille allemande découvre leur cabane et l'incendie. Ils élisent ensuite domicile à quatre mètres sous terre dans un ancien puits de mine à la sortie du village de Graide (Bièvre). Ils doivent encore déménager quand leur cachette menace de s'effondrer.

Le 16 novembre, ils arrivent, épuisés et affamés, à la ferme de la famille Léonet. Celle-ci les accueille à bras ouverts. La France vient de remporter la bataille de la Marne. Tous sont convaincus que l'armée française sera bientôt là et que les soldats pourront rapidement regagner leur régiment.

Les hommes sont, les six premiers mois, cachés dans un trou creusé dans le foin. Puis une cachette est aménagée au-dessus du fournil, sous le toit. Finalement, les six Français s'installent dans le fournil lui-même où, sous la direction du lieutenant, ils s'occupent de fabriquer des chaises, de monter des paniers, des corbeilles à pain ou tournent différents objets d'usage courant. Ce réduit sera leur résidence de jour jusqu'à la fin de leur captivité.

A partir du 18 février 1916, ils dorment et se cachent à la moindre alerte dans un souterrain creusé par un fils de la maison et dont l'entrée a été confiée au plus beau porc de la région. La ferme dans laquelle sont cachés les six hommes est mitoyenne avec la ferme voisine. Rapidement, les voisins directs connaissent le secret de la famille Léonet. Et puis finalement, c'est tout le village de Graide qui est au courant. Mais, pendant 4 ans, personne ne parlera.

Il paraît cependant évident que les Allemands ont eu des soupçons. Ils ont d'ailleurs multiplié les perquisitions dans le village mais n'ont jamais découvert la fameuse cachette. Les six Français quittent Graide le 15 novembre 1918, quelques jours avant l'armistice.

Pendant la guerre, les Léonet vivent dans la peur. Si les Allemands découvrent qu'ils cachent des soldats français dans leur ferme, c'est assurément la mort qui les attend. Tous les villageois connaissent le sort qui a été réservé aux civils accusés, sans aucune preuve, d'être des francs-tireurs. Les Léonet font alors une promesse : s'ils ne sont pas dénoncés et que le village de Graide ne subit aucun dommage, ils érigeront une chapelle pour remercier la Sainte-Vierge.

En 1920, la famille avec l'aide de tout le village honore cette promesse. Une chapelle est construite à la sortie du village. Il y a quelques années, les héritiers l'ont donnée à la commune de Bièvre qui va bientôt entreprendre des travaux de restauration.

Conférence

« MAtélé comme en 14 » vous propose également de suivre la conférence du Professeur Axel Tixhon de l'Université de Namur sur la vie quotidienne pendant l'occupation.
 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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