Depuis le 1er janvier, il est interdit de jeter vos vêtements dans les déchets ménagers. La filière du recyclage craint que cette mesure ne mette un poids supplémentaire sur le secteur, déjà dépassé.
En 2025, jeter ses vieux vêtements et chiffons à la poubelle, c'est fini. Une directive européenne, en vigueur depuis le 1er janvier, impose de mettre tous vos textiles dans une bulle à vêtement, à condition qu'ils ne soient pas mouillés ni souillés.
Vous pouvez aussi les déposer dans un magasin de seconde main, comme celui d'Oxfam, à Ciney. Dans cette boutique, les bénévoles collectent près de 100 kilos de textiles par semaine. Claude Thomas, le responsable du magasin, craint que la nouvelle réglementation ne rende la quantité de dons de vêtements difficile à gérer.
C'est tout nouveau mais nous risquons de voir un volume de textiles supplémentaire arriver. Nous devrons les renvoyer via notre logistique, donc cela risque d'engendrer des coûts supplémentaires.
La collecte de dons, une gestion coûteuse
Les dons qui ne sont pas vendus en magasin arrivent au centre de tri Oxfam situé à Haren, en région bruxelloise. Près de 10 tonnes de vêtements y sont triés chaque jour. Emmanuel Cossée, directeur opérationnel chez Oxfam, nous montre la chaîne de tri.
Nous recevons tous les dons collectés via les bulles Oxfam qui se situent dans les rues un peu partout en Belgique, ainsi que tous les dons collectés en magasin. On opère un premier tri pour séparer les déchets de ce qui est éventuellement vendable. Les vêtements passent ensuite par un second tri, où ils vont être séparés en différentes qualités.
Avec les nouvelles règles en matière de tri textile, les quantités de déchets collectés par Oxfam vont inévitablement augmenter, sans contrepartie financière. C'est ce que reprochent les acteurs du secteur à cette nouvelle directive européenne, explique Emmanuel Cossée.
On soutient cette mesure, car elle vise à protéger l'environnement. Par contre, cette mesure ne prévoit pas de soutien financier aux organisations qui vont traiter tous ces déchets. On va devenir de vrais gestionnaires de déchets, mais on ne va pas recevoir plus de moyens. Au contraire, on va devoir travailler plus pour obtenir la même quantité de produits vendables. Financièrement, cela va notre mettre sous pression.
Une responsabilité des producteurs de textile
La filière du recyclage textile est déjà surmenée. Dans le centre de tri d'Oxfam, les montagnes de vêtements s'accumulent. Face à cette nouvelle directive, qui accentue la tension sur le secteur, les acteurs de la filière, représentés par la fédération Ressources, réclament la mise en place d'une Responsabilité Elargie des Producteurs (REP).
On espère de la part des autorités un système similaire au système Recupel, qu'on connaît dans le secteur de l'électroménager, qui met la responsabilité du traitement des déchets sur les producteurs. Cela les incitera déjà à produire des vêtements de meilleure qualité. Et puis cela nous aiderait à financer le traitement des vêtements.
Les acteurs de la seconde main appellent aussi à la conscience des citoyens. Ils encouragent les consommateurs à réfléchir avant de se séparer d'un vêtement. Et de les déposer dans les points de collecte, uniquement s'ils sont propres et secs.