"Bientôt vous ferez des reportages pour une fourmi écrasée!" Ouch, pas content, ce lecteur! Il venait de lire notre article sur un feu dans un égout. Pas du grand journalisme, comme l'affirme un bourgmestre?
Je vais être franc avec vous: je n'aurais jamais imaginé, en lisant Tintin à 10 ans et rêvant de mener des enquêtes partout dans le monde, me retrouver 40 ans plus tard à écrire un article sur un feu dans un égout.
Mais voilà: l'autre jour, j'étais de garde le week-end et un modérateur de groupe Facebook m'alerte sur un incident étrange et apparemment pas anodin. Les pompiers sont intervenus parce qu'un égout a pris feu. Photos à l'appui.
>> Au fait, je cherche toujours des modérateurs pour nos groupes: écrivez-moi à d.legrain@matele.be
En empoignant mon GSM pour téléphoner aux pompiers, je ne me suis certes pas dit: "Je suis bien parti pour mener une enquête retentissante récompensée au plus haut niveau". Non, je me suis dit: "Pour une fois qu'il fait beau un dimanche..." et puis je me suis mis au boulot. C'est mon boulot, et celui de mes collègues de Matélé, et celui de centaines de confrères en Wallonie et ailleurs. Et ça me plaît bien!
Dans ce métier, on ne sait jamais où l'insolite survient. On ne sait jamais qui on va rencontrer, et ce qu'on va apprendre. Cela fait 30 ans que je pratique ce métier (j'ai commencé à 18 ans!) et il m'arrive de m'ennuyer mais au fond c'est plutôt rare.
Pourquoi ces confidences? Parce que l'autre jour, après avoir posté l'article sur cet incident insolite, un bourgmestre m'a taclé sur Facebook: "Matélé, du grand journalisme!" Bim!
Mais Monsieur le bourgmestre, on n'a pas la prétention de faire du grrrrand journalisme, nous!
>> Cet article n'est pas un reportage d'actualité mais fait partie de la rubrique OFF. On vous explique ici de quoi il s'agit.
On veut faire du journalisme qui vous intéresse, vous dans les campagnes, vous dans les villages, vous dans les commerces, les restaurants, les trains, les isoloirs, les clubs sportifs... Et je pense pouvoir m'exprimer au nom des collègues (ils reliront cet article avant publication): c'est le journalisme qui nous intéresse aussi.
Dans l'univers de la presse, on appelle ce journalisme "la micro-locale". C'est du local de chez local.
Oui, c'est vrai la rénovation de l'église de Oisy (Bièvre) ne relève pas de la catégorie "grrrand journalisme"! Ni, soyons honnêtes, les inondations de la rue Saint-Jacques (Dinant). Et que dire de la tombola interactive d'Accueil Famenne (Rochefort)?
C'est en effet du journalisme qui intéresse un quartier, voire un village max. Mais si ce n'est pas nous qui nous intéressons aux heurts de la vie d'un village, qui le fera?
Et si on ne le fait plus, que se passera-t-il? Allez, on vous donne un indice: des études ont montré que là où il n'y avait plus assez de journalistes pour couvrir les informations locales, il y avait un désintérêt pour la politique, et moins de candidats aux élections. Véridique: la preuve ici.
La démocratie commence au niveau "micro-local". La démocratie débute dans les enquêtes publiques, dans les réunions de citoyens, dans les associations de commerçants, dans les clubs de sport, dans les projets scolaires... Et même dans la capacité des citoyens d'alerter la presse quand un incident inquiétant survient dans leur rue! Sans journalistes qui informent, c'est un contre-pouvoir (il y en a d'autres) qui disparaît. Imaginez un monde où seul votre bourgmestre déciderait ce qui relève d'une "grrrande information"; vous vous sentiriez bien informé?
Alors, on vous le dit: continuez de nous envoyer des photos d'égouts en feu, même le dimanche où il fait beau! C'est notre job et on aime ça!
Psst: Vous avez une idée d'article "OFF": écrivez à redaction@matele.be