A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Matélé a décidé de se pencher sur ses propres pratiques et sur la présence de la gente féminine dans son JT.
En avril 2018, le CSA publiait son Baromètre Diversité et Egalité qui se penchait notamment sur la représentation des femmes à l'écran. Après analyse des programmes de 23 chaînes pendant une semaine en mai 2017, il apparaît que les femmes qui constituent 51% de la population belge représente 37,28% des intervenantes dans les programmes d'information (journalistes comprises). Le chiffre est en augmentation, lente, reconnaissons-le. Il est également à nuancer. Les femmes endossent, toujours selon le CSA, plus fréquemment le rôle de la « vox populi » (39,54%) que celui de l'experte (20,56%).
A Matélé?
Du coup, à Matélé, nous avons décidé d'analyser nos propres chiffres. Nous avons référencé toutes les personnes représentées dans notre JT de la semaine du 25 février au 3 mars. Le résultat est assez proche des résultats nationaux: les femmes y endossaient 35% des rôles médiatiques. Ce résultat, auquel nous nous attendions, amène plusieurs réflexions.
Nous pensons que la question de la place des femmes dans les médias, comme celle de la diversité au sens large, est fondamentale. Dans une démocratie vivante, il est important que toutes les composantes de la société, a fortiori, quand celle-ci représente 51% de la population, aient accès aux médias et puissent faire entendre leur voix.
Quelles solutions pour améliorer ce chiffre?
La solution passerait-elle par des quotas? Devons-nous nous obliger à interviewer une femme chaque fois que nous tendons le micro à un homme? A Matélé, nous ne le pensons pas. Pour nous, l'augmentation de la présence des femmes sur notre antenne ne passe pas par la mise en place de quotas. Nous ne voulons pas des femmes dans notre JT, nous voulons des expertes, des cheffes d'entreprise, des sportives, des bourgmestres, des échevines, des actrices, des musiciennes, des porte-parole, des professeures, des directrices, des ministres, des enseignantes, des artisanes… Bref, nous ne voulons pas réduire les femmes à leur genre mais bien leur donner la parole pour ce qu'elles ont à dire.
D'autre part, nous devons aussi accepter que nous n'avons pas toujours le choix. La réalité du terrain s'impose souvent à nous. Par exemple, dans l'arrondissement de Dinant, quatre bourgmestres sur quinze sont des femmes. Il apparaît donc difficile en matière de politique communale de réserver une place équivalente à la gent féminine à celle que nous donnons à ces messieurs. Nous ne pouvons pas et ne voulons pas créer artificiellement de la diversité, là où elle n'existe pas.
Selon nous, la meilleure représentation des femmes passe par des efforts à trois niveaux. A nous, médias, d'être plus attentifs et de questionner nos choix d'intervenants pour les rendre les plus diversifiés possible. A nous, femmes, de prendre la parole dans l'espace public et d'affirmer que notre voix compte autant que celle des hommes. A nous tous, de créer les conditions pour que les femmes puissent prendre leur juste place dans notre société et d'enseigner à nos filles que leur genre ne peut jamais constituer un frein à leurs ambitions.