Procès d'Olivier Baudoin: "Je voudrais que papa soit là"

publié le:09/06/2016 16:46:23 - mis à jour: 09/06/2016 17:26:08

Me Cassandra Lessire représente le tuteur des enfants

Le fils aîné d'Olivier Baudoin et d'Isabelle Humblet, âgé de 16 ans, a témoigné à sa demande, ce jeudi matin. Il a fait part de son rêve de reprendre la ferme et a déclaré qu'il tenait au retour de son père.

Ce jeudi, le témoignage de S., le fils d'Isabelle Humblet et Olivier Baudoin, a penché très nettement en faveur de son papa.

S. est passionné par le travail à la ferme et rêve depuis toujours de reprendre la ferme. Il est actuellement en secondaire, et se destine à faire un graduat pour se préparer aux rigueurs de l'économie agricole. C'est à sa demande qu'il a été entendu par la cour d'assises. Il a suffisamment de discernement pour s'exprimer, explique l'avocate de leur tuteur, Me Cassandra Lessire. Celle-ci représente en quelque sorte les intérêts des enfants et veille à ce que leurs volontés soient entendues:

"Ils ont le discernement, ils sont à l'âge où ils peuvent expliquer ce qu'ils veulent. Je ne plaide pas sur les autres éléments de l'infraction, mais je veille à être leur porte-parole."

"Ils étaient heureux de se voir"

Selon S., ses parents s'entendaient bien:

"Tous les matins, ils étaient heureux de se voir, ils se donnaient des bisous. La veille de la mort de maman, j'ai remarqué qu'ils ne mangeaient pas côte à côte, alors qu'ils en avaient l'habitude. À part cela, je n'ai rien remarqué  d'anormal."

Il avait 13 ans à l'époque des faits: il se souvient d'épisodes où sa maman pleurait sans raison:

"Des fois, elle pleurait. Cela lui est arrivé à la salle de bains, sans raison apparente. A son anniversaire, elle a aussi pleuré et c'était de tristesse."

Le président lui a demandé sa réaction quand il a appris les faits reprochés à son père:

"J'ai été encore plus triste. C'est là que je me suis dit: on va devoir revendre la ferme, je ne pourrai pas réaliser mon rêve."

Le fils a rendu visite à Olivier Baudoin en prison: "Mon père s'est excusé." Votre père a-t-il expliqué son geste, demande le président? "Non."

Avant les questions des avocats, le président, de manière plutôt exceptionnelle, a donné la parole, à S.:

"Vous avez souhaité être entendu, vous avez peut-être une déclaration à faire?":

Réponse du fils:

"Oui, je voudrais dire que je suis en secondaire et que normalement dans deux ans, je pourrais reprendre la ferme. Mais je veux faire avant un graduat, parce qu'avec la crise agricole, il faut être bien préparé. Et je voudrais que papa soit là."

À ces mots, Olivier Baudoin a fondu en larmes.

Une froideur vis-à-vis du passé

Me Castaigne, représentant les grands-parents Humblet, lui a demandé s'il avait parlé des faits avec son père: "Non, c'est tabou." Mais sait-il, insiste le président, ce qui s'est réellement passé? "Papa s'est mis en colère, il a étranglé maman, et l'a poussée."

Me Rivière, avocat de la défense, a demandé au témoin d'évoquer sa mère, ce qui a semblé curieux de prime abord puisque l'évocation de la victime, ainsi que tous les souvenirs qui lui donnent corps, sont plutôt réputés défavorables à un accusé. Mais la réponse de S.a surpris:

"On ne se parlait pas souvent. Le dimanche, parfois, je préparais une entrée avec elle. Parfois le vendredi on faisait les courses ensemble. Sinon je ne passais pas beaucoup de temps avec."

Cette apparente neutralité affective trouve son origine, selon la psychologue Patricia De Bontridder, dans un clivage entre deux réalités  inconciliables pour de jeunes enfants: 1.maman est morte, 2. papa l'a tuée:

"C'est un mécanisme de survie, un mécanisme de défense qui leur permet d'avancer. Ils ne sont pas dans le déni, ils savent ce qui s'est passé, mais ils n'ont pas entamé leur deuil, ce qui est normal chez des enfants. Leur deuil est différé: il débutera quand ils seront dans un environnement stable. Pour l'instant, ils ignorent quel sera leur avenir."

Patricia De Bontridder a évoqué des enfants très courageux, et extraordinaires dans leur facuté d'adaptation:

"Je garde un souvenir ému de notre première rencontre, j'étais face à des enfants en état de sidération post-traumatique. L'impact a été dévastateur. Mais ils avancent, ils se concentrent leur quotidien, sur le concret: leur scolarité n'est pas détruite, et ils continuent de tisser des liens avec les adultes et leurs pairs d'âge."

Rivalité entre les Baudoin et les Humblet

Cette audition s'est déroulée dans un contexte net de rivalité entre les familles Baudoin et Humblet pour la garde des enfants. Ceux-ci vivent chez leurs grands-parents paternels, et ne voient plus leurs grands-parents maternels depuis plusieurs mois malgré un droit de visite d'un week-end par mois.

Patricia De Bontridder a expliqué que dans le contexte d'énorme souffrance vécue dans la famille Humblet, les enfants n'avaient plus d'espace d'expression. La famille d'Isabelle Humblet impute quant à elle l'origine de l'éloignement des enfants à la sortie de prison d'Olivier Baudoin, en 2015, qui bénéficiait d'une mesure de privation de liberté à domicile (bracelet électronique).

Me Castaigne, conseil des parents d'Isabelle Humblet, a donné lecture à S. d'un échange de courrier entre avocats au sujet du droit de visite:

"Etes-vous au courant que vos grands-parents maternels ont tenté de recoller les morceaux avec vous en faisant appel à une asbl? Et êtes-vous au courant que nous avons écrit à l'avocat d'Olivier Baudoin pour lui demander de cesser d'interférer dans les droits de visite de la famille Humblet?"

Mouvement d'humeur de Me Rivière, avocat d'Olivier Baudoin: "Si vous voulez jouer, allons-y." La défense a énuméré la longue liste des occasions manquées de visite pour cause de désistement de la part des grands-parents maternels: fatigue, vacances, maladie, encore fatigue... Conclusion de Me Rivière:

"Il est fallacieux de prétendre que le droit de visite de la famille Humblet n'est pas respecté à cause d'Olivier Baudoin."

Quand on a demandé à S. depuis quand il ne voyait plus ses grands-parents maternels, sa réponse a été très claire:

"Depuis décembre 2015: j'ai téléphoné à ma grand-mère maternelle pour demander un changement d'heure pour la visite pour Saint-Nicolas parce que l'horaire ne collait pas avec celui de mes grands-parents paternels et elle m'a dit: tu vas devoir choisir ton camp."

Manifestement, le jeune homme a choisi.

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