Kathleen Michel est la substitute qui a ordonné l'arrêt de la préparation du corps aux pompes funèbres. C'est aussi elle qui mène l'accusation aux assises: "C'était presque le crime parfait"
"On n'est pas passé loin de l'erreur judiciaire", s'est exclamé Me Castaigne, représentant les parties civiles, lors de sa plaidoirie ce vendredi après-midi:
"Il faut rendre hommage pour cela à Mme Michel et à tous ceux qui ont décelé ces petites anomalies qui ont amené à reconsidérer le suicide".
De fait, le matin de 12 novembre, les verbalisants appelés à la ferme d'Herbuchenne pour constater un suicide n'ont rien vu d'anormal et ont averti le substitut de garde de Namur (et non de Dinant, à cause d'un dysfonctionnement administratif) qu'ils remettaient le corps à la famille. Ce n'est qu'à 9h que le substitut qui prenait sa garde de jour à Dinant, Kathleen Michel, est avisée des événements de la nuit, et demande immédiatement qu'un médecin légiste examine la victime. Peu après 9h, un policier avertit les pompes funèbres de cesser la toilette de la victime. Selon l'accusation, les services des pompes funèbres étaient en train de suturer la plaie à la tête de la victime. Un légiste dépêché sur place dans la journée se rend compte immédiatement d'un problème.
"Sa seule erreur, c'est d'avoir changé de corde"
Kathleen Michel est aussi l'avocate générale du procès d'Olivier Baudoin: c'est elle qui mène l'accusation publique, au nom du Procureur du Roi.
"La seule erreur d'Olivier Baudoin, a-t-elle déclaré ce vendredi après midi, c'est d'avoir mis une corde de dimension différente au cou de la victime après l'avoir tuée. La finesse de la plaie ne correspondait pas du tout au diamètre de la corde retrouvée au cou de la victime. S'il avait laissé la petite corde autour du cou de la victime, on n'aurait pas eu de doute sur le suicide. Ensuite seulement l'autopsie a révélé que l'écrasement du larynx ne correspondait pas à une mort par pendaison, mais une mort par strangulation. A un poil près, il passait entre les mailles du filet".
La thèse de l'accusation, tout comme celle des parties civiles, c'est que le crime avait été bien préparé, bien planifié. Les deux éléments principaux que Kathleen Michel retient pour appuyer sa démonstration, ce sont le médicament et la corde:
"Olivier Baudoin n'a pas été capable de dire comment ni pourquoi il avait dérobé ce médicament chez sa maîtresse. Pourquoi tenter de faire prendre ce médicament à sa femme le soir du meurtre? Aucune explication ne tient la route si ce n'est qu'il voulait qu'elle soit dans les vapes en prévision du meurtre. L'autre élément, la corde, qui a aussi disparu, tout comme la tablette de médicaments, est aussi sujet à caution: où a-t-il pris cette corde exactement? A terre? Dans une ferme où pas un fétu de paille ne traîne dans la cour? Où a-t-elle disparu? Aucune explication n'est crédible, à part le fait de l'attendre avec la corde déjà à la main, ce qui indique qu'il préméditait son acte."
"L'histoire était belle"
"L'histoire était belle", a également souligné Me Castaigne:
"A un cheveu près, les éléments n'auraient pas été découverts et on aurait parlé de la pendue d'Herbuchenne et Olivier Baudoin ne serait pas ici dans cette salle mais sur son beau tracteur."
Me Castaigne, s'exprimant au nom de la famille, a révélé que la responsabilité d'Olivier Baudoin dans le meurtre de sa femme avait provoqué un "schisme" dans la famille Humblet:
"Une partie de la famille a cru à la bonne foi d'Olivier Baudoin. Le frère de la victime lui a lancé "On est de tout cœur avec toi" quand il a été arrêté. Mais aujourd'hui c'est une famille unie qui se présente devant vous et demande justice."
L'avocat a longuement évoqué la défunte: avec un talent oratoire qui a fait mouche dans la salle, il a parlé en son nom, et pour évoquer la mort de la victime, il s'est basé sur l'estimation du temps de son agonie, à savoir une minute, deux maximum selon le légiste: "Je vais cesser de parler pendant une minute et je vous demande de vous mettre dans la peau d'Isabelle Humblet." Au bout d'une minute, il a conclu: "J'espère de tout cœur qu'elle est partie sans savoir combien elle venait d'être trahie par son amour. La famille ne demande pas vengeance, elle demande justice."
Lundi, le procès reprendra avec la plaidoirie de la défense. Le jury sera ensuite appelé à délibérer sur la culpabilité par rapport au chef d'accusation. Ensuite, si l'accusé est reconnu coupable, les débats reprendront sur la peine, et le jury devra délibérer à nouveau. Le procès pourrait s'achever lundi.
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