La première réunion publique concernant un projet de valorisation de déchets, autrement baptisé incinérateur, à Givet, a eu lieu hier dans la salle Le Manège. Ambiance !
La salle du Manège est comble, le public prêt à en découdre avec les promoteurs du projet Givet Recycling. La réunion sera pour le moins animée, sinon chahutée. Le public, pas toujours discipliné, n'a pas hésité à interrompre régulièrement la présentation du projet qui est de construire une usine de valorisation de déchets pour les recycler en matière réutilisable dans l'industrie. Le promoteur flamand travaille déjà dans le secteur, en Flandre et souhaite développer ses activités. Le projet concerne 950000T/an de déchets qui proviendraient d'une zone de 200km autour de Givet et seraient acheminés exclusivement par camions. Wim Petillion explique ses motivations pour développer cette activité à Givet:
Je suis entrepreneur et je souhaite élargir mes activités. Il y a un manque de valorisation en France. Donc, j'y vois une opportunité. C'est “Ardennes Développement” qui m'a demandé. Alors, pourquoi pas ?
Ce qui a fait réagir les citoyens c'est que ce projet envisage le recyclage notamment de déchets dangereux comme des déchets goudronneux , des terres polluées ou des déchets de démolition. Les habitants de Givet n'en veulent pas, pas plus que ceux des communes limitrophes, comme Houyet, Hastière, Onhaye ou Beauraing. Les mandataires de ces communes étaient d'ailleurs aussi présents à cette réunion, un peu plus renseignés mais pas du tout convaincus par les arguments présentés comme Etienne Marot qui est échevin à Houyet:
Ce projet est mal monté et ne se présente pas au bon endroit ni pour les bonnes raisons. Le cadre légal qui a souvent été développé ici est le cadre légal français alors qu'on est quasiment en Belgique. Le cadre légal belge n'est pas du tout pris en compte et la coupole européenne à laquelle j'ai fait allusion, avait l'air de ne même pas savoir de quoi on parlait.
Des doutes et des inquiétudes
Les inquiétudes habituelles face à ce projet ont été évoquées allant de la fiabilité des contrôles dans les processus, la solvabilité et la fiabilité du promoteur. Les pollutions potentielles et les nuisances de tous ordres et notamment l'utilisation de l'eau et l'intensité supposée du charroi. Eric Pierre, conseiller municipal à Rancennes, une commune voisine de Givet explique:
On a travaillé sur la centrale de Chooz et je peux vous dire que les règles sont draconiennes. Et là, on en parle pas. Il y a aussi la question des transports. Et quand on dit qu'on attend les réponses du fluvial et du train, et bien, qu'on ait les réponses et ensuite on dépose le projet. On ne dépose pas un projet qui n'est pas finalisé.
Les citoyens belges ou français se sont sentis assez démunis face au dossier technique complexe. Le doute sur la fiabilité du projet s'est très vite installé. Marina Desonniaux qui habite à Baronville sur la commune de Beauraing est inquiète:
On donne une autorisation pour une partie de déchets. Puis, ca va être autre chose et de plus en plus. Et, en plus, on a aucune précision sur les contôles.
3h30 de réunion
Marie-Luce Pierard, citoyenne belge habitant Givet poursuit:
Au niveau de l'eau, je n'ai pas vu dans son étude les zones de protection de captages. S'il a pollué la nappe phréatique, il va le voir dans un an seulement. Il va faire une analyse une fois par an. C'est inadmissible.
La réunion a duré près de 3h30. De nombreuses questions ont été soulevées avec dans l'assemblée, une quasi l'unanimité pour s'opposer au projet. Wim Pétillion s'attendait à avoir une telle opposition:
Certaines questions étaient légitimes, d'autres pas. Je m'attendais à cela. C'est un changement. C'est l'inconnu.
Une autre réunion sera organisée, au même endroit à la même heure, lundi prochain. Les communes belges invitent leurs administrés à s'exprimer sur le dossier. Des pétitions circulent. A Hastière, une réunion d'information est organisée ce jeudi, à 18h30, à la Salle des Minouches à Heer.