La lettre pastorale et "résistante" du Cardinal Mercier de 1914, enluminée à Maredret, a été classée comme "trésor" par la Communauté française.
Après l'invasion de la Belgique par l'armée allemande et son long cortège de violences, de massacres et de destructions, le découragement est bien palpable dans la population belge au moment de passer de 1914 à 1915. La guerre de mouvement s'est transformée en guerre de position et elle s'annonce plus longue que prévue.
C'est dans ce climat de morosité que le Cardinal Désiré-Joseph Mercier a publié la lettre pastorale Patriotisme et Endurance le jour de Noël 1914. Celle-ci était destinée à être lue dans toutes les églises du diocèse de Malines à partir du 1er janvier 1915. Elle fit grand effet, que ce fût en Belgique ou à l'étranger, et suscita la colère des occupants allemands, lesquels empêchèrent par tous les moyens sa diffusion officielle… ou clandestine.
C'est seulement le 13 janvier 1915 que les sœurs de l'abbaye bénédictine de Maredret, au cœur de la vallée de la Molignée, entre Namur et Dinant, vont prendre connaissance du contenu de cette lettre pastorale.
Avec humour
L'importance de la lettre pastorale n'ayant pas échappé à la communauté bénédictine, totalement cloîtrée, la décision est prise très rapidement de la calligraphier et de l'enluminer.
Ce travail a été exécuté dans la clandestinité du début de l'année 1915 au 15 août 1916, jour où le Cardinal Désiré-Joseph Mercier, en visite à l'abbaye de Maredret, a pu découvrir ce chef-d'œuvre de 35 planches. Celles-ci ont été réalisées dans le style médiéval que les sœurs maîtrisaient à la perfection tout en adaptant celui-ci, avec un sens de l'humour peu commun, à la réalité des événements dramatiques de la Première Guerre mondiale.
> Pour visualiser ces 35 planches: cliquez ici
Dès la fondation de l'abbaye en effet, en 1893, un atelier a cherché à retrouver les techniques anciennes utilisées par les scribes et les enlumineurs du Moyen Âge. Il a fallu de nombreuses années aux sœurs pour se familiariser avec tous les secrets du métier : maîtrise des écritures anciennes, préparation des parchemins et des pigments et pose de l'or.
Classement en tant que « trésor »
Si le grand public connaît le classement de monuments et de sites, il est dans la plus grande ignorance concernant le classement de biens mobiliers.
Le premier bien mobilier classé par la Fédération Wallonie-Bruxelles est le Trésor d'Oignies, composé de 32 pièces et actuellement exposé au Musée provincial des Arts anciens du Namurois à Namur. Ce premier classement a eu lieu le 26 janvier 2010.
A ce jour, 142 biens mobiliers ont été classés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont 7 manuscrits, l'un d'entre eux faisant partie du Trésor d'Oignies. Parmi ces manuscrits, citons la Bible de Lobbes (1084), l'Évangéliaire d'Averbode (1170), le Psautier de Lambert le Bègue (ca 1285-1290) et le Manuscrit de l'Apocalypse de Namur (ca 1320-1323).
Quant au manuscrit de la lettre pastorale Patriotisme et Endurance, dernier objet mobilier en date classé, il s'agit du premier manuscrit de « Gothic revival » (néogothique).
L'arrêté, promulgué par Madame la Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Joëlle Milquet, le 17 mars 2015, précise les critères qui ont présidé à ce classement d'exception : « état de conservation, esthétique, rareté, grande qualité de conception et d'exécution, lien avec l'Histoire et l'Histoire de l'art et reconnaissance du bien par la communauté en tant qu'expression de son identité historique, esthétique ou culturelle ».
Le manuscrit de l'abbaye de Maredret est repris dans la catégorie « trésor ». Ce terme est issu du droit européen qui impose notamment l'interdiction d'exportation définitive. Une fois que le bien est classé « trésor », il ne peut être vendu qu'au sein même du pays concerné. Les biens mobiliers classés dans la catégorie « trésor » par la Fédération Wallonie-Bruxelles doivent dès lors rester sur le territoire de celle-ci.