Coronavirus

Vaccination: "Il faut prioriser les soignants ET les maisons de repos"

publié le:05/01/2021 18:53:00 - mis à jour: 06/01/2021 12:23:34

Des représentants du monde médical et infirmier ont cosigné une lettre ouverte au ministre de la Santé pour demander une vaccination du personnel soignant dès le début de la campagne, parallèlement aux homes.

"On laisse tomber le monde hospitalier, on nous abandonne". Mardi matin, lors d'un point presse hebdomadaire, le directeur médical du site de Godinne du CHU UCL Namur insistait sur la priorité qui devrait à son sentiment être mise sur la vaccination du personnel soignant.

C'est un défaut de précaution. On nous demande de tirer sur la corde sans avoir l'impression d'avoir reçu des moyens. On devra soigner avec ce qu'il nous restera comme personnel. C'est humain d'être révolté. Prioriser les résidents des maisons de repos, c'est une façon de calmer les consciences, de rattraper la gestion de la première vague.

Le directeur médical est l'un des co-signataires d'une lettre ouverte au ministre fédéral de la santé Frank Vandenbroecke,  lettre qui réclame la priorisation absolue du personnel soignant dans la campagne de vaccination, explique Benoît Rondelet à notre micro:

Nous ne demandons pas de passer avant les maisons de retraite, nous demandons de pouvoir vacciner notre personnel, qui va être exposé dans les semaines, les jours à venir, pour pouvoir bénéficier de leurs compétences au moment où nous en auront besoin, quitte à ce que la politique de vaccination des maisons de retraite dure plus longtemps.

Un choix politique?

Bien-sûr, c'est un choix politique. Toute décision prise au niveau d'un gouvernement est politique. Au niveau de la première vague, tout le monde a été terriblement blessé par ce nombre de décès important dans les maisons de retraites et MRS. Et on pense que les politiques ont subi les mêmes conséquences psychologiques à ce niveau-là et qu'ils veulent absolument, maintenant, éviter un nouveau scénario catastrophe en maisons de retraite. Nous prétendons qu'il faut le faire, mais qu'il faut aussi garantir la prise en charge de façon optimale au niveau des hôpitaux.

Approche parallèle et stratifiée

Il faut stratifier le personnel qui est à moyen et à haut risque. D'ailleurs, l'OMS ne recommande pas de vacciner tout le personnel de santé mais celui qui présente un risque certain de contagion.

Après le manque de matériel durant la première vague, c'est un nouveau rappel du manque de moyens pour les soignants?

Je pense qu'une partie du personnel vit cela comme ça. Il a vécu à mon sens trois traumatismes. Un premier d'ordre physique: une bonne partie de notre personnel a été malade et sur certificat. Et deux traumatismes d'ordre psychologique. Le premier est d'être monté au front dans des conditions difficiles, d'avoir vu beaucoup de gens souffrir et mourir. Et puis il y a cette blessure psychologique de donner sa vie pour les patients et pour un système de soins, et de remarquer que leur santé n'est pas nécessairement une priorité pour que ce système de soins tourne. Effectivement, ils ont mal vécu le fait de devoir partir en première intention non masqués dans la première vague. Je ne voudrais pas qu'on se présente, au niveau d'une troisième vague, avec un personnel de santé qui en plus devra vivre sans le vaccin. On peut comprendre leur frustration à ce niveau-là.

Selon nos confrères du Soir, dans la journée de mardi, le ministre de la Santé confirmait que "la stratégie belge allait être rediscutée en vue d'une accélération".

Nicolas Lembrée, Journaliste
nicolas.lembree@matele.be

 

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