Yolin Targé, agriculteur d'Havelange, dénonce l’absurdité du plan wallon anti-érosion. Celui-ci prévoit, notamment, de laisser une bande enherbée de 9 mètres autour des parcelles agricoles.
Yolin Targé, agriculteur de Failon à Havelange, nous emmène sur l'une de ses parcelles classées en risque très élevé d'érosion par la nouvelle cartographie "anti-érosion" wallonne. Il explique :
Nous sommes ici sur une parcelle qui démontre l'absurdité de la logique wallonne. Cette parcelle de quatre hectares est entourée d'une bande enherbée fleurie sur laquelle je ne peux plus, selon cette carte, produire des cultures de printemps, comme du tournesol ou de la moutarde bio, dans des conditions normales. Pourtant, cette parcelle n'a jamais montré de signe d'érosion, et cela même avant la création des bandes enherbées.
Les bandes enherbées, pas suffisantes !
Ces bandes enherbées autour des parcelles agricoles sont une des conditions phares du plan wallon. Mais, l'échelle des risques d'érosion établie par la nouvelle cartographie se base également sur d'autres critères, comme la surface du terrain ou son inclinaison. Cependant, d'après les agriculteurs, elles seraient loin de correspondre à la réalité du terrain.
Je serais curieux de rencontrer les personnes qui ont établi cette cartographie, car elle n'est absolument pas réaliste. J'ai des parcelles qui présentent des signes d'érosion et qui ne sont pas référencées comme tel, et d'autres qui ne présentent aucun signe et qui sont classées en risque très élevé d'érosion. Malgré la mise en place de bandes enherbées sous la directive des experts de Natagriwal, on observe de nombreuses parcelles classées en risque élevé voire très élevé. Les indicateurs choisis ne correspondent absolument pas à la réalité.
Moins de productions agricoles wallonnes
Des milliers d'agriculteurs wallons se retrouvent dans le cas de Yolin avec, pour conséquence, une diminution des terres cultivables en Wallonie, comme l'explique Olivia Lertuth, responsable communication pour la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA):
On va avoir un manque au niveau de certaines cultures, principalement toutes celles du printemps. Cela va se traduire par une hausse des prix de l'alimentation. Cela pose également le problème de notre souveraineté alimentaire.
Vers un retour à l'ancienne carte ?
Les agriculteurs demandent aujourd'hui une révision du plan stratégique wallon. Celui-là même qui a pour objectif de répondre aux obligations européennes entrées en vigueur en janvier dernier avec pour ambition de lutter contre l'érosion des sols et les coulées de boues, mais aussi de favoriser la biodiversité.
Le ministre de l'Agriculture Willy Borsus propose un retour à l'ancien système moyennant un accompagnement des agriculteurs sur le terrain, mais la ministre de l'Environnement, Céline Tellier, s'y oppose en l'état. Bref, il y a blocage au niveau du Gouvernement Wallon.
Les agriculteurs exigent une position rapide et claire du gouvernement wallon. D'autant, qu'entre-temps, l'Union européenne a décidé de supprimer les deux premières années de transition sans sanction. De très nombreux agriculteurs wallons se retrouvent donc, aujourd'hui, sur le fait accompli, avec risque d'amendes et de pénalités.