Soldiarité

170 menus offerts par des indépendants condrusiens

publié le:07/03/2021 15:00:00 - mis à jour: 08/03/2021 16:44:13

170 menus offerts par des indépendants condrusiens
170 menus offerts par des indépendants condrusiens
170 menus offerts par des indépendants condrusiens

Plusieurs indépendants condrusiens et la Conférence Saint-Vincent de Paul de Ciney ont œuvré ensemble afin d'offrir 170 menus à des familles monoparentales en difficulté.

C'est le chef cinacien Régis Alexandre qui est à l'initiative du projet: réaliser un menu à offrir à des familles dans le besoin. Avec les bénévoles de la Conférence cinacienne Saint-Vincent de Paul, ils ont décidé d'aider cette fois les familles monoparentales en difficultés. Ainsi 170 menus ont été offerts à ces familles qui comptent parfois jusqu'à sept membres ( un parent et six enfants). Ce n'est pas la première fois que Régis Alexandre participe à ce genre d'action solidaire mais ici, avec la période actuelle, le geste lui paraissait prendre encore plus de sens:

J'ai l'habitude de participer à d'autres actions, un peu comme celles-ci, avec d'autres associations aussi. Cela fait maintenant un an que certaines familles ont des difficultés à cause de cette crise. Ici, mon personnel touche 70% de son salaire. J'ai une employée qui est dans une famille recomposée. Les 30% du salaire qu'elle ne touche pas, c'est difficile pour elle. Dans une période comme celle-ci, je trouve qu'il est normal d'aider et de donner un coup de main en fonction de ses moyens.

Un élan de solidarité

Pour réaliser ses menus, le chef cinacien à contacté des indépendants de la région avc qui il a l'habitude de collaborer. En leur expliquant son projet, tous ont accepté de participer à l'aventure en offrant les produits et les matières premières. Ainsi, Grégoire Baert et Pauline Floymont, maraîchers à Conjoux, ont offert plus de 30 kilos de légumes (pommes de terre, oignons, choux verts, poireaux):

Quand le chef nous a parlé de son projet, on a tout de suite foncé. Pour nous, donner ces légumes, ça représente quelques centaines d'euros mais ça ne nous impacte pas trop financièrement et surtout ça nous fait plaisir de faire ce geste. Oui, ça fait du bien aussi de se sentir utile, de faire plaisir à ces familles.

Pour le dessert, le boulanger-pâtissier cinacien Geoffrey Vander Cammen a tout de suite accepté d'offrir des éclairs au chocolat:

Quand on voit la situation actuelle, les difficultés qu'ont certaines personnes, c'est extrêmement compliqué. J'entendais à la radio ce matin que même les CPAS ne suivent plus. Alors, faire un geste pour aider est le bienvenu. Nous offrons les éclairs car c'est un grand classique, qui plaît à la majorité, et puis c'est facile à transporter aussi, il faut y penser.

Enfin, le boucher Sébastien Lahaut, de Natoye, a offert 40 kilos de viande hachée:

Avant que Régis ne finisse de m'expliquer c'était déjà oui. Offert c'est offert, c'est comme ça. C'est une chaîne de solidarité, à notre petite échelle, entre quelques artisans de la région, et c'est important. Moi, pendant le confinement, les gens se sont rendus compte de l'intérêt pour les commerces locaux, et je n'ai pas arrêter de bosser. Je me levais plus tôt pour travailler plus. Je trouve normal de faire un geste envers ceux qui ont eu moins de chance.

Cet élan de solidarité ne surprend pas Régis Alexandre:

Je ne suis pas étonné du geste qu'ils ont fait car je connais bien ces personnes. Ici, j'ai Vanessa, qui est mon bras droit depuis 13 ans, qui a directement voulu apporter son aide quand elle a appris ce qu'on faisait. Ca fait aussi du bien, dans cette période, de voir et de vivre ce genre de choses. Et puis, imaginer le gamin qui aura du chocolat qui coule sur ses joues en mangeant son éclair, ça n'a pas de prix.

"Traîteur et cuisinier, ce n'est pas le même métier"

J'ai suivi Régis Alexandre, je l'ai même accompagné avec bonheur, chez ses collaborateurs indépendants. Ensuite, je l'ai suivi pendant qu'il cuisinait. D'habitude, le chef cuisine "à l'assiette". Ici, les proportions sont bien plus importantes et il faut s'organiser correctement:

Un traîteur, par exemple, il va prendre les 40 kilos de viande hachée et les cuire en une fois parce qu'il a le matériel adéquat. Moi, je n'ai que des petites poêles donc je vais en prendre 4 ou 5 et faire au fur et à mesure. Ca va me prendre beaucoup plus de temps. De même, pour prévoir les quantités pour de si gros volumes, c'est quelque chose à laquelle il a fallu que je m'habitue durant cette année avec les "take away". Traîteur et cuisinier, ce n'est pas le même métier. Vivement qu'on puisse rouvrir, retrouver les gens, parler avec eux. Qu'est ce que ça me manque...

Pour réaliser ce menu, Régis a pu compter sur le travail titanesque de son bras droit, Vanessa. C'est un jeune femme qui ne parle pas beaucoup, il faut dire qu'entre Régis et moi, il n'y avait peut-être pas beaucoup de moment de silence pour en placer une. Elle, son truc, c'est bosser, avancer. Et ça découpe des dizaines de kilos de poireaux et oignons sans sourciller, ni verser une larme. Et ça épluche les patates, tout en lançant le potage, et en nettoyant le plan de travail. Elle ne fait pas de bruit...mais quel boulot.

Aussi, Régis a reçu l'aide supplémentaire de Geoffrey Vander Cammen qui, tout en amenant les éclairs avec son fils, a pris le temps de donner un coup de main avec son garçon. II y avait aussi un ami fleuriste de Régis, Stéphane Fiévez, qui était en congé et qui a donné un coup de main.

Menu efficace et "grand public"

Bah oui, faut quand-même parler du menu. C'est bien d'offrir, mais c'est meilleur quand c'est bon (comme le dit le titre de cette émission terrible sur les réseaux sociaux). Malin, rusé, Régis a opté pour un menu "efficace", destiné à plaire au grand public et particulièrement aux enfants. Mais ce n'est pas aussi anodin que cela. il faut tout de même réfléchir parce que ce qui est cuisiné doit être mis en barquette et donc facilement transportable. Il faut aussi maîtriser la cuisson puisque les plats seront réchauffés.

En entrée, le chef a choisi un potage au chou vert, avec un émincé de volaille et, la touche du chef, de la moutarde Bister:

Inconsciemment, ça me rappelle la potée au chou que ma maman me fait. Et la touche de moutarde apporte ce petit punch. Ma soupe, je ne la veux pas trop lisse, il faut qu'il y ait encore de petits morceaux, pour avoir un peu de mâche.

En plat, un classique, un parmentier, mais pas le parmentier habituel. Ici il est aux poireaux alors qu'on imagine plus souvent les épinards, les carottes,...Aussi, la purée et les poireaux sont mélangés. Le chef explique:

Premièrement, il y a 170 barquettes à faire, donc c'est plus facile. Deuxièmement, il y a beaucoup d'enfants qui vont manger ce plat. Par expérience, je sais que ça passe mieux quand le légume est mélangé avec la purée. Aussi, je rajoute du parmesan alors c'est mieux de tout mélanger ensemble, niveau saveur.

Une purée classique, avec beaucoup de beurre, du lait, sel, poivre et noix de muscade mais pas d'oeuf pour ne pas allourdir la préparation. Des poireaux qui ont sué dans un peu de beurre et un fond d'eau et qui restent encore un peu croquants. Tout cela sur un lit de viande hachée sur lequel on vient napper un jus de veau au thym citronné. Tout paraît simple mais c'est bon...très bon. Et pour être resté jusqu'au bout, tout paraît simple mais ça a demandé du boulot...en tout, près de 8 heures en cuisine.

Les bénévoles vont amener les menus

Dernière étape, les bénévoles cinaciens de la Saint-Vincent de Paul sont venus chercher, avec leurs caisses, les commandes pour aller les livrer dans les familles. Cette association de bienfaisance aide près de 200 familles à l'année et est composée d'une vingtaine de bénévoles. Jean-Luc Nocart est l'un deux:

C'est d'autant plus fantastique de faire ça qu'on traverse quand-même une période particulière et délicate, que l'horeca n'est pas pas favorisé dans le contexte actuel, c'est le moins que l'on puisse dire. C'est donc d'autant plus appréciable qu'il y ait cette élan de solidarité et on ne saurait trop remercier Régis pour ça.

En plus de vivre un moment, une journée de solidarité, je tiens surtout à dire que cela faisait longtemps que je n'avais pas vécu une journée aussi souriante et joyeuse. Que ça fait du bien de croiser des gens, de discuter et rire avec eux. Alors bien sûr, un grand bravo à toutes ces personnes qui ont participé au projet mais aussi merci pour la bonne humeur...ça fait un bien fou!

Arnaud Wuyard, Journaliste
arnaud.wuyard@matele.be

 

Revoir Le Journal

CDJ

22H30