Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, annonce un accord avec les pays du Mercosur. Benoît Cassart, député européen MR, se dit triplement choqué et déçu.
Depuis le sommet de Montevideo (Uruguay), Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a annoncé avoir conclu un accord dit politique entre les pays de l'Union européenne et ceux du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay et Bolivie).
C'est un jour historique. Merci aux négociateurs qui ont su aboutir à un accord équilibré. Cet accord, ce n'est pas seulement une opportunité économique, c'est une nécessité politique, les démocraties doivent travailler ensemble. C'est une réponse à la fragmentation. Unis nous sommes plus forts en tant que partenaires. Cela signifie plus d'emplois, de meilleurs emplois et de meilleurs prix. Un marché de 700 millions de consommateurs renforcera notre chaîne d'approvisionnement et créera des emplois des deux côtés de l'océan. Chers Européens, cet accord est une victoire pour l'Europe. A nos agriculteurs, nous vous avons entendus, nous avons des clauses de sauvegarde. Le marché intérieur sera protégé.
Il n'est pas du tout certain que les agriculteurs européens aient la même lecture de cet accord. L'un d'entre eux, par ailleurs député européen MR, Benoît Cassart, a réagi dès ce vendredi après-midi à notre micro.
Je me sens trois fois déçu et choqué : d'abord comme agriculteur, ensuite comme citoyen et enfin comme député européen. Comme agriculteur parce qu'on nous fait faire des choses incroyables pour améliorer la biodiversité, pour améliorer l'environnement, etc. Et puis on voit que finalement ce qu'on ne peut plus faire ici est autorisé là-bas, les produits vont pouvoir venir plus massivement. C'est très dangereux essentiellement pour la filière de la volaille, le sucre, la viande bovine, trois choses que l'on fait en Wallonie. C'est vraiment un coup dur pour nous sur le plan économique. En tant que citoyen, je suis choqué parce que si on fait des choix en tant que parlementaire pour décider que nos citoyens ne mangent pas de la viande aux hormones, on sait que là-bas, il n'y a aucune traçabilité. Donc en tant que citoyen je me sens berné. En tant qu'eurodéputé, je me sens aussi berné parce qu'il y a 15 jours, on nous disait "Ne vous inquiétez pas, ça avance mais on vous tient au courant du déroulement de la situation". Et maintenant on nous annonce un accord ficelé. Ce n'est vraiment pas la politique que j'aime, ce manque de transparence et ces décisions qui vont à l'encontre des décisions politiques que l'on prend chez nous.
Le texte peut encore être bloqué
Cet accord politique entre les services de la Commission européenne et les pays du Mercosur est une étape cruciale mais il ne marque pas la fin du processus d'adoption du texte. La Commission a négocié au nom des États membres mais le texte doit encore être ratifié.
Selon les services du député européen, Benoît Cassart, la Commission européenne doit trouver la bonne base juridique pour la ratification. L'accord avec le Mercosur est en principe un « accord mixte » (il allie commerce et coopération politique), il nécessite donc une approbation par le Conseil européen, le Parlement européen et les parlements des États membres.
La Commission européenne pourrait scinder l'accord, si bien que les parlements nationaux ne se prononceraient pas sur les volets relevant de compétences européennes. L'accord scindé devrait tout de même être soutenu par une majorité qualifiée d'États (représentant 65% de la population) et une majorité d'eurodéputés.
Dans ce processus, sans surprise, Benoît Cassart annonce qu'il votera contre. La Belgique, par contre, sauf revirement de dernière minute devrait s'abstenir. Si tous les partis wallons s'opposent à cet accord, la Flandre y est quant à elle favorable, notamment à cause de ce qu'il pourrait apporter comme opportunités au port d'Anvers.
>> Benoît Cassart sera l'invité du Journal ce samedi 7 décembre