Commerce

Mercosur : pourquoi la viande bovine sud-américaine inquiète les agriculteurs européens ?

publié le:09/01/2026 14:38:00 - mis à jour: 12/01/2026 17:09:07

Validé par l’UE, l’accord avec le Mercosur ouvre grand le marché européen. La viande sud-américaine, moins chère à produire, inquiète fortement les agriculteurs.

Les États membres de l'Union européenne viennent de valider l'accord commercial avec le Mercosur, regroupant le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay. Cette décision marque la création de la plus grande zone de libre-échange au monde, mais provoque la colère des agriculteurs européens, qui redoutent une concurrence accrue. Plusieurs secteurs sont concernés, notamment la viande bovine, la volaille et la betterave, mais c'est surtout la filière bovine qui cristallise les inquiétudes.

L'Amérique latine, un poids lourd mondial de la viande bovine

L'Amérique latine est aujourd'hui un acteur majeur de la production de bœuf. À elle seule, elle représente environ 23 % de la production mondiale et plus de 22 % des exportations, soit près d'un quart de la viande de bœuf échangée dans le monde.

Cette domination repose sur un modèle de production très différent de celui de l'Europe. Dans la plupart des pays sud-américains, l'élevage est extensif : les bovins paissent sur de vastes pâturages toute l'année, profitant d'un climat favorable qui limite les besoins en bâtiments et en stockage de fourrage. Le coût des terres y est également beaucoup plus faible qu'en Europe.

Des méthodes de production différentes

En Belgique et dans le reste de l'Europe, l'élevage est plutôt semi-intensif voire intensif. Les animaux sont logés dans des bâtiments, reçoivent des aliments importés et les exploitations sont soumises à de nombreuses normes : bien-être animal, OGM, pesticides pour l'alimentation, vaccination, ...

À l'inverse, les producteurs sud-américains sont soumis à des réglementations moins contraignantes, variables selon le pays. La main-d'œuvre, également moins chère et souvent plus disponible, contribue à réduire encore les coûts de production.

Selon l'Institut de l'élevage français (Idele), ces différences se traduisent par des coûts de production en moyenne 40 % plus bas pour les pays du Mercosur, et près de 60 % plus bas au Brésil. Le résultat : une viande sud-américaine qui arrive sur le marché européen à un prix très compétitif.

Du boeuf sud-américain déjà présent dans nos assiettes

Avant ce nouvel accord, la viande du Mercosur était déjà bien implantée en Europe. En 2023, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay ont exporté près de 195.000 tonnes de viande bovine, soit 58 % de toutes les importations européennes de bœuf. Autrement dit, plus d'un steak importé sur deux venait déjà de ces pays.

Avec la ratification, l'accord va ouvrir encore plus le marché européen à la viande sud-américaine. Un quota spécifique de 99.000 tonnes de bœuf pourra entrer chaque année avec des droits de douane réduits à environ 7,5 %, bien plus avantageux que les taxes actuelles. La viande du Mercosur deviendra ainsi encore plus compétitive face aux produits européens.

Une clause de sauvegarde en cas d'excès

Face à ces prix compétitifs, l'Union européenne dispose d'une clause de sauvegarde dans cet accord. Ce mécanisme, qui devrait protéger les éleveurs européens, permet de suspendre temporairement les avantages commerciaux si les importations deviennent trop importantes ou trop bon marché et menacent gravement les producteurs locaux.

La clause n'est toutefois pas automatique : elle ne peut être activée que si certains seuils sont dépassés. Une enquête pourra alors être ouverte et les deux parties (UE et Mercosur) pourront décider de rétablir des droits de douane ou de limiter les volumes.

Perrine Borlée, Journaliste
Perrine.borlee@matele.be

 
 
 

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