Une majorité quasi inaltérable avec un duo Petit-Rouard qui fonctionne bien ; mais face à elle, une coriace opposition fait entendre sa voix.
Que faudrait-il pour entamer la bonhomie du bourgmestre Yvan Petit ? On ne voit pas, à ce stade. Voici un bourgmestre qui a perdu une fois son mayorat (et l'a reconquis), dont la commune a subi deux catastrophes majeures en l'espace de quinze jours, dont un des fleurons (Noisy) est menacé de disparition et fait l'objet de fortes contestations, dont un autre fleuron (la briqueterie) a failli disparaître et fait aussi l'objet de vives contestations, et qui ne se départit jamais de son sourire, ni d'une capacité étourdissante à arrondir les angles. Assister à un conseil communal à Houyet, c'est être frappé par la convivialité sans formalisme des débats, ce qui n'exclut pourtant pas les divergences d'opinions. On exagérerait d'écrire que tout le monde peut voter à la carte, mais les votes dissidents ne provoquent ni remous ni excommunication. Une rareté.
A Houyet, les deux listes de l'ancienne majorité, à tendance PS et CDH, ont constitué un cartel sous l'appellation « Action commune » qui leur a garanti une majorité absolue aux élections de 2012 malgré la perte d'un siège. En face, la minorité Union villageoise, à tendance libérale, fait plus que de la figuration, malgré ses cinq élus contre dix. C'est même un des enseignements du débat : l'opposition est infiniment plus présente et plus forte que lors de notre débat pré-électoral. En trois ans, quel changement !
Cependant, au débat de Matélé, Yvan Petit, a montré qu'il continuait d'opérer l'étonnante synthèse du Sphynx et de La Joconde, malgré cette opposition des grands jours.
La jeune qui monte et le vieux coriace
Car face à lui, un duo représentait l'opposition : la jeune qui monte et le vieux coriace, Hélène Lebrun et Christian Matagne. Ce dernier est le chef de file, mais devrait passer la main aux prochaines élections à sa jeune colistière. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas été tendres avec la majorité. Quel déluge de zéros pointés ! La gestion des dossiers : 0/10. L'après inondations : 0/10. La redevance déchets : 0/10. Face à de mauvais bulletins assénés sous l'œil des caméras et le feu des projecteurs, on a vu des bourgmestres d'autres communes blêmir, d'autres se redresser, piqués au vif, d'autres encore fusiller du regard… Pas Yvan Petit, qui consent même un sourire à ses détracteurs.

Une opposition incisive
Exemple avec LE dossier qui fâche à Houyet, la briqueterie de Wanlin. Mise en liquidation en 2013 par le groupe Wienerberger, l'usine aurait pu fermer définitivement. Il fallut une mobilisation du bourgmestre, du BEP, des syndicats, pour trouver un sauveur (partiel) en la personne de la société Nonet. Neuf emplois sauvés sur vingt-cinq. Plus l'arrivée de 40 travailleurs de la société Thomas&Piron pour son activité de rénovation. Cela aurait pu être pire. Question de la rédaction à Christian Matagne, farouche opposant au montage imaginé par le bourgmestre : "Quand vous voyez le résultat, vous ne vous dites que vous vous êtes trompé?" Ah non, il ne se dit pas ça, Christian Matagne. Certainement pas, précise-t-il. "Gestion du dossier : zéro sur dix". Il aime les zéros.
Ecologique ou pas écologique?
L'argument de Christian Matagne? Le bourgmestre a ficelé un accord en toute opacité et surtout cet accord brade la ressource communale: Nonet peut exploiter tout l'argile qu'il veut pour la somme annuelle de 4.461€. Non indexés. Ce n'est pas tout, poursuit Matagne, implacable. Une activité de tri de déchets, avec permis pour de l'amiante, verra le jour. "Les sociétés de tri de déchets gagnent de l'argent à la pelle mécanique, on aurait pu mettre une taxe supplémentaire."
Didier Rouard monte au créneau. Selon lui, Houyet était bloquée par un accord qui engageait la commune vis-à-vis de Wienerberger jusqu'en 2027 : "Si on arrêtait en 2013, plus rien ne pouvait se faire pendant quinze ans." Et puis la nouvelle activité est écologique : en fabriquant des briques d'argile crues, on n'émet plus de C02 puisqu'on ne cuit plus.
La rédaction s'étonne : écologique d'un côté mais pourra traiter de l'amiante de l'autre ? "Ce n'est pas… Enfin si… Mais laissez-moi terminer…" Et l'élu de se lancer dans la promotion d'un nouveau produit, ses 24 teintes différentes, sa fabrication avec la paille, un vrai vendeur de chez Batibouw, mais guère convaincant sur ce dossier.
Petit ferme mais courtois
Yvan Petit entre dans la danse. Ferme, mais courtois. "Le groupe Wienerberger, c'est 220 usines dans le monde. Vous vous retrouvez face à ce groupe avec une usine qui ne fonctionne pas, où il y a du chômage technique récurrent et des problèmes énergétiques importants. Et malgré tout, on parvient à les convaincre de faire quelque chose!"
Christian Matagne ne désarme pas : "Wienerberger ne payait plus le bail, il suffisait de casser le bail."
Réplique du bourgmestre : "C'est faux, voyons."
Matagne tente une dernière cartouche : "C'était arrangé, la décision a été prise dans le bureau de Marcourt, avec Jean-Claude Maene alors qu'il n'était plus bourgmestre de Beauraing, le directeur du BEP et des responsables syndicats."
Yvan Petit, plus placide que jamais, ne lève pas la voix pour regretter que "ce n'est pas correct du tout." L'inertie d'Yvan Petit est rien moins qu'impressionnante. Sa technique du "mur mou" est redoutable.
Hélène Lebrun casse alors le mano a mano des deux hommes et exprime sa crainte que la fabrication des briques soit délocalisée et que l'entreprise ne se serve plus, au fond, que de la ressource naturelle de la commune sans création d'emploi : "Une clause obligeait la fabrication sur place, mais elle a été retirée."
Yvan Petit donne le signal de la fin : "On se trompe totalement dans ce débat. Vous réfléchissez en partant du principe que la commune était maître de négocier. Mais non, la commune était un petit Poucet."
Discussion instructive... Une opposition coriace et incisive, un bourgmestre réaliste et solide: l'équilibre des forces en présence est bien illustré.