Analyse

Beauraing : « une politique de luxe au détriment des citoyens »

publié le:25/01/2022 09:21:00 - mis à jour: 08/02/2022 15:14:08

La majorité beaurinoise a gardé le cap au milieu des crises, face à une minorité constructive, bien que critique. Les projets avancent et les défis à venir sont grands.

Covid-19, tornade, inondations, on peut dire que l'équipe Energies beaurinoises a connu trois premières années de mandature tumultueuse, comme de nombreuses autres communes d'ailleurs. Mais la majorité semble en être sortie encore plus forte grâce - entre autres! - au leadership du « capitaine » Marc Lejeune .  « Je travaille jour et nuit, 7/7 jours et 24/24 heures » se targue-t-il. Oui... Mais? Mais au point d'être « trop imposant » et de faire de l'ombre aux autres membres du collège « bien trop effacés », rétorque le chef de groupe de l'opposition Intérêt Citoyens, Jérôme Anceau:

Certains échevins n'ont jamais pris la parole au conseil communal. Sans Marc, il n'y a pas d'équipe. Le conseil communal manque cruellement de vie. 

Ce à quoi Marc Lejeune répondra « qu'il n'y a pas de bon chef, sans une bonne équipe». Instant flatterie :

Que ce soit au niveau du personnel ou de mes colistiers, je suis sans aucun doute le bourgmestre le mieux entouré ! Plus on avance, et plus on est soudés. 

Voilà qui fera plaisir aux intéressés. Bref, passons.

Là où il y a consensus par contre, c'est sur la vie au conseil communal. Elle est comme un plat sans sel : fade. Des ordres du jours « hyper lights », peu de débats et une opposition cordiale, trop cordiale ? Le « capitaine » dit s'ennuyer d'une mer agitée au point d'être parfois contraint de « devoir tenir le crachoir». « Je ne suis pas là pour faire de l'opposition pour de l'opposition », se défend Cheila Olix, l'unique représentante des Verts. « Toutes nos propositions sont toujours refusées comme si tout ce qui venait de nous était une mauvaise idée », se vexe Jérôme Anceau.

Le rachat du parc du Castel, « un rêve impossible » ?

Pourtant, des oppositions, il en existe bien entre les trois groupes. A commencer par la gestion du patrimoine et des finances communales.

Le rachat de la Ferme des Trois Moulins par les autorités communales ne passe toujours pas. Pourtant, les travaux sont terminés, la crèche est installée, Dinaphi aussi et les locations  des salles tournent à plein régime « à tel point que la date d'inauguration a été reportée », explique la commune qui en assure la gestion.

De l'histoire ancienne, alors direz-vous ? « Que du contraire ! », conteste le chef de groupe IC Jérôme Anceau !  Selon lui, l'ombre de la Ferme des Trois Moulins va peser des années encore sur les finances communales, au point d'après lui, de compromettre le rachat du Parc du Castel :

Le projet phare des Trois Moulins a coûté plus de 8 millions d'euros. Il sera impossible de rembourser le projet à long terme. C'est un outil qui ne sera jamais rentable. On craint aujourd'hui que ce projet, pour lequel on a toujours été réticents, ait des incidences sur le rachat du Parc du Castel, un joyau tellement essentiel pour Beauraing. Je ne vois pas comment la commune pourrait supporter les deux projets financièrement. C'est un rêve impossible!

« Cela n'aura aucun impact sur le rachat du Castel Sainte-Marie! », contre-argumente le bourgmestre:

On a sauvé un patrimoine et on en sauvera un deuxième. Une ville qui investit est récompensée. Notre recette fiscale augmente grâce aux taxes foncières et aux personnes qui s'installent chez nous. Il faut croire en ses dossiers, il faut croire en sa ville. 

Le parc du Castel après la tornade.

« Une politique de luxe au détriment des citoyens ? »

Le rachat du Castel est un exemple de ce que Jérôme Anceau qualifie de « politique de luxe ». Une politique bling bling qui, d'après lui, impacte très concrètement les finances communales.

Nous ne sommes pas loin des 22 millions d'euros de dettes ! Elle a triplé en 10 ans depuis qu'Energies beaurinoises est au pouvoir. La majorité privilégie trop les projets d'envergure à l'extraordinaire au détriment des services au citoyen. Il y a des emplois qui n'ont pas été remplacés chez les ouvriers communaux, pareil au sein de l'administratif. Les gens ne demandent pas du luxe mais des petites choses : fleurir une rue, installer un banc, etc. Certains villages sont oubliés.

Et le bourgmestre Marc Lejeune de s'étrangler.

C'est une méconnaissance totale des finances. Ce qui est important c'est ce que l'on rembourse. Le poids de la dette est aujourd'hui de 12% quand avant elle était de 14%. Preuve que le poids de la dette a diminué, nous n'avons pas augmenté les impôts, les parkings dans le centre-ville sont gratuits et on continue d'investir.  On doit être fier de cela !

Du côté d'Ecolo, on se questionne aussi largement sur la gestion du patrimoine opérée par la majorité. Cheila Olix ne digère, par exemple, toujours pas la vente de l'école communale de Felenne.

On a laissé partir une école. A peine fermée, la majorité a décidé de vendre le bâtiment sans doute pour renflouer ses caisses. Mais c'est essentiel de maintenir une école dans chaque village. A tout le moins de conserver notre patrimoine. Ils ont revendu l'école, le bâtiment des contributions, le hall des voiries. Ils laissent filer tout le patrimoine local. Comme les finances ne sont pas au beau fixe, ils sont obligés de compenser les investissements de la ferme. 

« La vente de l'école de Felenne, c'est le grand tollé de cette mandature », enfonce Jérôme Anceau.

Ils ont condamné d'emblée l'idée d'un jour pouvoir rouvrir une école dans le village. 

Quitte à faire des sacrifices et à déplaire, la majorité assume depuis le départ sa stratégie politique. Une politique qui, selon elle, inclut autant les gros que les petits projets. Non sans un brin d'ironie et d'agacement, Marc Lejeune répond :

Ah oui ? Vous trouvez que faire une crèche, c'est du luxe ? Qu'investir dans des pistes cyclables, c'est du luxe ? La ludothèque, la future salle de village de Sevry, la construction d'un bâtiment pour l'accueil extra-scolaire, l'aménagement d'une piste de sécurité routière, ce ne sont pas des projets citoyens cela ? Investir autant en conservant des finances aussi saines, tout en mettant de côté, peu de commune peuvent s'en vanter! »

« Le centre-ville se meurt »

Côté gros sous et gros investissement, citons encore le futur projet de réaménagement du centre-ville : 3,5 millions d'euros pour refaire les trottoirs du centre, le long-point de Berry et ses alentours. Ces travaux seront supportés par la Région wallonne à hauteur de 3 millions d'euros, mais la commune devra tout de même débourser le reste. Le bourgmestre y voit là une opportunité de redynamiser le centre-ville en perte de vitesse.

Les habitudes commerciales des gens ont changé. On a des commerçants qui sont en fin de carrière qui ferme et c'est vrai qu'il est difficile de renouveler les petits commerces.

Mais l'embellissement de la ville ne sera pas une réponse suffisante selon Jérôme Anceau, car le problème économique s'étend au-delà du centre:

Le centre-ville se vide et se meurt. Et à côté de cela, on a un zoning qui ne se développe pas assez. Il faut développer une stratégie commerciale qui viserait à promouvoir l'installation d'établissements Horeca dans le centre et à rameuter des enseignes plus commerciales dans le zoning. Il a été créé il y a 10 ans et il y a 10 entreprises max. dessus, 80% du zoning est vide! Il y a un gros travail à faire pour attirer les entreprises. Et cela passe, selon nous, par des incitants fiscaux.

>> Lire aussi: "Le centre-ville à la recherche d'un nouveau souffle"

Certes les visions diffèrent, certes les approches auraient été différentes dans la gestion des dossiers, mais les projets avancent et les enjeux ne manquent pas à Beauraing. Et, même si on aimerait parfois que les débats soient un peu plus animés autour de la table du conseil, n'est-ce pas là le signe d'une saine vitalité communale ?

Morgane Halloy, Rédactrice en chef adjointe
morgane.halloy@matele.be

 

Revoir Le Journal

CDJ

22H30