Le Domaine provincial de Chevetogne coûte 4,2 millions d'euros par an à la Province. Il doit faire des économies. Mais pas uniquement en augmentant le prix d'entrée, explique la Députée Geneviève Lazaron.
Geneviève Lazaron, vous êtes Députée provinciale en charge du Domaine de Chevetogne. Le Collège provincial a exhorté la direction du Domaine d'équilibrer ses comptes, mais vous refusez qu'elle augmente son tarif; pourquoi?
Ce n'est pas vraiment qu'on n'est pas pour mais nous voulons une vision budgétaire globale pour Chevetogne. Il faut savoir que la Province fait face à une grosse réforme qui lui est imposée et qui va entraîner une dépense supplémentaire de 24 millions pour les zones de secours. C'est une bonne cause, mais il faut resserrer les robinets partout.
Qu'avez-vous demandé exactement au Domaine provincial de Chevetogne?
Aussi beau soit-il, et nous sommes très fiers de son évolution, il ne peut pas être un îlot de prospérité dans le désert d'austérité que traverse la Province. Il y a des économies à faire dans tous les services. Sur les 6,5 millions que coûte le Domaine, il y a un déficit de 4,2 millions. On sait que le but n'est pas de faire du bénéfice, on ne dit pas non plus que les recettes doivent être égales aux dépenses, loin de là, parce qu'on sait que cela a un coût, c'est normal, on est un service public. C'est vrai qu'il y a plusieurs pistes pour faire des économies. Ce qui est privilégié par la direction du Domaine, c'est d'augmenter des recettes, mais il y a un autre moyen, c'est de réduire les dépenses. Entre la vision politique du Collège et la vision administrative de la direction, on peut se rejoindre, ce n'est pas irréalisable de trouver un consensus. Non seulement on est encore en pleine crise sanitaire mais même indépendamment de cela, on doit se demander si l'économie doit être prise directement dans la poche du citoyen.
Quelle piste pourrait-on envisager pour diminuer les dépenses?
Dans tous les services, on touche un peu à tous les frais: les frais de fonctionnement, les frais de personnel en ne remplaçant pas les départs à la pension, et c'est vrai que la Domaine pourrait repenser certains événements, certaines activités coûteuses. Ce n'est pas pour autant qu'il faut arrêter d'investir; si on n'a pas d'innovation régulière dans le domaine des loisirs, cela devient lassant pour les gens.
On se souvient que le Domaine, il y a 30 ans, c'était des barbecues perdus dans les bois, ce n'était pas grandiose. Dans quoi pourrait-on sabrer?
Il y a la piste du non remplacement des départs à la pension, mais c'est déjà pour toute l'institution provinciale. On peut peut-être mutualiser un peu plus les services provinciaux: nous avons aussi des jardiniers, et du personnel technique, sans pour autant dire qu'il n'en faut pas du tout à Chevetogne. On peut créer des activités et en revoir d'autres...
Vous pensez à quelque chose en particulier?
Oui: le château a été magnifiquement rénové, c'est superbe. Prenons un autre bâtiment rénové par la Province,:le Delta, où il y a beaucoup de demandes de locations par des entreprises. On peut imaginer au château des teams buildings avec conférences et salles de cocktails. Le lieu est magnifique et est sous-utilisé. A qui profite-t-il? Pas grand-monde. Il y a des projets de zones humides, de promenades didactiques: on peut faire des visites guidées et détaillées, ce n'est pas impensable de payer cette visite. Ce sont des recettes de nouvelles activités. Il y a aussi la possibilité d'ouvrir à des campings-cars.
Bref, vous demandez qu'on fasse preuve de créativité en créant davantage de produits payants?
Par exemple, oui. Tout en gardant le concept d'un parc accessible à tous. C'est là qu'on coince un peu: on tient à ce que le parc reste accessible à tous. Est-ce que toutes les nouvelles recettes doivent être prises dans la poche des gens? On n'est pas tout à fait d'accord. On ne dit qu'il ne doit pas y en avoir; mais la vision globale n'est pas nette, on a l'impression que toutes les économies se feront en augmentant des recettes actuelles et pas en allant chercher dans les dépenses ordinaires.
Le Domaine porte actuellement un projet ambitieux de musée vert, soutenu par des experts et par le Collège d'ailleurs: pourrez-vous être toujours aussi ambitieux?
Le projet est toujours là, c'est un magnifique projet, il faut aller chercher des subsides. C'est innovant, on pourrait être bien placé pour avoir des subsides, mais c'est comme dans tout, à un moment donné, si on se lance là, il faut peut-être dépenser un peu moins ailleurs. Mais en principe, d'après des analystes qui nous ont accompagné, cela doit être possible.