La rénovation du Square de l’Amicale de Rochefort vient d’être inaugurée. Ce projet qui aura duré 15 ans a suscité beaucoup d’oppositions. Aujourd’hui, ses concepteurs expliquent leur démarche.
Peu de places publiques auront fait parler autant d'elles dans notre arrondissement que le Square de l'Amicale à Rochefort. Manifestation, vandalisme… certains ont bruyamment marqué leur opposition au projet de restauration. D'autres, les travaux à peine terminés, se sont approprié les lieux, à l'instar des plus petits qu'on a déjà vus, dans leur plus beau maillot, jouant dans les fontaines.
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Derrière ce projet d'aménagement, se cachent deux bureaux hamoisiens, habitués des grands projets publics dans notre région, Atelier paysage et LRArchitectes. Aujourd'hui, par voie de communiqué, les concepteurs tiennent eux aussi à s'expliquer. Pascal Rahier de LRArchitectes explique pourquoi, après des mois de polémiques, ils ont finalement décidé de s'exprimer publiquement :
On espère toujours que le projet réalisé finira par parler pour nous. Ici, avec les tags, on s'est rendu compte que cela ne marchait pas et ça nous a attristés. On a ressenti le besoin de rééquilibrer le débat. Communiquer, ce n'est pas notre métier. On reste des petites structures artisanales et les deux ou trois heures que ça prend de réfléchir à un communiqué de presse, de l'écrire et de l'envoyer, on préfère les passer à dessiner nos projets.
Un lieu aux multiples usages
Pascal Rahier pour LRArchitectes (Hamois) et Etienne Cellier pour Atelier Paysage (Achet) disent leur fierté d'avoir mené à bien ce projet complexe de rénovation d'une place aux multiples usages :
C'est un dossier d'architecture et de paysage mais aussi un dossier de stabilité, de techniques multiples, de tourisme et de cadre de vie, de patrimoine et de renouveau, de politiques européennes, régionales et communales, de bâtiment, de parc, de voiries et d'espaces publics,… c'est un projet pour des gens qui passent, des gens qui travaillent, des gens qui restent, des poussettes et des PMR, des pompiers, des camions, des ouvriers, des vélos, … des enfants qui jouent ou des musiciens qui chantent !
Lieu de passage, de convivialité, mais aussi un site qui accueille de multiples événements, le Square de l'Amicale se devait de répondre à de nombreuses contraintes, notamment de mobilité, qui nécessitent des sols carrossables, y compris pour les camions et des rampes pour les PMR.
Couper des arbres, imperméabiliser les sols
Parmi les critiques les plus souvent entendues concernant le réaménagement de la place rochefortoise, on retrouve l'abattage des arbres. La décision de ne garder que le grand platane central avait suscité un vif émoi, au point de provoquer une manifestation de quelques activistes le jour même de leur coupe.
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Les concepteurs du projet reviennent sur cet abattage, avec une analyse bien différente de celle des manifestants :
Toutes les contraintes techniques de surface et de sous-sol (passages pompiers, chapiteaux, impétrants,…) et la programmation ont conduit à ce choix largement concerté et validé par toutes les instances compétentes.
En outre, les auteurs expliquent que le hêtre, présent sur le Square, « montrait une absence de développement de la couronne expliquée par l'absence de sol fertile et le passage répété de véhicules. On ne pouvait pas considérer qu'il s'agissait d'un arbre avec un avenir long dans cette situation. » D'un autre côté, les petits érables ont été abattus « pour mettre en valeur le platane et limiter la concurrence aérienne et racinaire. »
Autre critique récurrente : l'imperméabilisation du sol, enjeu ô combien symbolique, dans une commune durement touchée par les inondations. Les concepteurs rappellent que la quasi-totalité du site était, avant la rénovation, imperméable puisque le gravier très compacté ne permet pas l'infiltration de l'eau.
Bien entendu, le site est fortement revêtu pour répondre à toutes les contraintes d'usages légitimes mais de manière factuelle, les surfaces perméables ou semi perméables sont augmentées. De plus, on a mis en place un système complet qui tient compte des pentes, des dalles, des joints, de la fondation, des fosses d'arbres, ... et qui rejettera très peu d'eau dans le réseau... ce type de dalle en béton permet cela. C'est donc une manière innovante de minéraliser des espaces urbains pour répondre en parallèle à des contraintes d'accessibilité pour tous, de sécurité pompiers, d'organisations d'évènements multiples et variés et à une vision durable du territoire.
Stop béton, vraiment ?
La Wallonie s'est engagée dans un ambitieux programme de limitation de l'artificialisation de nouveaux sols baptisé « Stop béton ». L'utilisation du béton sur le square a été mal comprise, selon ses concepteurs :
La notion du "stop béton" ne signifie pas qu'il faut arrêter de faire des aménagements ni d'utiliser du béton ; Elle se réfère à une limitation de l'artificialisation des sols en Wallonie et particulièrement dans les zones agricoles et naturelles pour limiter l'étalement urbain renforcer les centralités.
A Rochefort, le béton a été choisi parce qu'il peut être utilisé partout (sols, colonnes, murs…) et donc donner une identité à la place mais aussi pour son rapport qualité/prix, la pierre étant une option impayable.
Enfin, toujours selon les concepteurs, une attention a été portée à l'impact carbone du réaménagement :
Les dalles proviennent de Hollande et sont réalisées dans une entreprise reconnue pour son engagement climatique. Les dalles sont certifiées zéro carbone par une diminution dans les process de fabrication et une compensation. Les éléments préfabriqués proviennent d'une entreprise wallonne engagée également dans la recherche et l'innovation en faveur de la réduction CO2. C'est le cas également de l'entreprise générale du chantier.
Le projet de rénovation du Square de l'Amicale de Rochefort est sur la table des deux bureaux hamoisiens depuis 2018. Il est donc le fruit d'une réflexion de plusieurs années et de nombreux échanges avec les autorités rochefortoises. La prise de parole de ses concepteurs, bien que tardive, apporte un nouvel éclairage sur les choix opérés dans le cadre de ce réaménagement. De quoi faire changer d'avis ses plus farouches opposants ? A voir…