Tourisme

Dinant et Adolphe Sax: histoire d'une stratégie de groupe

publié le:11/11/2019 16:00:00 - mis à jour: 12/11/2019 13:50:11

Dinant et Sax, c'est une histoire d'amour. Les deux entités sont aujourd'hui indissociables: ce n'est pas le fruit du hasard, mais le résultat d'une stratégie née il y a 30 ans pour relancer le tourisme.

Pendant des décennies, Dinant est la ville touristique par excellence. Les hôtels fleurissent, le chemin de fer s'installe. Une époque faste initiée par des industriels dinantais à la fin du 19ème siècle, explique Marc Baeken, directeur du Centre Culturel Régional et coordinateur de l'Association Internationale Adolphe Sax. Seulement voilà:

Dans les années 60, on assiste à un changement. Il y a un problème majeur: le déclin.

Les congés payés sont instaurés, la voiture, puis l'avion, se démocratisent. Les Belges partent plus loin en vacances. Dinant subit cette nouvelle concurrence de plein fouet.

D'un tourisme de vacances, on passe à un tourisme de séjour, voire à un tourisme d'opportunité, de quelques heures passées dans notre ville.

L'union fait la force

A l'aube des années 90, une évidence s'impose: il faut que toutes les forces travaillent ensemble pour redonner un attrait à la cité. Ce sont les prémices du Comité Sax, qui regroupe le pouvoir communal, la Maison de la Culture, le Syndicat d'Initiative, la Jeune Chambre Économique, et bien d'autres associations et habitants. Objectif: trouver un fait marquant auquel raccrocher l'image de Dinant, comme la pratique de la dinanderie ou les événements de la Guerre 14. Un fait ou mieux encore: un personnage. Les "sélections" commencent alors:

Le père Pire, les peintres Patenier ou Henri Bles, ou un philosophe comme Henri de Dinant.

C'est finalement Adolphe Sax qui sera choisi. Né le 6 novembre 1814 à Dinant, il n'y vivra que six mois. Mais le comité fait quand même le pari de tout miser sur lui.

C'est vraiment un personnage, tellement riche en faits, en anecdotes, en histoire, qu'on peut nourrir les récits qui encadreraient l'utilisation de l'instrument qu'on veut alors mettre en valeur: le saxophone. Et tout démarre de là.

De l'animation ponctuelle à l'attraction permanente

Dès 1990, des événements sont organisés. Le premier est un colloque, lors des 3 Journées Européennes du Saxophone. Mais la philosophie est déjà à l'époque de mélanger ces rendez-vous très pointus avec de grands événements populaires. Le tout premier rassemblement de saxos prendra donc place à cette occasion. En 1994, année du centenaire de la mort de Sax, les événements vont se multiplier. Suivront évidemment le Concours International Adolphe Sax, les Jeunes saxos, et de nombreuses animations. Le Comité Sax deviendra l'Association Internationale Adolphe Sax.

Mais au-delà des événements ponctuels, il faut aussi que l'on puisse "respirer Sax" dans toute la ville, que l'on identifie la marque Sax à chaque coin de rue. Bref: il faut des attractions permanentes:

On a implanté en 94 le premier saxophone géant en bas de la Rue Saint-Jacques. Il y a eu la Maison de la Pataphonie, puis on va ouvrir en 2010 la Maison de Monsieur Sax. Ensuite viendra l'Europa Sax avec les grands saxophones géants aux couleurs des pays européens. En 2014, la clepsydre devant l'hôtel-de-ville, et aujourd'hui, en 2019 on inaugure le kiosque, le Tour de Monsieur Sax.

Sans oublier les innombrables traces et clins d'œil dans les rues, comme la statue de Félix Roulin. Chaque nouvelle attraction qui se crée, c'est du temps supplémentaire que le touriste passera dans la ville. Si sa promenade s'allonge, il consommera dans les restaurants, et pourrait aussi passer la nuit à Dinant. Le travail de l'AIAS ne devrait donc pas s'arrêter ici, d'autres projets sont en cours de réflexion.

Mais il reste amusant de constater que l'image de Sax semble coller si naturellement à Dinant aujourd'hui, alors qu'elle était au départ un pari fou, mais stratégique.

Nicolas Lembrée, Journaliste
nicolas.lembree@matele.be

 

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