Société

ex cathedra : Comprendre et combattre le harcèlement scolaire

publié le:04/02/2026 15:09:00 - mis à jour: 04/02/2026 15:37:09

Photo d'illustration : Jeswin Thomas (Unsplash)

Hélène Deffrasne présente une conférence intitulée « Prévention et lutte contre les violences à l'école : le (cyber) harcèlement ».

Hélène Deffrasne, déléguée en charge du climat scolaire de l'Institut de la Providence à Ciney, décrypte les mécanismes du harcèlement et du cyberharcèlement dans le cadre scolaire. Ce phénomène atteint son pic dans les premières années du secondaire : 

 

Les jeunes entre 10 et 15-16 ans sont au moment où on se détache un petit peu de sa famille et des normes de la famille pour s'attacher aux normes du groupe. Le besoin de se rattacher aux normes du groupe est vraiment un besoin universel d'appartenance. On va essayer de trouver des gens qui nous sont semblables à nous, qui partagent nos normes. Et même si on ne partage pas tout à fait les mêmes valeurs que le groupe, on va on va s'y soumettre. Ce qui va faire que celui qui n'est pas dans la norme du groupe va être considéré comme différent et va être exclu. 

Le harcèlement se définit par la réunion de trois conditions sine qua non :

  1. Des actes délibérés : Il s'agit de violences volontaires (physiques, verbales, psychologiques ou sexuelles) ayant pour but de nuire ou d'humilier.
  2. La répétition : Les faits doivent s'étaler dans la durée, souvent sur plusieurs semaines.
  3. Un déséquilibre de pouvoir : Une relation de domination s'installe, où la victime ne trouve plus de solution pour sortir du schéma.

Le cyberharcèlement est, dans 85 % des cas, le prolongement du harcèlement vécu en présentiel. Il se distingue par une propagation rapide, une atteinte à la vie privée 24h/24 et un "effet cockpit" – un phénomène étudié dès la Seconde Guerre Mondiale - où l'auteur, derrière son écran, ne perçoit pas l'impact de ses actes.

 

Les mécanismes : entre silence et invisibilité

 

Le harcèlement repose sur une relation triangulaire impliquant la victime, le harceleur et les témoins. Ces derniers jouent un rôle crucial : en riant ou en relayant des messages, ils légitiment et alimentent la domination du harceleur.

 

Hélène Deffrasne souligne également l' « invisible visibilité » du phénomène : si les jeunes voient tout, les adultes ne perçoivent souvent que des actes isolés, les violences ayant lieu dans des angles morts comme les couloirs ou les toilettes. 

 

De plus, la loi du silence prédomine : seulement 5 % des victimes et 1,8 % des témoins osent en parler à un adulte, principalement par peur de représailles ou par crainte d'être perçus comme des "balances".

 

Comment agir au sein des écoles ?

 

Une fois le phénomène défini, la question de la réaction se pose. Hélène Deffrasne s'appuie sur la pyramide de prévention de Johan Deklerck, structurée en quatre niveaux d'action :

  • Actions curatives : Sanctions et application du règlement d'ordre intérieur pour mettre fin aux incidents.
  • Prévention spécifique : Campagnes de sensibilisation, journées thématiques ou interventions de la police.
  • Prévention générale : Développement des habiletés sociales, de l'empathie et organisation de cercles de parole.
  • Prévention fondamentale : Amélioration du bien-être global via l'aménagement des espaces (toilettes, cours végétalisées) et une communication renforcée avec les familles.

POUR EN SAVOIR PLUS sur la pyramide de Deklerck


Le rôle des parents et de l'entourage

 

Pour les parents, la vigilance est de mise face à certains signes : 

 

Il y a des signes qui montrent qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Alors attention, ce n'est pas parce que ces signes apparaissent qu'on est automatiquement dans une relation de harcèlement, ça peut être d'autres choses. Il ne faut pas faire de conclusions trop hâtives. Mais il y a des signes auxquels on doit tous être attentifs : un refus d'aller à l'école, des maux de ventre à répétition, des affaires abîmées, l'enfant qui change le comportement, des résultats scolaires qui changent.

Il est également conseillé de maintenir un dialogue constructif sans minimiser ni dramatiser la situation.

 

La procédure de signalement obligatoire pour les écoles

 

Depuis 2 ans, les écoles ont désormais l'obligation d'avoir une procédure de signalement. Elle est en général disponible dans le règlement d'ordre intérieur. 

 

Si les faits de harcèlement sont avérés, un accompagnement est mis en place. Il diffère selon le rôle de l'enfant :

  • La victime doit être soutenue, aidée à nommer le harcèlement et encouragée à multiplier les interactions dans d'autres groupes.
  • Le témoin doit être sensibilisé à son pouvoir d'inverser la tendance en signalant la souffrance.
  • Le harceleur nécessite une prise de conscience de la gravité de ses actes. La sanction doit viser la réparation et le développement de l'empathie, sans pour autant diaboliser le jeune en tant que personne.

Pour plus de soutien, de nombreux partenaires extérieurs tels que le centre PMS, le médiateur scolaire, Child Focus ou les numéros d'écoute sont également disponibles. 

 

Conférence enregistrée à l'Institut de la Providence de Ciney, le 16 janvier 2026

Production : Institut de la Providence de Ciney

 

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

Revoir Le Journal

CDJ

22H30