Environnement

EX CATHEDRA: Le zéro déchet, mode d’emploi

publié le:04/04/2019 12:24:00 - mis à jour: 08/04/2019 16:00:12

Sylvie Droulans, du blog «Zéro Carabistouille» propose une conférence intitulée «le zéro déchet, sans complexe». VIDEO ACCESSIBLE AUX PERSONNES SOURDES ET MALENTENDANTES.

Sylvie Droulans, c'est la «maman» de la famille Zéro Carabistouille. Elle la décrit elle-même comme une famille comme les autres, composée de quatre personnes : son mari, Pierre, elle-même et leurs deux filles âgées de douze et neuf ans. Il y a aussi un chat… Néanmoins, cette famille possède une particularité, elle ne produit pas, ou très peu, de déchets. Comment ? C'est tout l'enjeu de cette conférence.

L'histoire de cette famille «zéro déchet» commence avec la naissance du premier enfant. Le processus est assez classique, quand on accueille un nouveau-né, on se pose beaucoup de questions, notamment sur sa manière de consommer. Pour Sylvie et son époux, cette naissance provoque un passage à l'alimentation biologique et aux achats groupés. La naissance du deuxième enfant fera passer la petite famille par la case « langes lavables ».

On aurait pu se dire que ça allait s'arrêter là. Mais ma mère a été convaincue quand on lui a montré ce qu'était un lange lavable, car c'est la même chose qu'un autre lange, mais ça ne va pas à la poubelle. Quand elle a vu que ça n'était qu'une alternative, elle a été convaincue. Dans le zéro déchet, il est important de bien faire comprendre aux autres ce qu'on fait. Mais surtout, il ne faut pas imposer, sinon, ça risque d'être compliqué. 

A côté de son nouveau rôle de maman, Sylvie Droulans s'intéresse aussi aux mouvements en transition si bien illustrés dans le film «Demain» de Cyril Dion et Mélanie Laurent ainsi qu'aux formes de décroissance. Tout cela l'entraîne vers la démarche du zéro déchet. Aujourd'hui, trois ans après, sa famille, chat compris, ne produit qu'un bocal d'un litre de déchets par an. 

Première démarche pour atteindre le zéro déchet : analyser sa poubelle.

C'est une belle opportunité pour se dire : j'ai quinze ou vingt emballages de viande en plastique, comment je pourrais les remplacer, les éviter ? Par exemple, vous pourriez aller chez votre boucher avec vos boîtes en plastique, ou vos bocaux et éviter ces barquettes en plastique.

Il est important aussi de prendre conscience que le contenu de nos poubelles, ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. On évalue que 50g de déchets dans notre poubelle équivalent à 1,5kg de déchets cachés.

Aujourd'hui, aucun industriel n'écrirait sur un pot de yaourt : ce pot a nécessité tant de litres de pétrole, a nécessité tant de déchets pour être produit.

Etre un acteur du changement

Pour Sylvie Droulans, en plus d'être dans l'homo détritus, notre société est également dans l'homo economicus. On consomme, on surconsomme et on ne se pose pas de questions. Or, on ne peut pas continuer à consommer trois planètes chaque année. A un moment, ça ne va plus marcher! Face à ce constat, il y a ceux et celles qui continuent à regarder ailleurs pendant que la maison brûle et les autres, qui veulent être des acteurs du changement.  

Comment s'engager vers le zéro déchet?

Acheter moins mais mieux. Entre deux pommes, il faut préférer celle d'un producteur local à celle qui a fait des milliers de kilomètres. En plus d'être meilleurs pour l'environnement, les aliments produits chez nous, dans le respect du cycle des saisons, sont souvent meilleurs pour la santé. Bien sûr, le portefeuille joue un rôle dans nos choix. Il est sans doute bn de remettre cette affirmation dans une perspective historique : aujourd'hui, le pourcentage destiné à l'alimentation dans un ménage représente 17 % des revenus ; en 1960, c'était 40 %. On a divisé par deux la dépense pour bien s'alimenter. Pour Sylvie Droulans, actuellement, on achète des produits qui sont très bon marché et on ne se pose plus la question de la qualité. Quand on achète moins mais mieux, on peut estimer qu'on va remonter ses dépenses au niveau alimentaire car on va les diminuer ailleurs.

Prendre conscience de son pouvoir. On parle de «pouvoir d'achat», selon Sylvie Droulans, c'est en fait un superpouvoir.

Quand vous décidez d'acheter un produit, vous donnez un vote à ce produit et à celui qui le fait. Si vous achetez à un industriel de l'agro-alimentaire, qui met plein de sucre, plein de sel et qu'il le sur-emballe, vous dites : c'est bien, continuez. Au contraire, si vous changez, vous dites: je vais acheter à mon petit producteur, vous faites comprendre que vous voulez un autre modèle.

Réfléchir mais ne pas culpabiliser. Au moment de faire ses courses, il est bon de se poser la question : est-ce que j'ai vraiment besoin de ce produit? Si la réponse s'avère positive, il n'y a pas de culpabilité à avoir mais pour Sylvie Droulans, l'important est toujours de s'interroger dans une société qui nous pousse à la surconsommation.

Apprendre à refuser. Il faut savoir dire non, non à la paille dans le cocktail, non au bic offert en fin de conférence, non à tous ces gadgets dont nous n'avons pas réellement besoin.

Réduire, réparer et enfin, recycler. Avant de jeter et de compter sur le recyclage, il faut se rappeler qu'on peut d'abord chercher à réduire la quantité de déchets qu'on produit. Ensuite, autre vérité bonne à rappeler, les objets peuvent (parfois) être réparés plutôt que d'être jetés et remplacer par d'autres.

Ne pas se décourager. Il est important de faire un pas à la fois. Si on veut changer trop de comportements en une seule fois, on perd le contrôle. Il faut prendre ces changements deviennent des habitudes, une seconde nature. Une habitude, il faut lui laisser le temps de s'installer. Puis, il faut accepter qu'il existe des retours en arrière, des erreurs… Vous ne trouverez peut-être pas la recette de la lessive qui vous convient du premier coup. Il faudra peut-être accepter que vos enfants prennent une collation industrielle une fois par semaine pour qu'ils emportent celles cuisinées à la maison les autres jours.

Et puis, Sylvie Droulans le rappelle, écoutez votre cœur. Tentez le zéro déchet en le faisant en cohérence avec vos valeurs.

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

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