Politique

ANALYSE| 5 communes sur 15 dirigées par des femmes dans l'arrondissement de Dinant

publié le:04/12/2024 14:22:00 - mis à jour: 06/12/2024 15:57:09

Les nouveaux bourgmestres et échevins ont prêté serment pour les six prochaines années. Mais quelle est la place des femmes dans la politique communale ? Décryptage.

Ce lundi, les nouveaux bourgmestres et échevins ont pris leurs fonctions. Parmi les quinze communes de l'arrondissement de Dinant, cinq femmes ont été élues comme bourgmestres : Magali Bihain à Gedinne, Hélène Lebrun à Houyet, Valérie Warzée à Hamois, Nathalie Demanet à Havelange et Valérie Lecomte à Somme-Leuze. Elles représentent donc un tiers des bourgmestres de l'arrondissement, un chiffre plutôt important si on le compare à la moyenne en Wallonie et à Bruxelles, qui est de 22%.

 

Mais ce chiffre reste bas par rapport au nombre de femmes qui se présentent en politique, qui est de l'ordre de 45% note Cédric Istasse, politologue au CRISP, le centre de recherche et d'information socio-politiques. 

C'est un maximum historique. Il y a six ans, au lendemain des élections du 14 octobre 2018, la proportion de femmes élues comme bourgmestres n'était que de 18%. Il y a 30 ans, en 1994, on était à 5%. Donc il y a une augmentation constante, mais il reste une forte différence entre le choix des électeurs et la proportion de femmes élues.

La tête de liste, une position encore très masculine

Même si la place des femmes évolue dans le monde politique, plusieurs facteurs expliquent que peu d'entre elles sont élues comme bourgmestres. Premièrement, les chercheurs pointent le fonctionnement du système électoral belge. Au fil du temps, plusieurs règles ont été adoptées pour renforcer la place de la femme en politique, comme le principe de la tirette. Ce principe applicable depuis 2006 exige aux listes de respecter la parité via l'alternance hommes-femmes.

 

Pourtant, malgré cette règle, on constate que la place stratégique sur la liste, la tête de liste, est plus souvent occupée par des hommes. Aux dernières élections d'octobre, seulement 30% de femmes étaient premières sur les listes. Selon Cédric Istasse, cela crée un déséquilibre.

En Wallonie, c'est la personne qui a obtenu le plus de voix de préférence sur la liste qui a obtenu le plus de voix au sein de la coalition formée pour diriger la commune qui est désignée automatiquement comme bourgmestre. Or, généralement, la personne qui a le plus de voix de préférence, c'est la tête de liste. Donc, inévitablement, si vous avez moins de femmes placées en tête de liste, la proportion de femmes bourgmestres est moindre.

Le biais sociétal de "l'homme politique"

Les électeurs ont, eux aussi, une influence sur la place des femmes dans les institutions politiques. Malgré la multiplication des figures féminines dans le monde politique, le corps électoral aurait encore tendance à voter plutôt pour des hommes. Cela vaut partout en Wallonie, que ce soit dans les communes urbaines ou rurales, et peu importe l'indice socio-économique de la commune, car c'est encore fort ancré dans les mœurs, explique le politologue du CRISP.

Il ne faut pas oublier qu'il y a toujours un biais de faveur du sortant en politique. L'électeur accorde plus souvent sa voix à quelqu'un de connu, qui a déjà une visibilité médiatique et populaire. Or, jusque dans les années 60-70, le monde politique a été essentiellement composé d'hommes. Donc les hommes ont souvent l'avantage d'être plus connus, puisqu'ils sont investis dans la politique depuis plus longtemps.

Femme et bourgmestre, oui, dans les petites communes

Un dernier facteur qui influence la place des femmes dans la politique communale, c'est la taille des communes. Les femmes sont plus souvent élues comme bourgmestre dans les petites communes. Par exemple, chez nous, les communes dirigées par des femmes comptent entre 5000 et 7000 habitants. Les plus grosses communes sont, en général, dirigées par des hommes. 

 

En résumé, les choses bougent mais il reste encore pas mal de chemin à parcourir avant d'atteindre une véritable parité en politique.    

Élisa Sidérius, Journaliste
elisa.siderius@matele.be

 
 
 

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