En Wallonie, deux pourcents des forêts sont en libre évolution. Dans ces forêts, la nature est livrée à elle-même sans intervention (ou presque) humaine. Exemple dans la réserve naturelle de Furfooz.
Dans la réserve naturelle de Furfooz, les interventions humaines sont quasi inexistantes. Depuis de nombreuses années, la nature y évolue librement. Les arbres tombent, meurent et se décomposent sur place. Marc-Antoine Haeghens, gestionnaire de la réserve naturelle de Furfooz, explique :
C'est une forêt qui évolue naturellement. La chute d'un arbre crée généralement une trouée lumineuse, ce qui permet à une série d'essences de se régénérer, à des arbustes de fleurir, par exemple. On observe une diversification du couvert. On n'est pas dans une forêt dense et uniforme. C'est un milieu en perpétuel changement, avec différentes strates : herbacée, arbustive et arborée.
Sébastien Carbonnelle, président de l'Association Forêt et Naturalité, ajoute :
Un cycle forestier s'inscrit dans un temps très long. Les arbres peuvent vivre plusieurs centaines d'années, de leur naissance à leur mort. Et surtout, lorsqu'ils deviennent du bois mort, ils abritent une biodiversité exceptionnelle. Ces stades matures, y compris le bois mort, sont essentiels. La libre évolution permet donc à la forêt d'exprimer pleinement son potentiel de biodiversité et de s'adapter naturellement aux conditions environnementales.
En Wallonie, la gestion en libre évolution reste rare : elle concerne à peine 2 % des forêts, principalement situées en zones protégées, poursuit Sébastien Carbonnelle :
Protéger certaines parties de la forêt peut aussi bénéficier à l'ensemble de l'écosystème forestier. Les espaces laissés à la libre évolution abritent une grande diversité génétique, qui peut enrichir les forêts plus exploitées. La biodiversité est le socle des écosystèmes et de leur résilience. Ces réserves naturelles jouent donc un rôle-clé pour l'avenir.
76 % des Wallons favorables à la libre évolution dans nos forêts
Et les citoyens ne sont pas insensibles à ces enjeux : 76 % des Wallons se disent favorables au développement des forêts en libre évolution. Ce chiffre provient d'une enquête récente menée par la faculté de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège) et l'association Forêt et Naturalité, auprès du grand public et d'acteurs de terrain. Laura Maebe, assistante à l'ULiège – Gembloux Agro-Bio Tech, précise :
Une des conclusions principales est que la majorité des personnes interrogées, qu'il s'agisse du grand public ou des parties prenantes, soutiennent la libre évolution. Les divergences portent davantage sur l'ampleur à donner à cette gestion. Certaines craintes subsistent, notamment la perte de certaines fonctions de la forêt : production de bois, accessibilité… Pourtant, les forêts en libre évolution restent ouvertes à la promenade. Il y a surtout une peur de voir changer notre rapport habituel à la forêt.
La libre évolution n'est pas un concept nouveau. Depuis 2008, le Code forestier wallon impose que, dans toute forêt publique de plus de cent hectares, trois pourcents de la surface soient classés en « réserve intégrale ». Dans ces zones, comme à Furfooz, la forêt est volontairement laissée à elle-même.