Mathieu Morelle, conseiller communal d'Hastière et ex-président des « Jeunes cdH » a utilisé durant deux ans la carte du mouvement de jeunesse pour effectuer des dépenses personnelles.
En 2014 et 2015, Mathieu Morelle a utilisé plusieurs milliers d'euros d'argent public à des fins personnelles. Les faits se sont produits au sein de l'asbl, les "Jeunes cdH", une organisation de jeunesse politique reconnue et financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Contacté, Mathieu Morelle n'a pas répondu à nos sollicitations.
Des comptes dans le rouge
Fin novembre 2013, le jeune humaniste prometteur est élu président, bénévole, du mouvement pour un mandat de trois ans. Dans la foulée, il est engagé comme employé de cette même asbl. En 2015, les administrateurs découvrent des comptes 2014 dans le rouge (-42.000 euros) alors que le budget prévoyait une situation à l'équilibre. La gestion financière chaotique de l'asbl est pointée du doigt en juin 2015 par le rapport du comptable. Celui-ci impute ce mauvais résultat financier à une diminution des subsides et à une augmentation des charges salariales. Mais son rapport, en notre possession, relève également des pratiques suspectes.
« De nombreux retraits de banque sont opérés durant l'année. Le contrôle effectué ne permet pas toujours de justifier aisément ces dépenses ».
Selon différentes sources qui ont préféré rester anonymes, un auteur de ces pratiques douteuses, c'est Mathieu Morelle. Durant les deux premières années de son mandat, il a utilisé à de nombreuses reprises la carte bancaire de l'asbl pour des dépenses personnelles.
Le cdH à la rescousse
Mis au courant des graves problèmes financiers de l'association qui empêchent le paiement de certaines factures, le cdH, via une de ses structures (Action Solidaire), prête plusieurs milliers d'euros aux jeunes. Le trésorier du parti, Vincent Jacques, un de ses hauts responsables, reprend la comptabilité de l'asbl et met en place toute une série de mesures destinées à redresser la situation. Parmi celles-ci, on retrouve la désignation de vérificateurs aux comptes. En juin 2016, ces derniers livrent leur rapport pour les comptes 2015. Ils soulignent à nouveau un mali de plus de 42.000 euros ainsi que des problèmes de dépenses opérées sans qu'aucun justificatif ne soit rendu tout en précisant que... tout est rentré dans l'ordre. La somme ayant été remboursée. Vincent Jacques a fait le total pour 2015 des dépenses personnelles de Mathieu Morelle honorées avec la carte de l'asbl. Celles-ci s'élèvent à 7972 euros. Elles concernent des achats effectués chez Brico, dans les night-shop ou encore des frais engagés dans le cadre du Dour festival.
Un calendrier troublant
Ce ne serait pas le seul fait d'arme de Mathieu Morelle. Début de semaine, nous indiquions que le conseiller communal était accusé par les responsables de l'école libre d'Hastière d'avoir détourné 10.200 euros. Le calendrier entre les deux affaires s'avère... troublant. Mathieu Morelle a remboursé les jeunes cdH le 2 octobre 2015. Or, deux jours plutôt, soit le 30 septembre 2015, Mathieu Morelle aurait fait un versement de 9.000 euros sur son compte personnel depuis le compte de l'établissement scolaire. L'école n'avait alors pas porté plainte puisque l'argent avait finalement été remboursé 4 mois plus tard. Du côté des jeunes cdH, non plus, aucune action judiciaire n'a été entreprise puisque les montants réclamés pour l'année 2015 ont finalement été restitués.
On ignore, par contre, si un remboursement a été opéré pour les dépenses injustifiées liées à 2014.
Retour à la case départ
Mathieu Morelle a quitté la présidence du mouvement à la fin de son mandat en novembre 2016 et quelques semaines plus tard le poste d'employé qu'il y occupait. Selon son successeur, Christophe De Beukelaer, il a été depuis embauché par l'asbl Relief qui l'a détaché... au service des « Jeunes cdH. »
"Ces dépenses sont justifiées"
Mathieu Morelle a contesté vendredi ces "détournements" à l'agence Belga.
«Je suis révolté, combatif et serein. Il y a trois niveaux de vérification des comptes: les relecteurs, les comptables et les vérificateurs. Et trois niveaux de validation: l'exécutif, le conseil d'administration et l'assemblée générale. On parle de dépenses effectuées dans des magasins de bricolage, dans des night-shops ou au Festival de Dour. C'est une association de jeunesse ce qui implique des événements, des soirées ou la tenue de stands. Il est donc normal qu'on achète des marchandises ou des cadeaux pour les invités».
L'intéressé a ajouté qu'il comptait prendre conseil auprès d'un avocat.