À Beauraing, en ce deuxième jour de grève nationale, les enseignants des trois écoles ont défilé ensemble pour dénoncer leurs inquiétudes et porter leurs revendications de manière originale.
Un véritable cortège funèbre traverse ce matin les rues de Beauraing. Les enseignants des écoles de la ville sont en deuil. Ils enterrent, comme ils le disent, un enseignement de qualité.
Avec cette action pour le moins originale, les enseignants espèrent faire entendre leurs inquiétudes quant à l'avenir du secteur, comme l'explique Henri Hubert, délégué syndical de l'Institut Notre-Dame du Sacré-Cœur.
Nos craintes sont multiples. Il y en a une dizaine à peu près. Et la première, c'est d'abord la gratuité de l'enseignement. Nous sommes très inquiets des mesures prévues pour maintenir cette gratuité dans une enveloppe réduite. On imagine mal comment les directions vont gérer cela. Dans les zones socio-économiquement défavorisées, il s'agirait aussi de maintenir des repas gratuits… mais en puisant dans les moyens dédiés à l'accompagnement individualisé des élèves. Les directeurs devront donc choisir : soutenir les élèves les plus fragiles ou les nourrir.
Deux heures de plus, sans salaire : des profs au bord de la rupture
Au-delà du sous-financement et d'un accès à l'enseignement qu'ils estiment de plus en plus inégal, ils dénoncent également la mesure prévoyant l'ajout de deux heures supplémentaires pour les professeurs du degré supérieur, sans compensation salariale. Une situation qui risque de devenir intenable pour Doris Dumbruch, enseignante de français et de théâtre.
Cela fait des années que je travaille à temps plein, et évoquer la possibilité de m'en demander davantage sous-entend que je ne suis pas déjà à mon maximum. Or, je le suis clairement. Je fais déjà énormément d'heures pour les projets théâtraux et pour les cours de français, et il est inadmissible qu'on m'en demande plus.
Des emplois fragilisés : “Je risque de perdre ma place”
Cette décision risque aussi de fragiliser certains emplois : ce que l'on ajoute d'un côté pourrait bien être retiré de l'autre. Romane Bodson, enseignante de langues germaniques, ne cache pas son inquiétude.
Quand on aura attribué deux heures de plus à toutes mes collègues plus anciennes, je serai probablement la première impactée puisque je suis la dernière arrivée. Je risque de perdre ma place. Et je n'en retrouverai nulle part ailleurs, puisque ce sera la même situation dans toutes les écoles. Je devrai sans doute faire un autre métier, un boulot alimentaire pendant deux, trois, quatre ans, avant de pouvoir espérer revenir dans l'enseignement.
Trois écoles beaurinoises unis pour la première fois
La procession est passée devant l'école des Sœurs, l'Athénée royal et l'école des Frères. C'est une première : les trois établissements de la ville, issus de réseaux différents, se mobilisent ensemble.
Le cortège s'est achevé devant la maison communale. Les enseignants y ont déposé une lettre reprenant l'ensemble de leurs revendications. Ils espèrent que le bourgmestre, Marc Lejeune, également député fédéral Engagés, relaiera leur message au plus haut niveau.
Les délégués syndicaux assurent que si la situation n'évolue pas, d'autres actions seront menées au mois de janvier.