Analyse

Houyet : la très fragile majorité a beaucoup tangué mais n’a pas sombré

publié le:02/02/2022 07:18:00 - mis à jour: 03/02/2022 13:59:51

La courte majorité houyètoise a rencontré beaucoup d’écueils : rancune, déclaration d’indépendance, décès, Covid mais trois ans plus tard, elle est toujours là et on ne voit pas ce qui la ferait trébucher.

Le soir des élections communales, en octobre 2018, Houyet vit une petite révolution. La liste Union Villageoise (UV) emmenée par Hélène Lebrun décide de s'associer à ADN (Audace Diversité Nouveauté) de Ludivine Rosière. Les deux femmes prennent la tête d'une très courte majorité de 8 sièges (6 sièges pour UV et 2 sièges pour ADN) sur 15.

 

Elles laissent sur le bord du chemin Motiv'Action (6 sièges) et son chef de file, Didier Rouard, premier échevin sortant qui, après 24 ans d'attente, espérait enfin ceindre l'écharpe mayorale. Trois ans plus tard, il n'a toujours pas digéré cette nuit de négociations qui l'a relégué dans l'opposition :

Je suis encore sous le coup de la blessure narcissique des élections. On était parti pour faire alliance avec Union Villageoise. Je n'ai pas encore compris. Je crois qu'ils ont fait l'amalgame avec l'ancienne majorité (dirigée par Yvan Petit, ndlr.) Il n'y avait pas d'accord pré-électoral mais des affinités.

Sans cet aveu, impossible de comprendre les relations parfois tendues entre majorité et minorité autour de la table du conseil communal. Hélène Lebrun, la bourgmestre, raconte :

Au lendemain des élections, il y a eu des moments très durs. Du côté de Motiv'Action, ils ont été un peu surpris mais on s'est basé sur des valeurs partagées avec ADN pour faire alliance. Les débuts avec l'opposition n'ont pas été faciles, il y a eu une pression énorme due à une amertume mais je pense que ça s'apaise.

De son côté, Ludivine Rosière a également senti qu'on épiait ses dossiers plus que les autres :

Au début, je sentais de l'amertume à mon égard. Aujourd'hui, ils sont plus ouverts, la rancune est passée.

Alors passée cette rancune ? A en croire Didier Rouard, pas tout à fait, du moins dans son chef :

La blessure n'est pas encore vraiment guérie et depuis, je ne sais pas si on peut leur faire confiance.

La majorité trébuche mais ne tombe pas

 

Autre écueil, depuis les premiers jours de la mandature, la majorité houyètoise n'en est pas vraiment une. Dès décembre 2018, Hervé Rondiat (UV) se sentant désavoué par sa colistière Sandrine Lissoir et pas soutenu par Hélène Lebrun, décide de siéger comme indépendant.

 

Techniquement, la majorité d'un siège n'existe plus. Dans les faits, trois ans plus tard, elle est toujours là. Nous avons d'ailleurs eu beau fouiller dans notre mémoire de journaliste fréquentant assidûment le conseil communal houyètois, nous n'avons pas le souvenir d'un projet recalé à cause d'un vote négatif d'Hervé Rondiat.

 

Dernier fait notable, la majorité va rapidement perdre un de ses piliers. En avril 2019, Christian Matagne, échevin des finances, décède inopinément. Il était le principal artisan de la formation de la liste UV et le mentor de toute la jeune génération. Quelques mois plus tard, un autre conseiller quittera aussi définitivement la scène, Jean-Pol Brasseur (conseiller communal, Motiv'Action) succombe à l'âge de 59 ans.

 

Christian Matagne

 

Beaucoup de dossiers malgré le Covid

Rancœurs personnelles, décès, Covid, inondations… les obstacles ont été nombreux pour la jeune bourgmestre et son équipe. Alors comment les dossiers ont-ils progressé pendant ces trois premières années de mandature ? Hélène Lebrun énumère :

Il y a eu beaucoup de dossiers, certains ne sont pas visibles. Il y a d'abord eu une nouvelle organisation de l'administration. On a recruté, réorganisé pour un meilleur service. On ne sait pas travailler sur des sujets structurants sans un bon socle, sans déminer les erreurs du passé. On a aussi beaucoup travaillé sur la communication et la digitalisation, par exemple, les conseils communaux sont maintenant retransmis en direct même quand ils sont en présentiel. On a développé une politique urbanistique cohérente, harmonieuse et ferme : il ne faut pas s'opposer au modernisme mais les aspects patrimoniaux et paysagers des villages sont importants. On a entamé une transition énergétique avec un audit énergétique de tous les bâtiments communaux.

Ludivine Rosière, première échevine en charge des travaux, reconnaît que le Covid et les inondations ont retardé les échéances :

Depuis quatre semaines, on a enfin un chef des travaux. Ça a pris beaucoup de temps, il a fallu d'abord engager un directeur général puis y a eu l'audit, le Covid. Mais maintenant, ça y est. C'était important parce qu'avant il n'y avait pas de lien entre l'administration et les ouvriers.

Côté minorité, on reconnaît que les circonstances n'ont pas été favorables. Emmanuël Davin, seul élu de la liste ECOLO :

J'ai du mal à me rendre compte de l'énergie qu'il a fallu pour gérer la crise du Covid. J'aurais peur de dire qu'ils n'en font pas assez mais je ne peux pas dire non plus qu'ils en font assez. Par contre, j'ai le sentiment d'être écouté, qu'ils tiennent compte de mes remarques. La seule présence d'ECOLO au conseil communal fait qu'ils sont plus conscients des enjeux environnementaux. La bourgmestre est très à l'écoute et très disponible.

Un avis que ne partage absolument pas Didier Rouard:

Même si la majorité fait ce qu'elle peut, elle ne fait confiance qu'à elle-même. Nous, on se fait toiser. J'ai le sentiment qu'on ne compte pas. Quand je suis intervenu sur la taxe kayak, on m'a pratiquement ri au nez. Pourtant le conseil suivant, ils ont dû revoir cette fameuse taxe.

« Je suis un très mauvais conseiller d'opposition »

Pourtant, à l'exception notable de la taxe kayak et de l'avenir du camping communal, rares sont les sujets où la liste Motiv'Action rue dans les brancards. Didier Rouard :

Une minorité, ce n'est pas nécessairement une opposition. Je suis toujours chauvin de ma commune. Je leur fais des petits reproches mais pas plus, c'est dans mon tempérament, je suis un très mauvais conseiller d'opposition. On n'est pas là pour se disputer, quand on s'insurge, c'est qu'on pense que ça ne va pas dans la bonne direction.

Les « petits » reproches vont d'ailleurs dans les deux sens. Ludivine Rosière juge la minorité peu constructive :

Ils jouent leur rôle d'opposition mais pour moi, ce n'est pas constructif. Ils ne vont jamais dans le détail, dans le fond des dossiers. Quelque part, ils nous facilitent la vie.

Même son de cloche du côté d'Hélène Lebrun :

Je suis toujours à l'écoute mais ils ne proposent pas grand-chose au conseil communal ou alors ils viennent avec des soucis d'ordre privé.

Le dossier à ne pas rater : le redéploiement touristique

Pour la deuxième partie de la mandature, le dossier qui occupera le devant de la scène politique houyètoise est sans conteste le tourisme. Les quatre listes autour de la table du conseil communal s'accordent pour dire que Houyet possède un potentiel touristique incroyable et qu'il faut le mettre en valeur.

 

Houyet en collaboration avec la Ville de Dinant s'est d'ailleurs lancée dans une vaste étude de redynamisation du Val de Lesse. Les deux communes se sont associées au BEP et au centre d'ingénierie touristique de Wallonie pour établir un plan de gestion du Val de Lesse pour un tourisme durable. L'étude ambitionne de répondre à trois objectifs : mettre en valeur le patrimoine, développer un tourisme éco-responsable et assurer une valorisation sur le long terme.

Pour les autorités communales, il s'agit aussi de remettre Houyet sur la carte touristique de la Wallonie, explique Hélène Lebrun: 

 

On veut redorer notre image, en particulier celle de Houyet centre et favoriser notre image de marque. Il faut tirer profit de nos nombreuses ressources locales et attirer plus d'investisseurs : horeca, hébergements, attractions. Les touristes ne viendront que s'ils ont des services de qualité.

Camping communal: hautement sensible

Dans ce dossier de redynamisation du tourisme houyètois, viendra immanquablement la question hautement sensible de l'avenir du camping communal où les visions politiques se mêlent à des ressentiments personnels.

 

Les frères de Didier Rouard ont longtemps été, à travers la sprl La Familiale, les gestionnaires du camping. Ils ont pris la décision de se retirer lorsque la commune a décidé de ne pas renouveler le bail emphytéotique pour passer à un système de concession. Aujourd'hui, la commune a repris possession de son bien mais La Familiale possède toujours le permis d'exploitation.

 

 

Pour schématiser très fort le nœud du problème - les protagonistes nous pardonneront ce raccourci - Didier Rouard accuse le Collège d'avoir découragé un partenaire privé et de devoir, du coup, engager des deniers publics pour la rénovation du camping. De son côté, la majorité par la voix de l'échevin Etienne Marot reproche à Didier Rouard un conflit d'intérêt dans ce dossier.

 

Voilà pour les rétroactes. Pour la suite, les autorités communales houyètoises devront imaginer ce que va devenir ce camping communal dans une zone hautement inondable. Un premier avant-projet a été présenté fin 2021 au conseil communal, il est estimé à deux millions d'euros. La somme a fait s'étrangler l'opposition. Pour Ludivine Rosière, ce projet est capital :

C'est le dossier où on ne doit pas se tromper. J'espère que l'opposition sera constructive, il faut oublier le passé. Il faut sortir Houyet de son déclin touristique. Il ne faut pas avoir la nostalgie du camping d'il y a 10 ou 20 ans. On ne campe plus de la même façon.

Tout le monde est donc conscient que le tourisme houyètois est à un tournant, à voir maintenant si les mandataires communaux parviendront à le négocier ensemble.

Céline Sérusiaux, Rédactrice en chef
celine.serusiaux@matele.be

 

Revoir Le Journal

CDJ

22H30