Messes sur YouTube, offices privés et tâches ménagères: voici ce qui a changé pendant le confinement pour les moines de Maredsous. Un regret: les fidèles n'ont pas revendiqué très fort leur liberté de culte.
Comment avez-vous ressenti l'annonce du déconfinement des lieux de culte?
J'ai ressenti un grand soulagement, il y avait une impatience liée au fait de ne pas célébrer la messe avec les fidèles, et de ne pas rencontrer les fidèles qui étaient pourtant très demandeurs. Beaucoup de personnes ont profité de la télévision, du web, de YouTube pour suivre des eucharisties, mais qui étaient virtuelles. Il était temps qu'on revienne à la réalité.
Comment avez-vous gardé le contact avec les fidèles?
On se voyait à l'extérieur, ne fut-ce qu'au magasin. C'était d'ailleurs bizarre: on pouvait se voir au magasin mais pas à l'église! Certaines personnes ont besoin de retrouver le sacrement de l'eucharistie. J'ai eu des demandes pour des confessions, mais le Pape avait dit qu'on ne pouvait plus confesser, sauf pour des choses vraiment graves. Le besoin était surtout de se retrouver à l'église, pour la communion, pour la présence du Christ dans leur vie.
La confession par Skype, ce n'était pas envisageable?
C'est toujours susceptible d'être entendu par quelqu'un d'autre, il faut être prudent.
En-dehors des contacts impromptus, vous avez eu des contacts suivis?
Beaucoup par téléphone ou par Internet. Chaque dimanche beaucoup de prêtres ont envoyé les lectures de la messe ou un commentaire de l'Evangile. Moi-même, avant Pâques, j'ai envoyé une lettre à tout le personnel, à tous les parents, aux anciens élèves, et j'ai écrit un texte sur la manière de voir cette crise à la lumière de Pentecôte. C'est une manière de garder un contact, parce qu'il fallait aider les gens à vivre spirituellement ce moment difficile.
Des tas de secteurs ont inventé de nouveaux moyens de communiquer, avec des vidéo-conférences, des webinaires, etc. Pas l'Eglise?
Si, si, par exemple, tous les jours, la messe dans la basilique de Maredsous est retransmise sur YouTube. Les moines ont beaucoup de chance: nous avons pu continuer à célébrer la messe tout en gardant les distances de sécurité. Nous sommes suivis tous les jours par une bonne dizaine de personnes, jusque 30 ou 50 le dimanche, soit par YouTube, soit par Skype. Skype, c'est plus difficile, on atteint moins de monde, mais sur YouTube ça marche bien.
Vous allez continuer cette expérience de YouTubeurs?
Je n'en sais rien, c'est la première fois qu'on me pose la question.
Vous n'avez pas réfléchi à l'après-confinement?
Pas à ce niveau-là, mais on évidemment réfléchi à l'accueil et on a préparé l'église pour accueillir sans problème 100 personnes avec 1,50 mètre entre chaque personne.
Ces derniers mois on a entendu des citoyens se plaindre de la restriction de libertés essentielles: liberté d'association, liberté de mouvement... On a peu entendu d'expressions publiques sur l'atteinte à la liberté de culte.
C'est vrai. C'est un petit regret que j'ai. On aurait dû faire comme les Français: aller plus vite près des autorités et leur faire valoir qu'on est capable de gérer la sécurité. Nous sommes parmi les derniers à pouvoir accueillir des gens, alors que les églises sont rarement remplies comme dans un grand magasin, et c'est vrai que nos autorités n'ont pas beaucoup tenu compte du besoin spirituel. On ne peut pas leur reprocher non plus parce qu'elles ont eu beaucoup à faire, mais il n'empêche: on ne leur a pas fait savoir très fort non plus et c'est seulement à la fin qu'on y pense. Et je dois dire que ce sont les milieux traditionnels (pas traditionnalistes) et jeunes qui ont le plus manifesté ce désir d'avoir une communion avec le Crist. D'autres Chrétiens, un peu plus âgés, acceptaient facilement cette restriction. C'était un peu tiède, quand même...
Le déroulement de vos journées a-t-il fortement changé pendant le confinement?
Oui, en effet. Tout d'abord nous avons dû adapter nos offices. Il y a des moines qui ont un âge respectable et deux moines étaient malades et susceptibles d'avoir attrapé le virus. Le médecin de la communauté nous a imposé des mesures très strictes au début: pas d'eucharistie commune, offices en privé, etc. Au fur et à mesure du déconfinement, nous avons retrouvé notre vie liturgique plus ou moins comme elle était avant. Autre chose: comme nous n'avons plus de personnel, nous avons dû effectuer davantage de travail manuel. Moi-même, tous les matins, je nettoie les tables du réfectoire. Cette crise nous a permis de retrouver certaines valeurs comme le travail, l'attention aux personnes âgées. On les avait, ces valeurs, mais nous les avons pratiquées de manière plus intensive. Et puis alors, ce qui a changé, c'est le calme! (sourire)