Politique

L'accueil des mineurs afghans non accompagnés de plus en plus souvent refusé

publié le:23/05/2023 16:59:00 - mis à jour: 24/05/2023 14:28:56

L'accueil des mineurs afghans non accompagnés de plus en plus souvent refusé
L'accueil des mineurs afghans non accompagnés de plus en plus souvent refusé

Sur 4000 mineurs étrangers non accompagnés, arrivés en Belgique, près de 3000 sont de jeunes Afghans. Depuis l'arrivée des Talibans au pouvoir, leur demande d'accueil se voit de plus en plus souvent rejetée.

Une journée d'étude sur la situation des jeunes Afghans mineurs étrangers non-accompagnés (Mena) en Belgique vient de se clôturer à Lavaux Sainte-Anne. Une journée d'études à l'attention des tuteurs mais aussi des travailleurs des centres d'asile.  Sur 4000 mineurs étrangers non accompagnés arrivés en Belgique, près de 3000 sont de jeunes Afghans. Leur situation et les conditions de leur octroi d'une protection internationale ont changé depuis août 2021.
Depuis que les Talibans sont au pouvoir, sur 10 demandes de protection, 8 reçoivent des réponses négatives. Pour Marie de Barquin, tutrice de ces jeunes mineurs non accompagnés, la situation est aberrante : 

Cette situation est particulièrement compliquée à comprendre parce que toutes les informations qu'on a sur ce qui se passe en Afghanistan sont catastrophiques. En caricaturant très fort, la position de la Belgique peut se résumer ainsi : “Les Talibans sont au pouvoir. Ils étaient une menace. Maintenant, ils sont au pouvoir et ne constituent plus une menace. Si la population obéit, il n'y a pas de souci”.

Les Talibans au pouvoir de l'Aghanistan

Matthieu Lys, qui est avocat spécialisé en droit des étrangers, est intervenu dans cette journée d'étude. Il gère de nombreux dossiers concernant ces Mena et spécifiquement les recours. Il commente la situation: 

Les instances belges considèrent aujourd'hui que, vu le départ des forces américaines, des forces étrangères, mais aussi la prise de pouvoir par les Talibans, et donc l'absence de gouvernement afghan et l'absence d'armée afghane, les Talibans provoquent beaucoup moins de combats dans le pays et que le niveau de violence indiscriminée envers les civils aurait diminué en Afghanistan. Dès lors, ils estiment qu'il n'y a plus besoin de protection qui était quasiment systématiquement donnée pour certaines régions d'Afghanistan auparavant en raison de ces combats. Vu que ces combats auraient drastiquement diminué, la violence auprès des civils aurait diminué et donc le besoin de protection également. Ca, c'est la nouvelle position des instances d'asile en Belgique. 

Vivre sous un gouvernement taliban n'est-il pas une forme de persécution ?

Le régime taliban ne constituerait donc plus une menace pour les jeunes qui ont fui. Ce qui justifierait donc le nombre de refus d'accueil, excepté pour les femmes, les proches de l'ancien régime afghan, ceux qui ont travaillé avec les forces étrangères et les jeunes qui ont été "occidentalisés". Tous ceux-là étant considérés, par les Talibans, comme hostiles à leur régime. Matthieu Lys poursuit l'analyse: 

Il y a un certain paradoxe dans la position belge. Si on regarde du côté des affaires étrangères, on ne reconnaît pas comme légitime le gouvernement taliban. Et, en même temps, du côté des instances d'asile, on considère qu'il ne faut pas protéger les jeunes contre un gouvernement terroriste qu'on ne reconnaît pas et dans lequel il y a des violations massives des droits fondamentaux. Il y a vraiment un problème de cohérence politique dans le discours de la Belgique par rapport aux Afghans, et, j'espère qu'il pourra un jour se résoudre. 
Est-ce que le fait de vivre sous un gouvernement et sous l'autorité des Talibans avec des violations massives de tous les droits fondamentaux de manière tout à fait générale, est-ce que ce n'est pas en soi une persécution ? Et, est-ce qu'il ne faudrait pas la reconnaître comme telle et alors être beaucoup plus cohérent avec le discours qu'on mène en politique internationale en disant qu'on ne reconnaît pas ce gouvernement ? 

La Belgique dans le bas du classement

Beaucoup de recours sont donc introduits contre les décisions négatives prises dans les dossiers afghans. In fine, les jeunes n'ont alors qu'une solution : fuir dans un autre pays européen où le taux de reconnaissance est beaucoup plus élevé qu'en Belgique. La Belgique est dans le bas du classement pour son niveau de reconnaissance de ces jeunes en demande de protection. 

Isabelle Martiat Journaliste
isabelle.martiat@matele.be

 

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