« Y a pas de planète b" se penche sur une question rarement abordée dans le débat écologique : existe-t-il une différence genrée dans notre rapport à l'environnement ?
Le constat est frappant : les statistiques des réseaux sociaux de « Y a pas de planète b » montrent une audience à 75% féminine contre seulement 25% masculine. Ce déséquilibre, loin d'être un cas isolé, se retrouve chez d'autres créateurs de contenu environnemental, avec parfois jusqu'à 80% de suiveurs féminins selon les plateformes.
Pour comprendre ce phénomène, Gwen et son équipe se sont penchés sur plusieurs études scientifiques. Une recherche suédoise de 2021 démontre que l'empreinte carbone d'une femme célibataire est en moyenne 16% moins élevée que celle d'un homme célibataire. Une autre étude britannique précise que en matière d'alimentation, les femmes émettent 41% de gaz à effet de serre en moins que les hommes, principalement en raison d'une consommation de viande moins importante.
Des stéréotypes de genre
Pour Maria Martin De Almagro, professeure-chercheuse à l'Université de Gand, ces différences comportementales s'expliquent en partie par les stéréotypes de genre :
Il y a beaucoup d'études qui montrent qu'il y a une relation assez étroite entre protection de l'environnement et stéréotypes de genre. On pense que les femmes sont plus douées pour prendre soin des autres, mais aussi pour prendre soin de l'environnement. On associe les femmes aussi, aux générations futures.
Alors que du côté masculin, pour être un homme fort, viril, on va avoir des comportements qui sont nuisibles pour l'environnement. Par exemple, on va rouler dans des grosses voitures, on va consommer plus de viande pour montrer à l'autre qu'on est puissant.
Même pour les hommes qui se préoccupent de l'environnement, ils vont privilégier des solutions basées sur la croissance verte, par exemple, comme la production de voitures électrique, etc. Il y a aussi un concept qui a été développé pour montrer comment, dans les sociétés occidentales surtout, on va avoir une relation assez étroite entre consommation de pétrole et virilité. C'est le concept de pétromasculinité.
Paradoxalement, bien que les femmes semblent plus sensibles aux questions environnementales, elles restent sous-représentées dans les instances décisionnelles. A la COP29 à Bakou, où sur les 77 chefs d'État présents, à peine 8 étaient des femmes, soit environ 10%. Et dans le monde, en 2022, les femmes n'occupaient que 26% des sièges parlementaires.
Cette sous-représentation pose question, d'autant plus que plusieurs études démontrent que les entreprises dirigées par des femmes sont généralement plus performantes en matière environnementale.
En conclusion, tout nous invite à dépasser les stéréotypes de genre qui enferment hommes et femmes dans des comportements prédéfinis et à repenser notre notion de liberté pour passer de « je fais ce que je veux » à une notion de « non-domination » sur la nature, sur l'environnement, sur l'autre.