La situation financière des communes est inquiétante. Les crises ont mis à mal les finances communales. L’échevin de Beauraing tire la sonnette d'alarme.
Les communes ont de plus en plus de charges financières. Le Covid-19, les inondations, la guerre en Ukraine ... les crises successives n'arrangent rien à la situation.
Il faut encore y ajouter le financement des matières fédérales transférées aux communes : les « 4P », c'est-à-dire la police, les pompiers et les zones de secours, la pauvreté et donc le financement des CPAS, mais aussi les pensions.
Ce dernier point pèse lourd dans la balance, en particulier à cause des cotisations de responsabilisation que les communes doivent financer pour compenser la différence des cotisations de pensions de ses agents encore en activité et ceux déjà retraités. Le montant de ces cotisations augmente d'année en année. D'après une étude de Belfius, à cause de cette cotisation de pension, trois communes sur quatre seront en péril dès 2023.
L'échevin des finances de Beauraing comme porte-étendard
A Beauraing, la somme allouée au poste des pensions devrait être multipliée par cinq d'ici 2027. En 2020, le budget était de 126.485 euros, en 2026 il sera de 476.047 euros. Sur sept ans, Pierre Dury, l'échevin de la commune de Beauraing estime qu'il devra débourser 2.712.201 euros uniquement pour le payement de ces cotisations de pension.
Pierre Dury a été jusqu'à contacter les 38 communes de la province de Namur pour savoir si elles partageaient le même constat que Beauraing. Pour Dinant, la facture s'élèvera à plus de 6 millions, 3 millions pour Ciney et plus de 38 millions pour la commune de Namur. L'échevin des finances précise :
Les chiffres sont extravagants ! Au total, sur toute la province, on dépasse les 100 millions d'euros dans les cinq prochaines années. Je ne sais pas comment les communes vont pouvoir faire face à cela. A l'heure actuelle, il est impensable de faire payer notre population, il va donc falloir trouver cet argent quelque part ! Je commence à penser que nous allons vers une faillite des communes, même si cela est légalement impossible.
« Aucune solution durable pour aider les communes »
Pour aider les communes, la Région Wallonne a mis sur pied le Plan Oxygène qui permet aux communes de faire des emprunts afin de payer des frais de fonctionnement comme les cotisations de pensions.
Cependant, l'adhésion à ce plan nécessite systématiquement une mise sous tutelle de la commune par le CRAC (le Centre régional d'aide aux Communes) et engendre donc une perte d'autonomie dans la gestion de la commune.
Pour Pierre Dury, cette tutelle pour la commune de Beauraing serait insensée car les finances sont actuellement saines. L'échevin souhaiterait que la Région Wallonne mette en place une alternative à cette mise sous tutelle, mais le ministre wallon des pouvoir locaux Christophe Collignon a une vision très différente :
Chaque niveau de pouvoir doit prendre ses responsabilités. Le nœud du problème reste au niveau fédéral. Lorsque le gouvernement fédéral décide de permettre à des personnes de prendre leur retraite de manière anticipée, par exemple, il faut qu'il aide au financement. Je dirais que la majorité des causes de l'aggravation de la situation financière des communes sont du ressort du gouvernement fédéral.
Il n'existe donc pour le moment pas d'alternative au Plan Oxygène, cependant, la Région Wallonne vient de décider d'une série de mesures d'aides aux communes comme un fonds des Communes dont l'indexation a été maintenue, 50 millions d'aides pour faire face à la crise énergétique ainsi que des points APE mieux financés et la possibilité pour les communes d'aller plus loin dans le rouge.
Pour Pierre Dury, tout cela ne seraient que des solutions à court terme, d'après lui c'est toute la comptabilité des communes qu'il faudrait revoir.